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Le florissant secteur du financement d'avions se fissure
Reuters06/11/2018 à 18:17

LE FLORISSANT SECTEUR DU FINANCEMENT D'AVIONS SE FISSURE

par Anshuman Daga et Tim Hepher

HONG KONG (Reuters) - Des signes de fléchissement apparaissent dans l'industrie florissante du financement aéronautique car la hausse des taux d'intérêt et des cours pétroliers associée à une concurrence féroce bouleversent un secteur qui a connu un essor sans précédent et attiré un déluge de capitaux chinois.

De récentes conférences organisées à Hong Kong ont réuni plus d'un millier de financiers, juristes et dirigeants de compagnies aériennes pour faire le point sur un secteur qui pèse pas moins de 280 milliards de dollars (245 milliards d'euros). Mais les inquiétudes liées au resserrement monétaire des banques centrales, à la guerre commerciale sino-américaine et aux fluctuations des changes ont tempéré l'optimisme observé les années précédentes.

"Je pense que la fête est finie en termes de baisse des taux d'intérêt", a déclaré Robert Martin, PDG de BOC Aviation, le plus grand loueur d'avions coté d'Asie.

Les acteurs les plus petits du secteur, qui, contrairement aux plus gros, n'ont pas équilibré leurs besoins de financement et leur passif, auront du mal à surmonter toute volatilité, a-t-il estimé.

Le renforcement du dollar et le renchérissement du kérosène contraignent les compagnies aériennes à s'adapter, ce qui pourrait ramener davantage d'avions dans les hangars des sociétés de crédit-bail, qui devront trouver preneur ailleurs.

Signe des turbulences à l'horizon, plusieurs compagnies aériennes ont déjà abaissé leurs prévisions pour prendre en compte les prix pétroliers plus élevés.

Selon des sources, des sociétés de crédit-bail offrent également aux compagnies aériennes des "vacances de location" pour alléger leurs flux de trésorerie.

En outre, certaines compagnies aériennes n'augmentent leur trafic qu'en réduisant leurs tarifs, ce qui affectera tout le secteur aérien sauf ceux qui affichent les coûts les plus bas, a estimé Rob Morris, consultant en chef chez Flight Ascend.

Selon Stuart Hatcher, directeur de l'exploitation du gérant d'actifs IBA, "le marché est prêt pour le début d'une correction. Il y a trop de signaux."

"Lorsque les compagnies aériennes souffrent, les bailleurs souffrent aussi", dit-il.

LIQUIDITÉ ABONDANTE

Le secteur est toutefois en meilleure santé que lors des cycles précédents, soutenu par la consolidation aux Etats-Unis. Les compagnies aériennes ont commencé à récupérer ces quatre dernières années après des décennies de destruction de valeur, selon l'Association du transport aérien international (IATA).

Boeing estime que la demande de financement cette année pour les livraisons d'avions de ligne neufs augmentera de près de 7% cette année pour atteindre 139 milliards de dollars.

Selon les bailleurs, la liquidité est abondante et les tensions financières dans une région du monde peuvent être compensées par la demande ailleurs. Les capitaux chinois représentent environ 30% du financement déployé par les sociétés de leasing au niveau mondial, contre 5% il y a neuf ans.

Mais cette manne a réduit les rendements de la plupart des acteurs de l'industrie et Goshawk Aviation - coentreprise du conglomérat de Hong Kong NWS Holdings et de Chow Tai Fook Enterprises - assure ainsi que la situation ne sera pas tenable très longtemps.

Brian Cheng, directeur exécutif de NWS, qui a racheté cette année Sky Aviation Leasing, basée à Dublin, a dit avoir vu des offres de financement émanant d'entreprises prêtes à accepter un retour sur investissement de 3% à 5%.

"Les compagnies d'assurance ou les banques peuvent (accepter ces taux) car leurs coûts d'emprunt sont très bas (...) mais pour nous, il n'y a pas moyen de rivaliser avec ça", a-t-il dit.

Ce contexte fait le lit des fusions et acquisitions opportunistes. Le japonais Orix a conclu cette année un accord à 2,2 milliards de dollars pour prendre 30% de la société de crédit-bail Avolon Holdings.

Il incite aussi les plus petits acteurs chinois à se retirer du marché. "C'est comme conduire sur l'autoroute. Tout le monde appuie à fond sur l'accélérateur en ce moment. Personne ne va à la station-service ou ne prend une pause. Tout le monde est à plein régime mais il va devoir se passer quelque chose. Il y a des voitures qui devront prendre la sortie", a commenté Brian Cheng.

(Dominique Rodriguez pour le service français)

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