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Lafarge-La justice évoque une campagne de déstabilisation interne
Reuters18/03/2019 à 13:15

    * La mise en examen d'Eric Olsen a été levée
    * L'ancien dirigeant de Lafarge et LafargeHolcim témoin
assisté
    * Aux enquêteurs il a parlé d'un audit interne "à charge"

    par Emmanuel Jarry
    PARIS, 18 mars (Reuters) - Les juges d'instruction chargés
de l'enquête sur les activités du cimentier Lafarge en Syrie
estiment que l'ancien directeur général franco-américain de
LafargeHolcim  LHN.S , Eric Olsen, a pu être victime d'une
"campagne de déstabilisation interne".
    La justice s'intéresse aux conditions dans lesquelles le
groupe français, absorbé en 2015 par Holcim pour former le géant
LafargeHolcim, a maintenu en 2013-2014 ses activités en Syrie
dans une zone de conflit tenue notamment par l'Etat islamique.
    Huit anciens dirigeants et cadres de Lafarge, dont son
ex-PDG Bruno Lafont et Eric Olsen, ont été mis en examen dans
cette affaire de financement présumé du terrorisme.
    Mais les juges d'instruction ont finalement décidé début
mars de lever la mise en examen d'Eric Olsen, qui a été
directeur général adjoint chargé des ressources humaines et de
la sécurité de Lafarge jusqu'en septembre 2013, et de lui
accorder le statut de témoin assisté.  
    Dans leur ordonnance, consultée par Reuters, ils font valoir
que les investigations, l'exploitation des pièces du dossier et
les interrogatoires "n'ont pas en l'état confirmé (qu'il) avait
pu commettre des actes positifs intentionnels".
    "La teneur des pièces déclassifiées par le ministère de
l'Intérieur (tend) au contraire à confirmer les déclarations de
l'intéressé selon lesquelles il avait fait l'objet d'une
campagne de déstabilisation interne en tant que citoyen
américain", poursuivent-ils.
    Ces mêmes pièces invitent "à une lecture prudente des
conclusions de l'enquête interne" du cabinet Baker McKenzie
diligentée par la nouvelle direction de Lafarge, ajoutent les
juges d'instruction, qui s'étonnent que celle qui lui a succédé
aux ressources humaines, Sonia Artinian, n'ait pas été entendue
dans le cadre de cet audit.
    "Ces circonstances ne permettent plus de considérer qu'il
existe des indices graves et concordants à l'encontre d'Eric
Olsen des chefs de financement d'entreprise terroriste",
concluent les juges d'instruction.
    Contacté, un porte-parole de LafargeHolcim a refusé de
commenter ces informations.
    
    "ANALYSE À CHARGE"
    Eric Olsen a démissionné du poste de directeur général de
LafargeHolcim en juillet 2017. Il estime y avoir été poussé par
l'audit interne, selon lui "à charge", sur l'affaire syrienne.
    "J'ai décidé de démissionner à cause de fortes tensions
entre moi et certains membres du board, car je n'avais plus
confiance en eux", a-t-il expliqué à un enquêteur lors de sa
garde à vue en décembre 2017, selon un procès verbal. 
    "Je n'avais plus confiance à cause de leur façon de mener
cette enquête à charge contre moi et pas basée sur la recherche
de la vérité", a-t-il ajouté. "Cela avait créé un environnement
où c'était moi contre eux."
    Ce qu'il redira à la juge d'instruction qui l'interrogera
plus tard. Selon un autre procès verbal, il lui a ainsi dit être
"tombé de (sa) chaise" à la réception en février 2017 d'une
"liste de charges" établie par Baker McEnzie à son encontre et
avoir contacté un membre du conseil d'administration qui lui a
confirmé que c'était un "traquenard".
    Dans un communiqué publié le 24 avril 2017, LafargeHolcim
paraît dédouaner celui qui était encore directeur général du
groupe : "Le Conseil d'administration a conclu qu'Eric Olsen
n'était ni responsable ni pouvant être considéré comme informé
des actes répréhensibles identifiés dans le cadre de cette
enquête", lit-on notamment dans ce texte.
    Mais le cabinet Baker McEnzie déclare notamment dans une
note de synthèse que "les courriels collectés au cours de
l'enquête indiquent que M. Olsen (...) a participé à des
décisions (...) concernant des collaborateurs de LCS en Syrie
après que les Etats-Unis eurent interdit pratiquement toute
opération par des citoyens américains en lien avec la Syrie."
    Il laisse également entendre qu'Eric Olsen était au courant
de ce qui se passait à Jalabiya.

 (Edité par Yves Clarisse)
 

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