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Les banques suisses courtisent à nouveau les riches Américains
information fournie par Reuters19/10/2018 à 16:00

    par Angelika Gruber
    ZURICH, 19 octobre (Reuters) - Dix ans après le début de
leurs déboires fiscaux aux Etats-Unis, où leurs affaires avec
des clients soucieux de discrétion leur ont coûté des milliards
de dollars et conduit finalement à la fin du secret bancaire en
Suisse, les banques helvétiques s'efforcent de retisser des
liens avec une clientèle américaine fortunée.
    Confrontés à un environnement extrêmement concurrentiel et
saturé sur leur marché domestique et à de faibles perspectives
de croissance en Europe, les banquiers suisses courtisent les
riches Américains susceptibles de vouloir investir une partie de
leur argent à l'étranger. Les Etats-Unis abritent plus de
milliardaires que tout autre pays dans le monde.
    Vontobel  VONN.S , spécialisée dans la banque privée, a
ainsi annoncé vendredi le rachat du portefeuille international
des clients de son concurrent Lombard Odier aux Etats-Unis, soit
1,2 milliard de francs suisses (1,05 milliard d'euros) d'actifs
sous gestion, ce qui va lui permettre de développer son activité
dans la région.
    "L'Amérique du Nord est l'un de nos marchés prioritaires sur
lequel nous voulons dégager une croissance supérieure à la
moyenne", a dit Georg Schubiger, responsable de la gestion de
fortune chez Vontobel.
    UBS  UBSG.S , première banque suisse et numéro un mondial de
la gestion de fortune, a maintenu une présence importante aux
Etats-Unis malgré les 780 millions de dollars (680 millions
d'euros) déboursés pour régler une série de litiges avec les
autorités américaines au sujet des actifs non déclarés de
certains de ses clients aux Etats-Unis.
    Sa clientèle en Amérique du Nord représente environ la
moitié de son activité de gestion de fortune.
    UBS cherche désormais à attirer également les Américains
expatriés. Elle mise pour cela sur la fusion organisée cette
année de ses activités nord-américaines et internationales de
gestion de fortune.
    
    LA SUISSE RESTE UN REFUGE
    En la matière, la taille compte car les règles spécialement
mises en place par les autorités américaines rendent plus
difficiles les opérations à l'étranger pour des clients
américains.
    "La règle, c'est qu'il faut environ deux milliards de
dollars d'actifs sous gestion, ce qui représente déjà beaucoup
pour des petites banques sur un seul marché", dit Ralph Kreis,
directeur du cabinet de consultants AlixPartners.
    En deçà de ce seuil, cette activité n'est intéressante que
pour les institutions spécialisées sur un segment particulier ou
auprès d'une clientèle particulièrement rentable, ajoute-t-il.
    Ces divers obstacles ont dissuadé certains grands acteurs
suisses de la banque privée, comme Credit Suisse  CSGN.S  et
Julius Bär  BAER.S , de proposer des services de gestion de
fortune aux Etats-Unis.
    Si l'activité de banque privée aux Etats-Unis est dominée
par de grandes banques américaines comme Morgan Stanley  MS.N ,
Bank of America Merrill Lynch  BAC.N  et Wells Fargo  WFC.N ,
les établissements suisses perçoivent tout de même des
opportunités lucratives auprès des Américains désireux de placer
leur argent en toute sécurité à l'étranger.
    Les Américains les plus fortunés s'efforcent généralement de
diversifier leurs portefeuilles d'actifs par zones géographiques
et les banques suisses pensent pouvoir jouer un rôle dans ce
domaine en proposant des opportunités d'investissements
respectueuses de la législation fiscale dans un pays stable doté
d'une monnaie à l'abri des crises.
    "Nous proposons un refuge sûr", dit Patrice E. Humbel,
responsable du marché américain chez Vontobel. "Deux tiers de
nos clients ont de l'ADN européen. Ce sont des Allemands, des
Italiens, des Français ou des Suisses qui sont des citoyens
américains de première, deuxième ou troisième générations."
    Au-delà d'une certaine taille, les banques doivent disposer
d'une licence accordée par la SEC, le gendarme de la Bourse de
New York, pour pouvoir proposer des produits d'investissement à
des clients américains.
    "En Suisse, environ 40 à 50 entreprises possèdent cette
licence", dit Martin Büchel, du cabinet AlixPartners.
    Ce nombre a doublé à peu près au cours des quatre dernières
années, affirme Anne Liebgott, consultante auprès d'Américains
souhaitant bénéficier de services suisses de gestion de fortune.

 (Bertrand Boucey pour le service français, édité par Dominique
Rodriguez)
 

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