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Le G20 pourrait changer de pied sur les changes, le dollar en vue

Reuters10/03/2017 à 10:41

LE G20 POURRAIT CHANGER DE PIED SUR LES CHANGES, LE DOLLAR EN VUE

par Jamie McGeever

LONDRES (Reuters) - La réunion des ministres des Finances et des banquiers centraux du G20 la semaine prochaine pourrait ouvrir une nouvelle ère sur le marché des changes, le projet de communiqué ne faisant plus référence dans sa version actuelle à la nécessité de taux de change flexibles mais stables et de marchés financiers ordonnés.

Les grands argentiers des 20 plus grands pays développés et émergents se réuniront les 17 et 18 mars à Baden Baden, en Allemagne, pour discuter de l'économie mondiale.

Il s'agira de la première réunion des ministres du G20 depuis l'arrivée au pouvoir aux Etats-Unis de la nouvelle administration de Donald Trump qui prône une politique plus protectionniste.

Le projet de communiqué peut encore être amendé. Mais s'il reste proche de la version actuelle dont Reuters a pu prendre connaissance, il montrera l'influence de la nouvelle administration américaine sur les changes et les questions commerciales.

Certains analystes y voient déjà un nouveau signe de la détermination de la Maison blanche à lutter contre un dollar fort sans pour autant agir ou s'exprimer directement à l'encontre d'une appréciation du billet vert que Donald Trump a rendue responsable du creusement du déficit commercial américain, de la perte de compétitivité de l'économie et des destructions d'emplois industriels aux Etats-Unis.

Comme pour le démontrer, les chiffres du solde commercial des Etats-Unis pour le mois de janvier publiés mardi ont montré un déficit des échanges extérieurs à un plus haut de près de 5 ans à 48,5 milliards de dollars.

La plupart des références au marché des changes qui figuraient dans le communiqué de l'année dernière ont été supprimées dans le projet de communiqué de la réunion de la semaine prochaine.

En revanche, il est fait référence à des "déséquilibres globaux excessifs", une expression réintroduite après plus de dix ans d'absence des communiqués du G7 et du G20, et qui vise très vraisemblablement les excédents courants très importants de l'Allemagne et de la Chine.

"MESSAGE FORT"

"La formulation des communiqués du G7 et du G20 a servi dans le passé à justifier des actions spécifiques ou à envoyer des avertissements particuliers. Si les termes utilisés fixent les paramètres de la politique de change, leur modification est importante", a dit Simon Derrick, responsable de la stratégie sur les changes de Bank of New York Mellon.

Simon Derrick fait remonter la référence à la "flexibilité" des taux de changes dans les communiqués du G7 à la réunion de Dubai en 2003 et celle aux "déséquilibres globaux des balances courantes" à la réunion de Boca Raton une année plus tard.

Indépendamment de ce qui avait pu être dit sur la portée de ces expressions à l'époque, la traduction concrète avait été l'arrêt peu après par le Japon de ses interventions sur le marché des changes destinées à affaiblir le yen, rappelle-t-il.

Le retour de la mention des "déséquilibres globaux" dans un contexte où les questions commerciales sont revenues sur le devant de la scène "vise clairement à envoyer un message fort", estime Simon Derrick.

Un représentant gouvernemental au G20 a dit à Reuters que le message exact que le groupe souhaitait envoyer sur les changes faisait toujours l'objet de débats. "Quel qu'il soit, nous voulons être sûrs qu'il ne sera pas mal compris par les marchés", a-t-il dit.

Depuis la victoire de Donald Trump à l'élection présidentielle américaine en novembre, la Maison blanche a accusé la Japon, la Chine et l'Allemagne, trois des cinq principaux partenaires commerciaux des Etats-Unis, d'orchestrer une sous-évaluation de leur devise pour en tirer un avantage compétitif, s'attirant de vives dénégations mais suscitant un regain de volatilité sur le marché des changes.

Le dollar a toutefois atteint un plus haut de 14 ans en janvier et la dernière enquête mensuelle de Reuters auprès des prévisionnistes sur les changes montre qu'ils s'attendent à une poursuite de son appréciation dans les douze prochains mois.

PAS D'ACCORDS DU PLAZZA BIS

Le secrétaire américain au Trésor, Steve Mnuchin, dont la nomination n'a été confirmée que le 13 février, a repris à son compte la ligne tenue de longue date par le Trésor américain selon laquelle la vigueur du dollar est une "bonne chose" car elle reflète la confiance dans la force relative de l'économie américaine.

Mais il a aussi mis en garde sur "certains aspects qui ne sont pas positifs" à court terme et il a dit à la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, qu'il souhaitait que son organisation fournisse une analyse "sincère et honnête" des politiques de taux de change.

Depuis les premières réunions des grands argentiers du G20 en 1999 puis les sommets des chefs d'Etat à partir de 2008, le rôle des taux de change dans "la réduction de la vulnérabilité des pays aux crises économiques" a toujours été à l'ordre du jour, selon le groupe de recherche sur le G20 de l'Université de Toronto.

Pour Ernst Welteke, ancien président de la Bundesbank qui a participé à plusieurs réunions du G7, les pays qui veulent améliorer leur compétitivité à l'international doivent s'attaquer à leurs propres problèmes.

"L'excédent allemand est toujours un sujet de préoccupation pour les autres, mais la seule manière de régler cela c'est de devenir plus compétitif", a-t-il dit à Reuters.

"Ce n'est pas le taux de change qui est responsable de l'excédent commercial allemand, c'est la qualité des produits. Qu'est-ce que vous allez faire? Dire à la Chine d'importer moins?"

La prochaine réunion du comité de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine, les 14 et 15 mars, devrait très vraisemblablement déboucher sur une hausse de taux directeurs, ce qui confortera la tendance haussière du dollar.

D'un côté, la vigueur de l'économie américaine et le relèvement des taux d'intérêt poussent le billet vert à la hausse et, de l'autre, la nouvelle administration américaine préférerait un dollar plus faible pour favoriser les exportations, la compétitivité et la production industrielle du pays.

L'appréciation du billet vert n'est toutefois pas telle qu'elle puisse déclencher une action officielle et concertée pour l'enrayer.

Au début des années 1980, l'envolée de 80% du dollar, sous l'effet de la relance décidée par Ronald Reagan et de la politique monétaire restrictive du président de la Fed de l'époque Paul Volcker, avait conduit aux accords dits du Plaza pour le faire baisser.

La dernière intervention conjointe des pays du G7 sur le marché des changes remonte à 2011 et le G20 n'est jamais intervenu directement sur les changes.

D'après le FMI, le dollar était surévalué de 30% lors des accords du Plaza, près de deux fois plus que l'année dernière.

(Marc Joanny pour le service français, édité par Bertrand Boucey)

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