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La crainte d'un défaut de la Grèce monte

Reuters16/01/2012 à 21:31

CRAINTE D'UN DÉFAUT DE LA GRÈCE SUR FOND D'IMPASSE DANS LES DISCUSSIONS AVEC SES CRÉANCIERS

par Lefteris Papadimas et Steve Slater

ATHENES/LONDRES (Reuters) - La Grèce doit de toute urgence sortir de l'impasse où ont abouti les discussions avec ses créanciers privés et qui s'explique par les exigences "déraisonnables" de ses partenaires, estime l'organisme qui représente les dits créanciers.

La Grèce revient ainsi sur le devant de la scène, les craintes d'un défaut et d'une sortie de la zone euro supplantant les déclassements de note souveraine intervenus vendredi dans la zone euro.

Athènes doit s'entendre avec ses créanciers privés pour éviter le dépôt de bilan lorsqu'elle devra rembourser pour 14,5 milliards d'euros d'emprunts obligataires fin mars.

Les négociations avec les banques ont été rompues vendredi en raison de divergences sur le coupon que la Grèce doit proposer aux créanciers privés qui accepteront d'échanger leurs créances contre de nouvelles obligations.

Elles doivent reprendre mercredi, mais dans l'intervalle la Grèce a dépêché lundi des délégués à Washington pour des consultations auprès du Fonds monétaire international (FMI), la veille de l'arrivée à Athènes d'une équipe d'experts de la troïka (Union européenne, Banque centrale européenne, FMI).

Dans la mesure où un nombre croissante d'experts, y compris un responsable de l'agence de notation Standard & Poor's, évoque ouvertement le risque réel d'un défaut de la Grèce, les créanciers du pays se montrent très inquiets.

"Un accord s'impose de toute urgence pour apporter un élément de stabilité", a déclaré lundi à Reuters Charles Dallara, le directeur général de l'Institut de la finance internationale (Ifi), qui représente les créanciers privés d'Athènes.

Charles Dallara a ajouté que les banques ont été "étonnées" de la position de certains responsables publics représentant à la fois les Etats et les institutions internationales. "Ils (NDLR - certains responsables publics) veulent que le secteur privé accepte des taux d'intérêt qu'ils n'accepteraient pas (eux-mêmes), ce qui est tout à fait déraisonnable", a-t-il dit.

MINIMISER LES DIVERGENCES

Athènes s'est employé à minimiser ces divergences. Le Premier ministre grec Lucas Papademos a préféré parler d'une "petite pause" dans les discussions avec les banques, ajoutant sur la chaîne de télévision CNBC : "Mais je suis persuadé qu'elles se poursuivront et que nous parviendrons en temps opportun à un accord acceptable pour tous."

Il a précisé que les discussions portant à la fois sur un échange de dette et sur le dernier plan de renflouement devaient être bouclées dans les deux ou trois semaines à venir. "C'est le but et je pense que les conditions sont là pour aboutir", a-t-il déclaré.

Athènes doit sceller un accord avec ses banques avant qu'une délégation de la troïka ne se rende en Grèce la semaine prochaine pour mettre la dernière main à un second renflouement, de 130 milliards d'euros.

Suivant l'accord de renflouement conclu en octobre, la dette grecque détenue par le privé serait réduite de moitié, de façon à ce que le rapport de la dette au PIB tombe à 120% du PIB en 2020 contre 160% actuellement, pour autant que la Grèce lance aussi des réformes structurelles.

Charles Dallara a dit au Financial Times qu'il fallait un accord de principe d'ici la fin de la semaine afin de le finaliser à temps pour les remboursements d'emprunts de mars.

Selon une source bancaire, les créanciers du public exigeaient un coupon de moins de 4%, ce qui a déplu fortement aux banques car cela signifierait pour elles une perte de plus de 75% sur leurs créances. Une seconde source a dit que la troïka voulaient faire passer un coupon de 2% à 3%, inacceptable pour les banques, alors que la France et la Grèce proposaient 4%. Les banques considèrent un coupon de 4% à 5% viable pour la Grèce, a encore dit la Grèce.

Soulignant les enjeux en cours, un responsable de Standard & Poor's a dit à Bloomberg Television s'attendre à ce que la Grèce soit en défaut sous peu.

"Qu'il y ait une solution à la fin des négociations âpres en cours, je ne saurais le dire", a déclaré Moritz Krämer, responsable des ratings souverains de S&P. "On pousse beaucoup à la roue et un défaut désordonné aurait des répercussions sur d'autres pays mais je pense que les responsables monétaires et financiers ne veulent pas en arriver là... Pour l'instant, ça continue".

LE PROCHAIN EXEMPLE

La Grèce, qui en est à sa cinquième année de récession, tutoie la faillite ces derniers mois, seuls les prêts de ses partenaires européens et du FMI, convenus en échange d'impopulaires mesures d'austérité, lui évitant cette issue.

Lucas Papademos a rejeté toute éventualité de nouvelle aide en plus de celle agréée lors du sommet européen d'octobre.

"Je pense que les fonds promis lors du sommet européen, augmentés du résultat de la participation du secteur privé, suffiront sans doute à soutenir l'économie grecque financièrement", a-t-il dit.

Pour le ministre britannique des Finances George Osborne, l'incertitude quant au règlement de la crise de la dette grecque est autrement plus préjudiciable à la stabilité de l'Europe que les déclassements - largement prévisibles - annoncés vendredi par l'agence de notation Standard & Poor's.

Bill Gross, gérant de PIMCO, premier fonds obligataire mondial, explique sur Twitter que les déclassements de S&P ont rendu les investisseurs conscients du fait que des pays pouvaient faire défaut, la Grèce en étant le prochain exemple.

Wilfrid Exbrayat pour le service français


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