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Le pessimisme des patrons met l'exécutif sous pression

Reuters25/09/2012 à 20:33

LE CLIMAT DES AFFAIRES

PARIS (Reuters) - Les chefs d'entreprise français s'enfoncent dans la déprime et la sollicitude du gouvernement, qui leur a promis un "choc de compétitivité" d'ici la fin de l'année, n'y fait rien, dans un contexte fiscal et réglementaire incertain quand il n'est pas jugé hostile sur fond de net ralentissement de l'activité.

Le climat des affaires dans l'industrie s'est certes stabilisé au mois de septembre mais à un niveau très inférieur à sa moyenne de long terme, selon les données publiées mardi par l'Insee.

Surtout, les perspectives générales de production, qui représentent l'opinion des industriels sur l'activité dans son ensemble, se dégradent de nouveau fortement par rapport au mois précédent et se rapprochent des niveaux très bas atteints en 2009, au plus fort de la crise financière, souligne l'Insee.

Confrontées au ralentissement de l'économie mondiale, les entreprises françaises, dont 4% à peine exportent, souffrent aussi d'une demande intérieure qui se dérobe sous le double effet de la rigueur budgétaire et d'un pouvoir d'achat en berne pénalisé par la montée du chômage et de l'inflation.

Le pouvoir, qui ne peut miser sur un secteur public au régime sec et une consommation des ménages atone, semble désormais se souvenir de leur rôle moteur dans la croissance.

Soucieux de dépasser les tensions suscitées par le projet de fermeture de l'usine PSA à Aulnay, le président François Hollande a exprimé avant la trêve estivale "sa confiance à l'égard des entreprises".

Le Premier ministre et une dizaine de membres du gouvernement ont participé fin août à l'université d'été du Medef et se sont engagés à restaurer la compétitivité de l'économie française mais sans faire de propositions concrètes.

Jean-Marc Ayrault a promis aux députés, lors de la rentrée parlementaire, un "choc de compétitivité" avant fin 2012. Il compte sur un rapport commandé à l'ancien patron de la SNCF et d'EADS, Louis Gallois, sur la compétitivité des entreprises, le coût du travail et la protection sociale, attendu en octobre.

Le gouvernement a aussi demandé aux partenaires sociaux de s'entendre d'ici la fin de l'année sur des mesures en faveur de l'emploi et de la compétitivité.

Le ministre du Travail, Michel Sapin, rencontre cette semaine les membres de l'AFEP, l'association des plus grandes entreprises françaises.

Pour l'heure, la patronne de Medef, Laurence Parisot, a surtout vilipendé le projet de budget 2013 qui sera soumis en conseil des ministres vendredi.

"Nous regardons le budget tel qu'il est train de se préparer avec effroi", a-t-elle dit, estimant que le choix de privilégier les hausses d'impôt plutôt que la réduction des dépenses "risque de créer un choc de non compétitivité".

"CASH CRUNCH" ET TALON D'ACHILLE

Un retour de la confiance des chefs d'entreprise est une condition du maintien de leur effort d'investissement.

Le taux d'investissement des entreprises non-financières a certes enregistré une remontée rapide depuis la mi-2009 pour s'établir à 10,7% du PIB, à un demi-point de son pic d'avant crise, un plus haut historique, note Hélène Baudchon.

Mais le revers de la médaille est que son potentiel de hausse s'en trouve limité, prévient l'économiste de BNP Paribas.

Le rebond de l'investissement risque aussi de buter sur un taux d'utilisation des capacités de production trop faible.

Il pâtira aussi de la nette dégradation de la situation financière des entreprises au cours de l'été. Les différentes enquêtes de trésorerie montrent que nombre de sociétés sont au bord d'une "cash crunch", selon l'institut Xerfi.

"La préoccupation des chefs d'entreprise ces prochains mois sera donc bien plus d'ériger des digues pour sauvegarder les trésoreries que de s'engager dans des dépenses importantes et risquées", préviennent les analystes de Xerfi.

Surtout, la remontée du taux d'investissement ne s'est pas accompagnée d'un redressement du taux de marge, qui accuse même depuis 2010 une forte détérioration.

Le taux de marge, qui rapporte l'excédent brut d'exploitation à la valeur ajoutée et mesure la profitabilité des entreprises, connaît une forte détérioration depuis début 2010, avec un recul de deux points à 28%, soit son plus bas niveau depuis le milieu des années 1980.

"C'est le talon d'Achille de l'économie française aujourd'hui", note Hélène Baudchon.

CHÔMAGE ET COÛT DU TRAVAIL

"Le retour de la croissance passe, entre autres, par une augmentation des profits des entreprises", estime-t-elle.

Le redressement de leur situation financière peut venir de gains de productivité, ce qui peut signifier une poursuite des destructions d'emplois et compromettre l'objectif du chef de l'Etat d'inverser la courbe du chômage d'ici fin 2013.

"Il peut aussi être appuyé par toute mesure visant à redresser la compétitivité, l'allègement du coût du travail étant la plus emblématique", estime Hélène Baudchon.

La question du coût du travail fait débat, reconnaît Patrick Artus, responsable de la recherche économique de la banque d'investissement Natixis, tout en ajoutant que "la France ne pourra pas éviter une baisse de ses coûts salariaux".

"Il y a un débat en France entre les milieux proches des entreprises, qui pensent qu'un redressement de l'économie n'est pas possible sans une baisse visible des coûts de production, et le gouvernement et certaines organisations syndicales, pour qui ce problème n'est pas central par rapport aux questions d'innovation, d'éducation ou de financement", note-t-il.

Une baisse des coûts salariaux lui apparaît nécessaire pour rétablir les marges des entreprises et tenir compte de la dynamique des coûts salariaux dans d'autres pays européens, Allemagne en tête.

Elle peut résulter, selon lui, de la modération salariale en réaction à la montée du chômage, d'un allongement de la durée du travail sans compensation salariale ou d'une réforme fiscale réduisant les cotisations sociales des entreprises.

Les charges sociales pèsent sur la rentabilité des entreprises alors que la France pratique un taux record de charges patronales parmi les pays de l'OCDE, relèvent les économistes d'Exane BNP Paribas.

Le gouvernement a certes exclu le recours à une hausse de la CSG ou de la TVA pour réduire le déficit de l'Etat mais n'a pas fermé ces pistes quand il ne les a pas évoquées pour le financement de la sécurité sociale, dont le projet de loi sera présenté le mois prochain.

Edité par Yves Clarisse

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