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La reprise en zone euro est à la fois lente et inégale

Reuters15/05/2014 à 18:58

LA REPRISE EN ZONE EURO EST À LA FOIS LENTE ET INÉGALE

par Martin Santa et Annika Breidthardt

BRUXELLES/BERLIN/PARIS (Reuters) - La croissance économique de la zone euro a été deux fois plus faible qu'attendu au premier trimestre et l'inflation y reste inférieure à 1%, une situation qui plaide en faveur d'un assouplissement de la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) dès sa prochaine réunion, début juin.

Le produit intérieur brut (PIB) des Dix-Huit, qui représente environ 9.500 milliards d'euros par an, n'a progressé que de 0,2% sur janvier-mars par rapport au trimestre précédent, un chiffre inchangé comparé à la période octobre-décembre. Les économistes interrogés par Reuters attendaient en moyenne une accélération à 0,4%.

Le chiffre du premier trimestre est resté positif surtout grâce à la forte contribution de la croissance de l'Allemagne (0,8%), la première économie de la région, alors que la France a stagné et que l'Italie, les Pays-Bas, le Portugal et la Finlande affichent des performances négatives.

"Le chiffre d'aujourd'hui est une grosse déception car il sous-entend que la zone euro est encore loin d'avoir pris un élan suffisant pour lui assurer une reprise durable", a commenté Peter Vanden Houte, chef économiste d'ING pour la zone euro.

Eurostat, l'institut européen de la statistique économique, a parallèlement confirmé que l'inflation dans la zone euro n'avait pas dépassé 0,7% en rythme annuel en avril, un chiffre toujours nettement inférieur à l'objectif de la BCE d'une hausse des prix proche de 2%.

La banque centrale travaille actuellement à l'élaboration d'un ensemble de décisions susceptibles d'être adoptées en juin pour soutenir l'économie, qui pourraient inclure une baisse de ses trois taux directeurs et des mesures complémentaires destinées à endiguer tout risque de déflation, ont dit plusieurs sources à Reuters cette semaine.

LA BCE À LA RESCOUSSE EN JUIN ?

"Le plan (...) que semble préparer la BCE est le bienvenu - juge Nick Kounis, économiste d'ABN Amro - mais des mesures d'ordre général pourraient être insuffisantes pour faire vraiment la différence."

"De ce point de vue, un assouplissement plus offensif que celui que semble envisager la BCE pourrait aider."

Si la France, deuxième économie de la zone, constitue la principale déception du jour avec une croissance nulle, qui met en péril ses objectifs 2014, elle n'est pas le seul pays de la région à avoir mal entamé l'année.

L'Italie, contre toute attente, a vu son PIB reculer de 0,1%, menaçant une reprise fragile tout juste entamée fin 2013 après la plus longue récession qu'ait connu le pays depuis la Seconde Guerre mondiale.

Le PIB a également reculé aux Pays-Bas, au Portugal et en Finlande tandis que l'économie grecque affiche toujours une contraction en rythme annuel, même s'il s'agit de la plus faible depuis début 2010.

Et les perspectives de croissance en zone euro pour le deuxième trimestre ne sont guère encourageantes, ce qui ne fait rien pour apaiser les craintes de déflation.

"Nous pensons que la croissance du PIB sera plus forte au deuxième trimestre qu'au premier", explique Peter Vanden Houte avant d'ajouter que "cette 'reprise' reste bien trop faible pour mettre un coup d'arrêt aux tensions déflationnistes."

L'ESPAGNE, BON ÉLÈVE

L'Allemagne table sur une croissance de 1,8% sur l'ensemble de cette année et son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, a estimé que tous les indicateurs préfiguraient une reprise touchant tous les secteurs.

Son homologue français, Michel Sapin, a quant lui reconnu que la croissance dans l'Hexagone serait "insuffisante" en 2014, tout en assurant que l'objectif de 1% retenu par le gouvernement restait "parfaitement raisonnable".

La France, comme plusieurs autres pays, peut se consoler en constatant que de piètres performances économiques ne nourrissent plus la défiance des marchés, les coûts d'emprunt de nombreux Etats de la région s'affichant à des plus bas historiques.

Ce paradoxe apparent doit beaucoup au discours tenu ces dernières semaines par les responsables de la BCE, notamment sur leur préoccupation face à la vigueur de l'euro, qui pénalise les exportateurs. En alimentant ainsi les espoirs d'un assouplissement de sa politique le mois prochain, la banque centrale entretient en effet la baisse des rendements obligataires.

Le gouvernement français plaide pour des mesures à l'échelle de la zone euro visant à faire baisser la monnaie unique et souhaite des discussions sur le sujet après les élections européennes de la semaine prochaine.

A ce discours, certains critiques, comme le président du Medef Pierre Gattaz, rétorquent que l'euro fort ne doit pas servir d'excuse pour retarder des réformes jugées nécessaires.

De fait, des pays qui ont mené ces dernières années des politiques visant à améliorer leur compétitivité commencent à récolter les fruits de ces efforts.

En Espagne, la croissance a ainsi atteint 0,4% au premier trimestre par rapport au précédent et 0,6% en rythme annuel. Ce dernier chiffre marque la meilleure performance enregistrée par l'économie espagnole depuis trois ans et il a permis à Madrid de porter sa prévision pour 2014 de 0,7% à 1,2%.

(avec Yann Le Guernigou à Paris, James Mackenzie à Rome, Madeline Chambers à Berlin, Jussi Rosendahl à Helsinki et Anthony Deutsch à Amsterdam, Marc Angrand pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

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