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Les avionneurs se battent pour maintenir la valeur de leurs jets

Reuters26/05/2016 à 10:18

LES CONSTRUCTEURS D'AVIONS FACE AU DÉFI DE MAINTENIR LA VALEUR DES MODÈLES D'AFFAIRES

par Cyril Altmeyer

PARIS (Reuters) - Dans un marché en stagnation, les constructeurs d'avions d'affaires cherchent à préserver les prix de leurs nouveaux jets, concurrencés par des avions encore récents mis en vente par leurs propriétaires, ont déclaré plusieurs de leurs dirigeants cette semaine.

Dans ses perspectives à dix ans présentées au salon Ebace qui se tient jusqu'à jeudi à Genève, le canadien Bombardier a prévu une baisse de 10% des livraisons cette année à 540-560 unités, puis une reprise progressive du marché avec l'économie mondiale d'ici 24 mois, tout en soulignant que les tendances restaient positives sur le long terme.

"La guerre des prix s'exerce sur toute la gamme", a dit à Reuters Eric Trappier, le PDG de Dassault Aviation précisant que les prix n'augmentent plus, y compris sur les jets les plus vastes.

Le patron des avions d'affaires du brésilien Embraer, Marco Tulio Pellegrini, fait état, lui, de remises sur les prix.

"L'offre est supérieure à la demande : il y a trop d'avions en production", constate-t-il, soulignant la concurrence du marché de l'occasion. "La valeur résiduelle des jets est quelque peu compromise".

Le Brésil, pénalisé par une crise économique et politique sévère, s'est fait doubler par le Mexique en termes de marché pour les jets, ajoute Marco Tulio Pellegrini.

"Sans stabilité, sans confiance, sans croissance économique, c'est vraiment très difficile de vendre des jets au Brésil", explique-t-il.

La chute du prix de matières premières, en particulier le pétrole, est aussi passée par là, incitant les acheteurs potentiels des pays producteurs au Moyen-Orient ou en Russie à y regarder à deux fois.

PROTÉGER LA VALEUR A LA REVENTE DES JETS

Dans ce contexte, Bombardier a décidé en 2015 de baisser sa production d'avion, ne s'engageant plus qu'à 150 livraisons cette année contre 200 l'an passé.

"Comme bon nombre de ceux qui viennent acheter un avion en ont déjà un, le prix qu'ils peuvent obtenir pour leur ancien avion va déterminer l'achat d'un neuf : c'est pourquoi nous devons protéger les prix du marché d'occasion", explique Brad Nolen, responsable de la stratégie produits de Bombardier.

Le canadien a ainsi réussi à éviter une hausse du stocks d'avions d'occasion à vendre, espérant ainsi préserver la valeur de ses jets neufs.

Bombardier chiffre à 2.400 avions le marché sur dix ans des jets de grande catégorie, qui se vendent à 40-75 millions de dollars, contre 2.800 pour le milieu de gamme et 3.100 pour les petits (8-20 millions dollars). Les avions les plus grands engrangeront sur la période un chiffre d'affaires total de 130 milliards de dollars, soit près de la moitié du total.

Tous les constructeurs restent optimistes, comptant sur la vivacité actuelle du marché nord-américain, qui devrait compter près de la moitié de 8.300 livraisons attendues d'ici 2025, selon Bombardier.

Gulfstream (General Dynamics) a enregistré deux solides trimestres d'affilée en Asie tandis que la reprise économique en Europe y permet un redémarrage du marché des jets lentement mais sûrement, constate son président, Mark Burns.

Signe de la bonne activité commerciale signalée par les avionneurs, Jetcraft, courtier de jets neufs et d'occasion, a enregistré le meilleur premier trimestre de son histoire, affichant à l'Ebace 35 transactions conclues depuis le début de l'année et une vingtaine encore en négociations.

Une connexion à internet à très haut débit comme à la maison et tout autour du globe est devenu plus que jamais un "must have", note son directeur général adjoint Peter Antonenko.

Au cours d'un salon relativement pauvre en lancement de nouveaux modèles, certains se sont distingués, à l'image d'Airbus Corporate Jets, qui a présenté la déclinaison du nouveau long-courrier de l'avionneur, l'A350, pour l'aviation d'affaires.

Et pour garantir la valeur de ses avions, l'avionneur fait appel à des designers qui permettent de s'adapter aux tendances du moment : davantage de mini-suites, pour pouvoir s'isoler plus facilement, et des intérieurs les plus modernes possibles, notamment pour les clients asiatiques, précise le patron de la division, Benoit Defforge.

(Cyril Altmeyer, édité par Jean-Michel Bélot)


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