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Le coût du travail, souci secondaire de l'industrie française ?

Reuters18/07/2012 à 20:45

DEUX ANCIENS PATRONS DU CAC 40 PLAIDENT POUR UNE REFONTE DE LA POLITIQUE INDUSTRIELLE DE LA FRANCE

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Le coût du travail n'est qu'une cause parmi d'autres des difficultés de l'industrie française, estiment deux ex-patrons du CAC 40, Jean-Louis Beffa et Louis Schweitzer, qui plaident pour une refonte de la politique industrielle de la France.

L'abrogation de la "TVA sociale", la refiscalisation des heures supplémentaires et l'annonce par PSA de la suppression de 8.000 postes ont relancé le débat sur le coût du travail, cheval de bataille de la droite aujourd'hui dans l'opposition.

Moins offensive sur cette question, la gauche, de retour au pouvoir, n'en cherche pas moins le moyen de transférer une partie du financement de la protection sociale pesant sur le travail vers d'autres modes de prélèvements.

Pour Jean-Louis Beffa, si le gouvernement renonce à augmenter la TVA, il n'aura pas d'autre choix que de recourir à une augmentation de la contribution sociale généralisée (CSG). Mais le problème, pour lui, n'est pas vraiment là.

"C'est une erreur de ne raisonner qu'en termes de coût du travail", a confié à Reuters le président d'honneur de Saint- Gobain en marge d'une audition devant la commission économique de l'Assemblée nationale. "C'est peut-être 10% du problème ; les 90% restant relèvent de la compétitivité hors coût, c'est-à-dire de choses infiniment plus difficiles à corriger."

Ne parler que du coût du travail et sacrifier le modèle social français à la compétitivité "est une erreur et une faute", a renchéri Louis Schweitzer.

Pour le président d'honneur de Renault, l'accent doit être mis sur la flexibilité du travail.

ACTIONNARIAT AU LONG COURS

En phase économique ascendante, la tentation des groupes industriels est de créer des usines dans des pays à bas coûts, et lorsque la conjoncture se retourne, d'ajuster leur capacité de production en fermant des usines en France.

Faciliter le recours aux contrats à durée déterminée et à la mise en place d'équipes de nuit, par exemple, pour jouer sur les capacités existantes en France en période de croissance, réduirait ce risque, fait valoir Louis Schweitzer.

"Le problème est d'éviter de créer des capacités au lieu d'utiliser les capacités existantes et, là, une flexibilité à la croissance éviterait des créations d'usines qui, à terme, condamnent les entreprises françaises", explique-t-il.

Jean-Louis Beffa et Louis Schweitzer, favorables à un retour de l'Etat stratège et à une convergence avec le modèle industriel allemand, exhortent la nouvelle majorité à prendre rapidement ces questions à bras le corps.

Ils l'invitent notamment à tourner le dos au capitalisme libéral financier adopté en France à la fin des années 1980 pour revenir à un modèle donnant la priorité à un "capitalisme d'ayant-droit" et à un actionnariat de longue durée.

Louis Schweitzer propose ainsi la création d'actions de long terme assorties d'un double droit de vote et d'une majoration des dividendes, ainsi que l'instauration d'un taux réduit d'impôt sur les sociétés pour les bénéfices réinvestis.

Jean-Louis Beffa juge pour sa part possible de faire rapidement voter une loi différenciant la taxation des plus- values à court et long termes.

Il plaide également pour un encouragement à l'innovation et une relance de la politique des grands programmes exportateurs.

Mais le premier changement à introduire, estime-t-il, est de concentrer les aides dans les secteurs exportateurs et de cesser de les saupoudrer tous azimuts.

PACTE NATIONAL

Jean-Louis Beffa et Louis Schweitzer font valoir qu'il existe un véritable "pacte national" et autour des industries exportatrices du Japon, de Corée, de Chine et d'Allemagne, et souhaite transposer cette "culture" en France.

Ils plaident ainsi pour la présence dans les conseils d'administration de représentants des salariés - une proposition également soutenue par Louis Schweitzer.

Ce dernier déplore dans un rapport rédigé avec Olivier Ferrand, président récemment décédé de Terra Nova, un cercle de réflexion proche du Parti socialiste, l'absence de vision économique globale à la tête de l'Etat et plaide pour la renaissance d'une sorte de "Commissariat au plan".

Il préconise ainsi la création d'un "commissariat général" chargé d'élaborer et de coordonner une politique globale de compétitivité et d'un "Conseil national de l'industrie" associant l'Etat et les acteurs économiques.

"Il s'agit de recréer un dialogue autour des problèmes industriels et de compétitivité entre toutes les parties", a-t-il expliqué devant la commission économique.

Les deux anciens dirigeants, plaident enfin pour une redéfinition de la politique énergétique de la France

"Je suis extrêmement préoccupé par la situation de la filière française des énergies renouvelables. Nous sommes en train d'être complètement dépassés par l'Allemagne et par la Chine", souligne Jean-Louis Beffa, qui a également invité la nouvelle majorité à clarifier sa position sur le nucléaire.

"En ce moment il y a péril parce que tout le monde dit 'la France abandonne le nucléaire, n'achetez plus des centrales d'Areva'", a-t-il dit à la commission économique.

Edité par Yves Clarisse

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