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Le rythme des fermetures d'usines ne ralentit pas

Reuters08/10/2013 à 18:47

PARIS (Reuters) - Le rythme des fermetures d'usines n'a pas ralenti en France cette année, comme l'illustre l'annonce mardi par Alcatel-Lucent de la suppression de 900 emplois en France, avec à la clé la fermeture de deux sites à Rennes et à Toulouse.

Sur les trois premiers trimestres de 2013, 191 fermetures de sites industriels employant plus de 10 salariés ont été recensées par l'Observatoire de l'emploi et de l'investissement Trendeo, un chiffre comparable à celui de la même période en 2012. Depuis janvier 2009, 1.253 usines ont ainsi été fermées.

Sur l'ensemble de 2012, le nombre de fermetures de sites avait bondi de 42% par rapport à 2011, avec 266 sites fermés.

"Alcatel vient confirmer que la reprise n'est toujours pas là et que l'économie française est toujours en convalescence", estime David Cousquer, dirigeant de Trendeo.

En dépit de la sortie de récession amorcée au deuxième trimestre et du redressement des indicateurs de confiance, les créations d'usines ne redémarrent pas.

"Il n'y a pas de dynamique de créations qui permettrait d'absorber ces fermetures, qui sont d'autant plus coûteuses en emplois", note David Cousquer.

Sur les trois premiers mois de 2013, le nombre de créations d'usines a baissé de 25% par rapport à même période en 2012. Sur l'ensemble de l'année dernière, 166 créations de sites avaient été recensées par Trendeo contre 154 l'année précédente.

L'industrie manufacturière a enregistré 17.000 pertes nettes d'emplois sur les huit premiers mois de 2013 contre 14.000 sur la même période en 2012 et près de 140.000 depuis le début 2009.

Dans l'industrie, la seule amélioration véritable cette année provient du secteur pharmaceutique, qui crée plus d'emplois qu'il n'en supprime pour la première fois depuis 2009.

60.000 POSTES DÉTRUITS PAR LES GRANDS GROUPES

En 2012, la pharmacie avait subi sa quatrième année consécutive de pertes d'emplois, Bristol-Myers-Squibb, Sanofi-Aventis, Cephalon et Merck ayant annoncé près de 2.000 suppressions d'emplois à eux quatre.

Mais l'année dernière avait été marquée par quelque 12.000 suppressions de postes dans l'automobile, près de 2.800 dans la plasturgie et le caoutchouc et près de 2.300 dans l'informatique, l'optique et l'électronique avec des fermetures de sites importants par Technicolor et déjà Alcatel-Lucent.

"Malheureusement, il y a de moins en moins de sites de grande taille à fermer", dit David Cousquer, qui rappelle que dans les constructeurs automobiles, le plus important secteur industriel, ont réalisé le gros des fermetures prévues.

Il souligne, en revanche, une différence de comportement "assez spectaculaire" entre les grands groupes et les entreprises de taille moyenne.

"Dans un contexte de très faible croissance de la zone euro, les grands groupes, qui ont tous des capacités de production à l'étranger, préfèrent investir ailleurs, en Asie ou aux Etats-Unis", note-t-il.

Mais les entreprises de taille intermédiaire (ETI), dont environ 30% à peine disposent de capacités de production à l'étranger et souvent en zone euro, sont contraintes de se reposer sur l'existant "et ont du coup un comportement plus vertueux", créant des emplois quand les grandes entreprises en ont détruit depuis la crise financière de 2008-2009.

Selon Trendeo, les ETI ont créé près de 80.000 emplois nets tous secteurs d'activité confondus de 2009 à septembre 2013, quand les grandes entreprises en ont détruit près de 60.000.

DÉLITEMENT DU TISSU INDUSTRIEL

Au-delà des fermetures de sites spectaculaires et de quelques annonces, plus rares, de créations de sites industriels de grande taille, David Cousquer pointe "un délitement du tissu industriel à bas bruit", soulignant que la taille moyenne des sites fermés était en 2012 de 71 salariés.

"Ce qui compte, c'est aussi la vitesse de désindustrialisation comparée", poursuit-il en rappelant que la France accuse un déficit commercial de plus de 50 milliards d'euros sur un an glissant, quasi-intégralement dans l'industrie, quand d'autres pays européens, Allemagne en tête, sont excédentaires.

Le déficit commercial de la France est ressorti à 4,9 milliards d'euros en août et plus de 60 milliards sur un an selon les données publiées mardi par les Douanes, alors que l'Allemagne a fait état d'un excédent de 15,6 milliards sur le même mois et de 192 milliards sur douze mois glissants.

"Le gouvernement, avec son plan de relance de 34 filières, marque qu'il a bien compris l'impératif industriel qui est celui de l'économie française", note David Cousquer en référence à la présentation lundi par le gouvernement de ses 34 plans de réindustrialisation de la France.

"Mais c'est une politique de soutien de l'offre avec peu de moyens et qui se heurte à une demande en zone euro qui est complètement atone", relativise-t-il.

Marc Joanny, édité par Yves Clarisse


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