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La BCE devra être agressive pour être efficace

Reuters05/09/2012 à 15:30

LA BCE DEVRA ÊTRE AGRESSIVE POUR ÊTRE EFFICACE

par Marc Jones

LONDRES (Reuters) - L'effet des rachats d'obligations souveraines que s'apprête à annoncer la Banque centrale européenne (BCE) pour endiguer la crise de la dette se retournera contre la zone euro si l'institut de Francfort se montre trop timoré, estiment des économistes.

Pour dissuader les investisseurs de profiter du programme pour vendre en masse leurs titres, la BCE ne devra assortir ses rachats d'aucune limite, tant pour les volumes que pour la durée, ajoutent-ils.

Les investisseurs étrangers, notamment, détiennent pour plus de 900 milliards d'euros de dette espagnole et italienne. Ils pourraient être tentés de vendre si le plan de la BCE s'avère insuffisamment agressif, comme cela s'est vu en 2010 et 2011.

En promettant, le 26 juillet, de sauver l'euro, le président de la BCE Mario Draghi a fait monter les attentes. Avant même la présentation du plan, attendue jeudi, les coûts de financement de l'Espagne ont baissé de moitié pour les maturités à deux ans et ceux de l'Italie ont été réduits de plus d'un tiers.

Mais beaucoup doutent que ce nouveau geste suffise à mettre un terme de la crise de la zone euro, et les marchés continuent d'imposer des taux prohibitifs à l'Espagne comme à l'Italie sur des maturités plus longues.

DÉFIANCE DES INVESTISSEURS ÉTRANGERS

"Si vous pensez que le soutien de la BCE ne sera que temporaire et qu'ensuite on reviendra à des écarts de taux croissants, des abaissements de notes et des risques accrus, alors la meilleure chose à faire est de vendre", déclare Alessandro Giansanti, stratégiste taux chez ING.

"L'intervention de la BCE doit être très massive pour permettre une baisse des rendements de 200 points de base."

Selon des données de la Banque des règlements internationaux (BRI), les avoirs des investisseurs non européens en dette italienne et espagnole ont baissé de respectivement 35% et 30% en 2011, pour tomber à 700 et 200 milliards d'euros.

Les investisseurs étrangers détiennent à présent environ 40% de la dette italienne et un peu moins de 30% de la dette espagnole.

En 2010 et 2010, ils avaient mis à profit le précédent programme précédent de rachats d'obligations de la BCE pour se délester de dette grecque, portugaise, irlandaise puis italienne et espagnole.

L'initiative de la BCE avait permis de ramener l'écart de rendement entre les obligations espagnoles et allemandes à 10 ans de 401 à 272 points de base en seulement quatre jours, mais la prime demandée par les investisseurs est depuis remontée à 523 pdb.

Les ventes passées de titres sont toutefois susceptibles de limiter le potentiel d'un nouveau mouvement de délestage massif par les investisseurs étrangers;

Et la promesse faite par Mario Draghi cet été est la plus nette exprimée à ce jour par la BCE. Elle a de surcroît obtenu un soutien tacite de la chancelière allemande Angela Merkel, même si elle est loin de faire l'unanimité en Allemagne et notamment au sein de la Bundesbank.

LA CHINE RASSURE

Quelles que soient les modalités de la nouvelle opération de rachat, les banques de la zone euro ont de bonnes raisons de conserver leurs avoirs : elles peuvent s'en servir pour obtenir des prêts de la BCE à des conditions favorables, et les vendre maintenant pourrait les exposer à des pertes dans leurs bilans à l'approche des résultats de fin d'année.

Les nouvelles réglementations incitant les banques à détenir de la dette souveraine pourraient aussi les dissuader de se délester de leurs obligations italiennes ou espagnoles.

Néanmoins, nombre d'investisseurs restent sceptiques quant à la performance à long terme de ces titres.

Standard Life Investments, qui gère pour 247,1 milliards de dollars de fonds, est ainsi sous-pondéré sur la dette souveraine italienne et espagnole car il ne croit pas à un effet durable des rachats d'obligations de la BCE.

Ces rachats ne pourront se faire qu'en lien avec les fonds de secours de la zone euro, soit le Fonds européen de stabilité financière (FESF) ou son successeur le Mécanisme européen de stabilité (MES), explique Jack Kelly, directeur des investissements pour la dette souveraine chez Standard Life. "Or le pouvoir d'achat du FESF et du MES est limité", dit-il.

La défiance des investisseurs étrangers inquiète la BCE. Avoir affaire à de seuls investisseurs nationaux est certes un gage de stabilité à court terme mais cela accroît aussi les risques systémiques en liant plus étroitement le sort des gouvernements et des banques privées.

Sur ce point, le Premier ministre chinois Wen Jiabao a rassuré les Européens jeudi dernier en assurant que son pays continuerait d'investir sur le marché de la dette souveraine de la zone euro.

Avec la contribution d'Ana Nicolaci da Costa et de Laurence Fletcher, Véronique Tison pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

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