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Les Cassandre revoient leur copie sur l'euro

Reuters31/12/2012 à 10:28

LA ZONE EURO A RÉSISTÉ AUX PRÉVISIONS DES CASSANDRE

par Noah Barkin

BERLIN, 31 décembre (Reuters) - En mai dernier, alors que l'euro s'enfonçait un peu plus dans la crise, Paul Krugman, prix Nobel de l'économie, publiait dans le New York Times l'un de ses éditoriaux les plus alarmistes sur la monnaie unique, intitulé "L'Apocalypse n'est pas très loin".

Paul Krugman était loin d'être le seul à prévoir un éclatement imminent de l'euro. Le milliardaire George Soros déclarait à la presse en Italie début juin qu'il ne restait que trois mois à l'Allemagne pour éviter un désastre.

En juillet, Willem Buiter, chef économiste de la banque américaine Citigroup et ancien responsable de la Banque d'Angleterre, estimait à 90% la probabilité que la Grèce quitte l'euro, allant jusqu'à prédire que cela pourrait arriver dès le 1er janvier 2013.

Pourtant, à la veille de cette date prétendue fatidique, personne ne croit plus à l'imminence d'une sortie de la Grèce ou d'un éclatement de l'euro.

En six mois, l'Europe a prouvé que ces prédictions étaient erronées, ou du moins prématurées. L'euro a rebondi face au dollar tandis que les rendements obligataires des Etats les plus affectés par la crise de la dette comme la Grèce, l'Italie et l'Espagne -qui mesurent les risques attachés à ces pays- sont retombés.

Même les plus pessimistes revoient leurs prévisions, bien qu'ils annoncent encore des difficultés à venir.

"L'Europe m'a surpris par sa résistance politique", a reconnu Paul Krugman ce mois-ci sur son blog.

En octobre, Citigroup a revu en baisse la probabilité que la Grèce sorte de l'euro dans les 18 mois. Mais pour la banque, comme pour de nombreux économistes, ce risque reste de l'ordre de 60% et, malgré les mesures pour juguler la crise, les dirigeants européens n'ont pas attaqué le problème à sa racine.

A posteriori, il apparaît que beaucoup ont sous-estimé la volonté politique de préserver la zone euro et l'impact que les changements de politique auraient sur le sentiment de marché.

L'évènement décisif a été l'annonce par le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, en juillet qu'il ferait tout son possible pour défendre l'euro -ce qui a débouché sur l'engagement de la BCE à acquérir des obligations de la zone euro en quantités suffisantes pour soutenir la monnaie unique- puis le changement de position de la chancelière allemande, Angela Merkel, à la fin de l'été vis-à-vis de la Grèce.

LE PRIX FORT

Certains investisseurs de renom ont payé le prix fort pour avoir parié contre l'euro cette année.

Au début du mois, le gestionnaire de fonds d'investissement alternatifs John Paulson a expliqué les lourdes pertes essuyées en 2012 par son pari raté sur une aggravation de la crise de la dette en zone euro.

Néanmoins, de nombreux économistes et investisseurs continuent à dire que l'on n'a pas encore touché le fond de la crise en Europe, mettant en avant la récession dans les pays "périphériques" ainsi que le risque politique.

Lors d'un sommet à Bruxelles en décembre, les gouvernements européens ont reporté à mi-2013 les négociations en vue d'une plus forte intégration budgétaire et annoncé que le processus de création d'une union bancaire irait jusqu'en 2014 et au-delà.

"Ce à quoi nous avons assisté tout au long de cette crise, explique Barry Eichengreen, économiste de l'université de Berkeley, "c'est un processus au cours duquel des mesures sont prises, les politiques pensent que les problèmes sont réglés, ils croisent les bras et la situation se dégrade à nouveau, avec une explosion des 'spreads'", les écarts de taux de rendement entre les pays les plus solides de la zone euro et la périphérie.

"Je suis convaincu que ce schéma va se poursuivre à l'avenir."

Paul Krugman, tout en reconnaissait avoir été surpris par la capacité de l'Europe à éviter l'explosion en 2012, n'a pas fini de jouer les Cassandre.

Dans un texte récemment paru sur son blog, intitulé "L'Europe saignée", il compare les politiques d'austérité imposées aux pays comme la Grèce, le Portugal, l'Espagne et l'Irlande à "la médecine du Moyen-Age", qui consistait à saigner les patients pour soigner leurs maux et à renouveler ces saignées alors même qu'elles aggravaient le mal.

Pour le prix Nobel, même si l'euro a fait mentir les augures prédisant sa fin, les politiques d'austérité continuent ainsi de se déployer "exactement comme prévu".

Juliette Rouillon pour le service français, édité par Marc Angrand


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