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La France bien seule dans son combat contre l'euro fort

Reuters06/02/2013 à 21:09

LA FRANCE ISOLÉE DANS SON COMBAT CONTRE L'EURO FORT

PARIS (Reuters) - La France, une nouvelle fois en pointe contre l'euro fort qui sape ses maigres perspectives de croissance, ne trouve guère de soutien sur la scène internationale ou auprès de ses partenaires européens à l'approche de plusieurs rendez-vous cruciaux.

Pire : l'Allemagne, qui a toujours vu avec suspicion l'activisme français sur le taux de change de l'euro, a même estimé mercredi que la monnaie européenne n'était pas surévaluée au vu de sa tendance de long terme.

Cette fin de non recevoir intervient au lendemain de l'appel lancé par François Hollande pour la fixation d'un objectif à moyen terme pour le niveau de la devise européenne.

L'euro, qui s'échange actuellement à plus de 1,35 dollar, s'est apprécié de plus de 12% vis-à-vis du dollar par rapport à ses points bas de fin juillet, au plus fort des inquiétudes sur les dettes souveraines de l'Italie et de l'Espagne.

L'euro devrait rester à son niveau à très court terme avant de refluer, estiment toutefois des analystes interrogés qui jugent passager le récent sursaut de la monnaie unique au regard de la faiblesse de l'activité en Europe.

La proposition de François Hollande constituait le point d'orgue d'un tir de barrage des autorités française sur l'appréciation de l'euro.

Le ministre du redressement productif Arnaud Montebourg avait donné de la voix sur le sujet dès la semaine dernière.

Le ministre de l'Economie avait enfoncé le clou au cours du week-end jugeant "l'euro trop fort à certains égards".

DIVERGENCES D'ANALYSE

Au lendemain des déclarations de François Hollande, Pierre Moscovici a déclaré que la France soulèverait la question de l'euro lors de la prochaine réunion de l'Eurogroupe lundi et lors du G20 ministériel - le premier sous présidence russe - des 15 et 16 février.

Soucieux de ménager Berlin, qui fait de l'indépendance de la Banque centrale européenne une véritable ligne rouge, il a ajouté qu'il "fallait se garder de toute pression sur la BCE" dont le conseil des gouverneurs se réunit jeudi.

"Le débat est légitime entre Européens, sur ce qui peut être la juste parité de notre monnaie, la bonne façon de l'atteindre, il est aussi légitime avec les autres grands pays ou grandes zones économiques du monde, au G20", a-t-il toutefois poursuivi.

Depuis sa création en 1999, la BCE s'est toujours refusée à considérer l'euro comme un objectif central de sa politique monétaire, se préoccupant plus des variations rapides du taux de change que de son niveau absolu, malgré les pressions répétées de la France pour qu'elle agisse sur les taux de change.

Au-delà de la BCE, la réaction allemande illustre une divergence d'analyse entre Paris et Berlin sur les modalités de sortie de la crise de la zone euro.

Paris plaide pour une relance de la croissance qui crédibiliserait son hypothèse d'une progression de son Produit intérieur brut de 0,8% cette année, déterminant pour le respect de son engagement de retour de ses déficits publics à 3% du PIB.

Pierre Moscovici, qui a confirmé ce week-end ces objectifs, a prévenu que le niveau actuel de l'euro pourrait coûter 0,3 point de croissance sur un an à la France.

Berlin s'en tient à sa ligne consistant à prôner la maîtrise des déficits publics et le renforcement de la compétitivité.

L'ALLEMAGNE PARIE SUR LA COMPÉTITIVITÉ

Le ministre allemand de l'Economie, Philipp Rösler, avait ainsi estimé mardi, à l'issue d'une rencontre avec son homologue français à Paris, que "l'objectif doit être d'améliorer la compétitivité et pas d'affaiblir la monnaie".

Paris n'a par ailleurs guère trouvé d'écho auprès de ses autres partenaires européens, y compris l'Espagne ou l'Italie, dont les difficultés avaient largement contribué à la chute de la monnaie unique entre la fin février et la fin juillet 2012.

Les craintes d'une contagion à ces pays de la crise des dettes souveraines avait alors fait plonger l'euro de niveaux à proches de ses cours actuels contre dollar à près de 1,20.

Paris n'a guère plus de soutien à attendre sur la scène internationale dans sa croisade contre l'euro fort.

La question des changes sera vraisemblablement à l'ordre du jour de la réunion des ministres des Finances et des banquiers centraux du G20 la semaine prochaine, en particulier l'affaiblissement du yen.

La Banque du Japon a annoncé le mois dernier un nouveau programme massif de rachat d'actif et un doublement de son objectif de hausse des prix dans l'espoir de sortir le pays de la déflation, provoquant une rapide dépréciation de la monnaie.

Plusieurs pays, dont l'Allemagne, se sont certes alarmés de cette chute du yen que les dirigeants du G20 ne devraient pas toutefois pas qualifier de dévaluation compétitive.

La plupart des grands pays développés ont en effet été amenés à mettre en oeuvre des politiques monétaires très accommodantes afin de soutenir une reprise fragile et pourraient avoir à le faire de nouveau avec comme effet collatéral un affaiblissement de leur devise.

Marc Joanny, édité par Yves Clarisse

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