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Le spectre de 2011 plane sur le rally des actifs risqués

Reuters22/03/2012 à 19:16

par Raoul Sachs

PARIS (Reuters) - Les actifs risqués (actions, dette privée et dette souveraine des pays fragiles de la zone euro) ont connu une remontée rapide et spectaculaire depuis le début de l'année, mais le souvenir des déconvenues de 2011 conduit les acteurs de marché à s'interroger sur la solidité et la pérennité de ce "rally".

Ces actifs, notamment les actions qui corrigent à la baisse depuis le début de cette semaine après des gains de plus de 10% cette année, sont à la croisée des chemins.

Favorisées par une combinaison de taux d'intérêt très bas et une surabondance de liquidités à la recherche de rendements plus élevés que ceux des emprunts d'Etat jugés sans risque, ces classes d'actifs sont pénalisées, en Europe surtout, par des fondamentaux économiques faibles.

Des professionnels interrogés estiment que l'action des banques centrales -, Fed, Banque d'Angleterre et notamment les deux opérations de refinancement à trois ans (LTRO) de la Banque centrale européenne (BCE) qui a prêté à 1% plus de 1.000 milliards d'euros aux banques de la zone euro - est à l'origine de cette embellie des marchés.

"Il y a une surabondance de liquidités, un excès de liquidités qui profite à tous les actifs, y compris les actifs sans risque, le Bund", observe Marie-Anne Allier, responsable de la gestion taux Aggregate chez Amundi.

Si les Bourses sont remontées et les taux des emprunts d'Etat de pays fragiles comme l'Italie ou l'Espagne se sont spectaculairement détendus, largement aidés par le LTRO et l'accord sur la faillite ordonnée de la Grèce, les taux des emprunts d'Etat sans risque n'en ont pas souffert pour autant.

L'effet liquidité a conduit nombre de sociétés de gestion, y compris les plus prudentes, à ajouter du risque dans leurs portefeuilles.

"CALMONS NOUS"

Mais, de fait, la dimension prise par la crise de la zone euro au second semestre 2011 et la forte aversion au risque qui en a résulté, ont laissé des traces.

"Ce n'est pas parce que les marchés (actions) ont pris plus de 10% depuis trois mois que les problèmes du monde sont réglés", dit Antoine de Salins, directeur des gestions chez Groupama Asset Management.

Pour Benjamin Melman, directeur du pôle performance absolue chez Edmond de Rothschild Investment Managers (Edrim) "le climat récessionniste nourri par les cures d'austérité menées pour réduire les déficits" persiste dans l'ensemble des pays développé.

"Calmons nous. En dépit du succès du LTRO, le risque de credit crunch est toujours là en Europe", dit-il.

"Sur les actions, on est prudent mais on ne reste pas à l'écart de cette classe d'actifs", ajoute-t-il, illustrant ainsi la prise de risque modérée à l'oeuvre depuis le début de l'année, prise de risque qui profite aussi à la dette privée des entreprises (corporate credit) qui reste un instrument préféré des gérants malgré sa performance récente.

Plus optimiste, Rachid Medjaoui, directeur adjoint de la gestion à La Banque postale Asset Management (LBPAM), estime que la correction actuelle est passagère et qu'elle ne sera pas très forte. Elle pourrait même offrir une opportunité d'entrée.

Il cite plusieurs facteurs de soutien à moyen terme des actifs risqués et n'exclut pas qu'ils propulsent l'indice CAC 40 à 4.000 points d'ici à la fin de l'année.

Il estime que hors d'Europe, "la croissance économique est là". Aux Etats-Unis les signaux encourageants s'accumulent, le secteur immobilier se redresse et "ne devrait plus tirer la croissance vers le bas".

"CORRECTION PASSAGÈRE"?

"Il y a une autre belle histoire de moyen terme qui se met en place aux Etats-Unis, c'est la réindustrialisation avec les gaz de schistes. C'est une étape vers l'indépendance énergétique, à terme, du pays et un facteur d'amélioration de la balance commerciale américaine. Cela peut contribuer au retour d'industries aux Etats-Unis", estime Rachid Medjaoui.

Si les économies chinoise et indienne ralentissent, le reste du monde émergent connaît une croissance vigoureuse. "Les autorités chinoises agissent pour stimuler l'économie", dit-il.

En zone euro, Rachid Medjaoui voit des "avancées" dans le règlement de la crise de la dette souveraine : LTRO, nouveau pacte budgétaire (adopté en décembre), faillite organisée de la Grèce et "le retour en grâce spectaculaire de l'Italie", dont le taux à 10 ans est tombé de 7,3% fin novembre, au plus fort de la crise souveraine, à 4,81% le 8 mars et 5,07% ce jeudi.

"Le Portugal est un risque. Mais, aujourd'hui, 80% de la zone euro n'est pas en stress", explique-t-il.

"Il y a de la place pour une poursuite du rally. Mais, attention, la hausse des marchés d'actifs risqués, notamment des actions, a été très rapide et la volatilité tombée à des niveaux très bas. On assiste à une correction passagère. La probabilité d'une correction sévère comme celle de l'année dernière au second semestre (-15% à 20%) paraît très faible, dit le responsable de LBPAM.

"Nous serions surpris de voir le CAC 40 tester les plus bas de l'automne dernier (sous 3.000 points). Une correction à 3.200 n'est pas disproportionnée. Ce serait une opportunité pour se renforcer sur les actions", poursuit-il.

La transition entre l'effet liquidités dû à l'action des banques centrales et l'effet fondamentaux ne se fait pas progressivement.

"Une (probable)correction des marchés d'actions offrirait un meilleur point d'entrée dans les semaines à venir, le marché devant rester soutenu par l'abondance des liquidités dues aux banques centrales", notent les responsables de l'allocation d'actifs globale de Société générale dans leurs perspectives pour le deuxième trimestre 2012.

Ils tablent sur un CAC 40 à 3.000 points en fin d'année.

Raoul Sachs, édité par Jean-Michel Bélot


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