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La BCE frappe fort pour tenter de sortir du marasme

Reuters05/06/2014 à 20:44

OFFENSIVE DE LA BCE POUR SORTIR DU MARASME

par John O'Donnell et Eva Taylor

FRANCFORT (Reuters) - La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé jeudi un ensemble de mesures destinées à lutter contre la faiblesse de l'inflation, à relancer le crédit et à soutenir la reprise au sein de la zone euro, abaissant ses taux directeurs jusqu'à tester le passage en territoire négatif de son taux de dépôt et offrant aux banques de nouvelles facilités de refinancement à long terme.

La BCE a baissé ses taux directeurs à de nouveaux plus bas historiques afin de prévenir tout risque de déflation au sein de la zone euro et d'affaiblir le taux de change de l'euro.

Le taux de refinancement a été abaissé de 0,10 point à 0,15% tout comme le taux de la facilité de dépôt qui passe ainsi en territoire négatif, à -0,10%. Le taux de prêt marginal a été abaissé de 0,35 point, à 0,40%.

La BCE est ainsi la première des grandes banques centrales à se lancer dans l'aventure de taux négatifs, qui reviennent pratiquement à faire payer aux banques le fait de déposer une partie de leurs liquidités auprès de l'institut d'émission.

En revanche, elle n'est pas allée jusqu'à mettre en oeuvre un programme d'achats massifs d'actifs à l'instar de ceux déployés par la Réserve fédérale américaine, la Banque d'Angleterre ou la Banque du Japon.

Son président Mario Draghi n'a toutefois pas exclu de nouvelles mesures d'assouplissement si nécessaire.

Il a présenté un programme de refinancement ciblé de 400 milliards d'euros sur quatre ans afin d'inciter les banques à développer le crédit au secteur privé non financier de la zone euro.

"Nous sommes maintenant dans un monde totalement différent", a déclaré Draghi lors de la conférence de presse qui a suivi la réunion de politique monétaire de l'institution. Il a évoqué un environnement "d'inflation basse, de reprise fragile et de faible dynamisme de la monnaie et du crédit."

Les mesures, adoptées à l'unanimité par les membres du conseil des gouverneurs de la BCE, sont destinées à accroître les prêts à "l'économie réelle", a-t-il dit.

Elles comprennent aussi une prolongation au moins jusqu'à la fin 2016 des opérations de refinancement à taux fixes pour des montants illimités et l'injection d'environ 170 milliards de liquidités supplémentaires du fait de l'arrêt de la stérilisation des achats d'obligations souveraines effectués dans le cadre du Programme pour le marché de titres.

Draghi a de plus annoncé que la BCE menait des travaux préparatoires pour des achats discrétionnaires de titres adossés à des actifs (ABS) afin de soutenir les prêts aux petites et moyennes entreprises.

Les services de la BCE ont quant à eux revu à la baisse leur prévision d'inflation dans la zone euro pour cette année et les deux prochaines. Ils anticipent désormais une hausse des prix de 0,7% en 2014, 1,1% en 2015 et 1,4% en 2016, bien en dessous de l'objectif de moyen terme de la BCE d'une inflation inférieure mais proche de 2,0%.

"Si nécessaire, nous interviendrons rapidement pour un nouvel assouplissement de la politique monétaire", a déclaré Draghi, soulignant l'unanimité des membres du conseil des gouverneurs sur le recours à des instruments non conventionnels en cas de besoin "pour faire face au risque d'une période trop prolongée de faible inflation".

PARIS SATISFAIT, SILENCE À BERLIN

Les investisseurs ont salué ces mesures attendues depuis des semaines. L'euro est revenu à un plus bas de quatre mois contre la devise américaine, repassant brièvement sous le seuil de 1,35 dollar avant de se reprendre pour s'échanger à 1,3580 dollar vers 14h30 GMT. Les rendements obligataires au sein de la zone euro se sont détendus et les actions européennes ont monté.

Le président français François Hollande, qui plaide depuis des mois en faveur d'une action pour affaiblir l'euro, dont la vigueur est considérée à Paris comme l'une des explications de la faiblesse de la reprise, s'est félicité des initiatives de la BCE.

La chancelière allemande Angela Merkel s'est en revanche refusée à tout commentaire, soulignant que la BCE prenait ses décisions en toute indépendance. Son ministre des finances Wolfgang Schäuble a toutefois déclaré que des taux d'intérêt bas n'étaient pas une solution à long terme.

Les taux bas ne sont guère populaires en Allemagne où ils sont perçus comme pénalisant pour les épargnants.

Hans-Werner Sinn, économiste de l'institut de conjoncture allemand Ifo, proche des conservateurs, a estimé que les décisions de la BCE étaient désespérées et ne fonctionneraient pas. "C'est une tentative désespérée de déplacer les flux de capitaux vers l'Europe du sud pour y stimuler la croissance au travers d'un argent toujours moins cher et de taux punitifs sur les dépôts", a-t-il dit.

Draghi a déclaré que les taux resteraient bas pour une période prolongée après leur diminution annoncée jeudi mais il n'a pas évoqué la possibilité qu'ils diminuent encore comme il le faisait régulièrement auparavant.

Interrogé sur le délai dans lequel les mesures annoncées produiraient leurs effets sur l'économie de la zone euro, Draghi a répondu : "Il est très vraisemblable que nous constaterons des effets immédiats sur le marché monétaire et des effets sur l'économie réelle attribuables à ce programme avec retard... cela prendra probablement trois à quatre trimestres."

Quelques heures seulement avant les annonces de la BCE, un responsable monétaire nippon avait mis en garde contre les risques pour la zone euro de sombrer dans une longue phase de déflation à l'instar de celle qu'a connu le Japon.

Dans un discours prononcé le 24 avril, Mario Draghi avait évoqué trois scénarios pour la conduite de la politique monétaire de la BCE, dont a mise en oeuvre d'un vaste programme de rachats d'actifs si les perspectives d'inflation à moyen terme se dégradaient.

L'OPTION DE L'ASSOUPLISSEMENT QUANTITATIF

Depuis le mois d'octobre, l'inflation au sein de la zone euro ne parvient pas à sortir de ce que Draghi a lui même qualifié de "zone dangereuse", soit un niveau inférieur à 1% en rythme annuel.

Le ralentissement des prix à la consommation s'explique principalement par la baisse des cours des matières premières et mais aussi par la modération salariale et par les processus d'ajustement en cours dans plusieurs pays de la zone euro.

Et la vigueur de l'euro ne fait qu'exacerber cette situation, en coupant court à toute inflation importée.

Parallèlement, la faiblesse historique des taux d'intérêt peine à se répercuter sur les coûts du crédit bancaire dans l'ensemble des pays utilisant la monnaie unique: au Portugal, par exemple, les entreprises doivent s'acquitter en moyenne d'un taux de 5,4% pour emprunter, contre 2,2% seulement en France ou en Finlande.

Ce handicap touche particulièrement les petites et moyennes entreprises, généralement très dépendantes des financements bancaires.

(Nicolas Delame et Marc Joanny, pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

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