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Le marché obligataire anesthésié par l'inflation très faible

Reuters14/05/2014 à 18:23

LE MARCHÉ OBLIGATAIRE INTÈGRE LE SCÉNARIO D'UNE INFLATION TRÈS FAIBLE

par Mike Dolan

LONDRES (Reuters) - La perspective d'une inflation durablement très faible ("faible-flation") dans les économies développées est désormais si largement acceptée par les investisseurs qu'un simple frémissement à la hausse des prix pourrait provoquer un choc violent.

La hausse des dettes souveraines sur fond d'instabilité des marchés actions et des pays émergents dans un contexte politique tendu avec la crise ukrainienne est une des surprises des premiers mois de l'année en matière de stratégie d'investissement.

Les investisseurs ont privilégié les valeurs refuge comme les Treasuries ou les Bunds, prenant à contre-pied de nombreux responsables de stratégie qui ont, pour certains d'entre eux, qualifié de "toxiques" des rendements obligataires toujours plus bas dans un contexte de reprise économique, de recul du risque systémique et de retour de l'appétit pour le risque.

La faiblesse persistante des prix, voire la poursuite de la baisse de l'inflation, a été le principal moteur de cet engouement pour l'obligataire car elle a permis de maintenir voire d'améliorer les rendements réels sur les titres à taux fixes.

Avec le passage de l'inflation en zone euro sous le seuil de 1%, les obligations souveraines des pays du bloc - coeur comme périphérie - ont poursuivi leur hausse, l'accélérant même dans la perspective d'un nouvel assouplissement de la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE), qui pourrait intervenir le mois prochain.

En Irlande, le taux d'inflation est ainsi passé de 2,6% en rythme annuel en août 2012 à 0,4% le mois dernier, soit une baisse de 220 points de base. Dans le même temps, le rendement des obligations d'Etat irlandaises a diminué de 140 points de base, leur taux réel demeurant donc supérieur à son niveau d'il y a deux ans, soulignent les économistes de Brown Brothers Harriman.

NOUVELLE NORME

"Les rendements obligataires ont certes baissé très rapidement, mais l'inflation aussi et les rendements réels se sont maintenus", relève Tanguy Le Saout, responsable de la gestion obligataire Europe de Pioneer Investments.

En dépit d'une reprise économique plus soutenue aux Etats-Unis et au Royaume-Uni que dans la zone euro, les taux d'inflation britannique et américain ont aussi diminué tombant sous le seuil de 2%, objectif déclaré ou implicite des banques centrales.

Cet environnement d'inflation durablement très faible pourrait ainsi devenir la nouvelle norme aussi bien pour la conduite des politiques économiques que pour les stratégies d'investissement.

Dans ses dernières perspectives à 3-5 ans, Pimco, évoque une période durable de taux directeurs des banques centrales "extrêmement faibles".

Pour le plus gros fonds obligataire mondial, qui a fait face à quelque 82 milliards de dollars de rachats nets depuis juin dernier, cette nouvelle donne n'expose pas les investisseurs à un risque majeur de correction malgré le récent rally obligataire.

RETOUR VERS 2% D'INFLATION AUX USA

Après une année 2013 très chahutée, l'ensemble des compartiments de l'obligataire se sont repris.

Des Treasuries aux Bunds en passant par les obligations privées en catégorie d'investissement comme spéculative, en devises fortes comme en devises émergentes, les performances affichées depuis le début de l'année vont de 4% à 7%, et même 10% sur les obligations souveraines italiennes.

Par comparaison, l'indice S&P 500 a progressé de 2,66% sur la même période.

Une normalisation de l'inflation ne serait évidemment pas sans conséquence sur ce retour en grâce des produits de taux.

Certes, les craintes d'une inflation galopante alimentée par les injections massives de liquidités des banques centrales sont loin de s'être matérialisées.

Un niveau encore élevé de chômage dans de nombreuses économies développées et des taux d'utilisation des capacités de production très éloignés de leur plus hauts réduisent les craintes d'une brusque poussée inflationniste.

Pour autant, la hausse des prix à la consommation pourrait être revenue à 2% l'an le mois dernier aux Etats-Unis, pour la première fois en dix-huit mois. Les prix à la production américains ont pour leur part augmenté de 2,1% en rythme annuel en avril, la hausse la plus forte depuis mars 2012.

Le rythme de hausse des salaires américains commence lui aussi à inquiéter les investisseurs: la croissance du salaire horaire moyen des salariés du secteur productif, hors encadrement, est ressortie à 2,3% sur un an en avril alors qu'un point bas à 1,3% avait été atteint en octobre, souligne Dean Maki, économiste chez Barclays.

Il ajoute qu'un tel rythme correspondait à un taux de chômage de 5,4% lors des cycles précédents alors qu'il est de 6,3% actuellement.

En Europe aussi, l'inflation pourrait avoir atteint son point bas. Tanguy Le Saout souligne que les prévisions d'inflation d'ici à la fin de l'année annoncent une remontée vers un rythme d'au moins 1% l'an, niveau déjà atteint pour l'inflation hors éléments volatils comme les prix alimentaires et de l'énergie.

"L'inflation est faible mais a probablement touché son point bas", prévient Marion Le Morhedec, gérante chez Axa Investment Managers.

(Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand)

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