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La CE livre des pistes pour renforcer la zone euro

Reuters31/05/2017 à 16:11
    * Un gouvernement économique avec un budget commun 
    * L'élection de Macron fait espérer une intégration 
approfondie 
    * L'Allemagne réitère son opposition aux eurobonds 
 
    par Jan Strupczewski 
    BRUXELLES, 31 mai (Reuters) - Un budget commun, un ministre 
pour le gérer et des obligations ressemblant fort à des 
"eurobonds" figurent parmi les pistes de réflexion suggérées 
mercredi par la Commission européenne (CE) pour renforcer 
l'intégration de la zone euro après la sortie du Royaume-Uni de 
l'Union européenne en 2019. 
    Le document publié par l'exécutif européen vise à alimenter 
le débat parmi les gouvernements sur les moyens d'approfondir 
l'Union économique et monétaire d'ici 2025 mais il a d'ores et 
déjà suscité une réaction irritée de l'Allemagne, qui ne veut 
pas entendre parler d'une mutualisation de la dette dont elle 
craint de payer l'addition. 
    Le scénario d'un ministre des Finances de la zone euro en 
charge d'un budget commun, étudié depuis des mois à Bruxelles, 
semble plus plausible depuis l'élection d'Emmanuel Macron à la 
présidence française le 7 mai. 
    La chancelière allemande Angela Merkel, en quête d'un 
nouveau mandat en septembre, s'est félicitée de la victoire du 
candidat pro-européen en France, et à Bruxelles on se met à 
espérer des initiatives dès l'an prochain en vue d'un 
gouvernement économique de la zone euro. 
    Mais les conservateurs allemands ne veulent pas entendre 
parler d'un budget commun, de crainte que le pays le plus riche 
de la zone se retrouve à payer pour les moins disciplinés, et le 
ministère des Finances a dès mercredi rappelé sa ferme 
opposition à toute mutualisation de la dette. 
    "La position du gouvernement allemand consistant à rejeter 
les eurobonds, une dette commune, n'a pas changé", a dit une 
porte-parole du ministère. 
    Le ministre des Finances Wolfgang Schäuble, héraut des 
conservateurs allemands, devait d'ailleurs rencontrer dans la 
journée à Berlin Jean-Claude Juncker, le président de la 
Commission européenne, pour une discussion privée. 
    Le document de la CE livre des pistes de réformes pour 
renforcer la zone euro après la crise de la dette souveraine de 
2010-2012 qui a failli la détruire.  
    Les initiatives et mesures prises jusqu'à présent ont permis 
de parer au plus pressé mais les 19 pays concernés peuvent faire 
beaucoup plus pour assurer un fonctionnement optimal de la zone, 
fait valoir Bruxelles. 
    Le document, qui fait partie d'une série plus large de 
propositions sur l'avenir de l'UE, coïncide avec l'ouverture 
imminente des négociations sur la sortie du Royaume-Uni, qui 
aura pour effet de renforcer encore le poids de la zone euro au 
sein de l'UE.   
    Les 19 pays qui partagent l'euro représentent actuellement 
les deux tiers de l'économie de l'Union européenne; avec le 
Brexit, leur poids approchera les quatre cinquièmes. 
    
    DE SIMPLES IDÉES, PAS UN PROJET 
    La Commission s'abstient de formuler des propositions 
précises pour l'évolution de la zone euro, laissant aux 
gouvernements le loisir de piocher dans les idées qu'elle 
avance. Mais elle dit bien qu'à terme la zone euro pourrait se 
doter d'un Trésor commun, non sans reconnaître que cela 
supposera de difficiles négociations politiques et un changement 
de traité toujours long à mettre en oeuvre. 
    Le président de l'Eurogroupe, instance qui réunit les 
ministres des Finances de la zone euro, pourrait prendre la tête 
de cette nouvelle institution, et ce poste lui-même pourrait 
être intégré à la Commission, suggère le document. 
    Le nouveau Trésor aurait à gérer une "fonction de 
stabilisation macroéconomique", autrement dit un budget commun 
destiné à amortir les chocs conjoncturels, par exemple en 
soutenant l'investissement ou en finançant des mesures d'urgence 
de lutte contre le chômage en période de crise, quand les Etats 
voient leurs moyens contraints par l'augmentation des déficits - 
encore que ce dernier point supposerait au préalable une 
convergence des politiques de l'emploi. 
    Il serait financé par des contributions régulières et 
pourrait même emprunter sur les marchés, dans des limites bien 
définies et avec l'obligation de mettre de l'argent de côté en 
période de vaches grasses. 
    Son financement pourrait être assuré par le Mécanisme 
européen de stabilité (MES) - le fonds de secours de la zone 
euro mis en place après la crise de la dette -, par le budget de 
l'UE ou par des contributions individuelles des Etats membres au 
prorata de leur PIB. 
    En tout état de cause, il n'aurait pas vocation à recevoir 
des transferts permanents ou à devenir un outil de gestion de 
crise, rôle déjà dévolu au MES. 
    Les pays de l'UE qui n'ont pas adopté l'euro pourraient y 
avoir accès mais seulement à condition de respecter les règles 
budgétaires de l'UE et de suivre les recommandations de la 
Commission en vue d'une plus grande convergence économique. 
     
    ACTIFS SÛRS EUROPÉENS 
    Les éventuels emprunts sur les marchés financiers pourraient 
être effectués par le biais d'eurobonds - la CE préfère le terme 
d'"actifs sûrs européens" - appelés à devenir des obligations de 
référence pour les marchés européens quand un nombre suffisant 
seront en circulation. 
    La Commission, sensible aux réserves de l'Allemagne, 
souligne que le remboursement de ces obligations ferait l'objet 
d'une mutualisation totale, partielle ou nulle des 
responsabilités selon les cas. 
    Une institution privée ou publique pourrait ainsi acquérir 
un portefeuille d'eurobonds qui lui servirait de garantie pour 
émettre ses propres obligations en plusieurs tranches, senior ou 
subordonnées, ce qui en ferait un investissement plus sûr. 
    Le Comité européen du risque systémique (CERS) avait en 
septembre dernier prôné la création d'une Agence de la dette 
européenne, qui pourrait aussi lancer des émissions. 
    Ces obligations nouvelles - appelées en anglais Sovereign 
Bond Backed Security (SBBS) - permettraient de rompre 
l'interdépendance entre les banques et les obligations 
souveraines qui ont conduit à la crise de la dette, estiment la 
Commission et le CERS, permettant de ce fait aux établissements 
financiers de détenir des actifs sûrs et de qualité sans trop 
s'exposer aux dettes des Etats. 
    L'agence Standard & Poors a toutefois fait savoir le 25 
avril qu'elle n'accorderait qu'une note de BBB- aux SBBS, bien 
inférieure au Triple-A recherché     par la zone euro. 
    Pour la porte-parole du ministère allemand des Finances, 
l'Europe doit d'abord appliquer les règles existantes afin de 
renforcer sa crédibilité sur les marchés financiers avant de 
songer à un nouveau partage des responsablités.  
    "Les Etats membres doivent (...) créer de la stabilité et de 
la croissance dans la zone euro au moyen de réformes 
structurelles et réduire leur endettement", a-t-elle dit. 
    L'Allemagne, a-t-elle ajouté, travaille avec la France sur 
de nouvelles propositions pour l'avenir de l'Europe. 
 
 (Véronique Tison pour le service français) 
 

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