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La BCE arrêtera son QE fin 2018, mais pas de hausse de taux en vue
Reuters14/06/2018 à 16:43

    * Les achats d'actifs réduits en septembre puis arrêtés fin
2018
    * Pas de hausse de taux avant au moins l'été 2019
    * La BCE continuera de réinvestir les remboursements de
titres
    * Prévision abaissée pour la croissance, remontée pour
l'inflation

 (actualisé avec conférence de presse Draghi)
    par Gederts Gelzis, Balazs Koranyi et Francesco Canepa
    RIGA/FRANCFORT, 14 juin (Reuters) - La Banque centrale
européenne a annoncé jeudi l'arrêt à la fin de l'année de son
programme d'achats nets d'actifs (APP), le symbole de sa
politique monétaire "non conventionnelle" mise en place pour
sortir la zone euro de la crise.
    L'institution a toutefois indiqué clairement qu'elle
n'entendait pas pour autant mettre fin à son soutien à
l'économie en annonçant aussi que ses taux directeurs
resteraient à leur niveau historiquement bas "au moins jusqu'à
la fin de l'été 2019 et en tout cas aussi longtemps que
nécessaire".
    Cette précision a fait baisser l'euro, qui avait
initialement réagi en hausse à l'annonce de la fin des achats
d'actifs, car les marchés anticipaient un relèvement de 10
points de base du taux des dépôts de la BCE - actuellement fixé
à -0,4% - d'ici le mois de juin prochain. La devise européenne
 EUR=EBS  s'échangeait à 1,164 dollar vers 16h30, en baisse de
1,2%.
    Le président de la BCE, Mario Draghi, s'est refusé à donner
quelque indication sur un calendrier de hausse des taux lors de
la conférence de presse qui a suivi la réunion, délocalisée à
Riga, du Conseil des gouverneurs de la BCE.
    "Nous n'avons pas discuté d'une date pour la remontée des
taux", a-t-il dit. "Cette décision a été prise en raison de la
vigueur de l'économie" mais aussi d'"incertitudes croissantes"
sur fond de tensions commerciales entre l'Europe, la Chine et
les Etats-Unis, a-t-il laissé entendre.  
    La BCE a dans le même temps revu à la baisse sa prévision de
croissance dans la zone euro pour cette année à 2,1%, contre
2,4% précédemment, tout en relevant sa projection d'inflation de
1,4% à 1,7% pour tenir compte surtout de la hausse des cours du
pétrole.
    "Les derniers indicateurs économiques disponibles et les
résultats des enquêtes sont plus faibles mais demeurent
cohérents avec la poursuite d'une croissance économique solide
et généralisée", a expliqué Mario Draghi.
    
    LA FED AU SECOURS DE LA BCE ?
    Ces décisions interviennent au lendemain d'une nouvelle
hausse de taux de la Réserve fédérale américaine, la septième
depuis fin 2015, qui a dans le même temps renoncé à son pilotage
de crise des anticipations du marché sur sa politique monétaire,
jugeant que l'économie "se porte très bien" après cinq années de
croissance ininterrompue  .
    Les achats d'actifs de la BCE, actuellement de 30 milliards
par mois, seront ramenés en septembre à 15 milliards et ce
jusqu'en décembre, puis cesseront, a déclaré la banque.
    Elle continuera à intervenir sur les marchés en
réinvestissant "pour une période prolongée" les montants des
remboursements à l'échéance des titres acquis dans le cadre du
programme APP ou encore QE (quantitative easing, assouplissement
quantitatif).
    L'arrêt programmé sur une courte période des achats nets
d'actifs signifie néanmoins que les taux d'intérêt vont
redevenir son principal outil de politique monétaire.
    Les responsables de la BCE soulignent de longue date que
leur mandat n'est pas de soutenir la croissance mais de ramener
l'inflation à son objectif d'un niveau "proche de, mais
inférieur" à 2,0%.
    Leur tâche pourrait être compliquée par un ralentissement de
l'activité plus prononcé que celui constaté début 2018, si les
tensions avec les Etats-Unis dégénéraient en guerre commerciale
ouverte ou encore en cas de crise entre Bruxelles et le nouveau
gouvernement populiste italien, élu sur un programme de forte
hausse des dépenses publiques.
    Une croissance moins forte, avec des pressions atténuées sur
les prix, constituerait de fait une menace pour la crédibilité
de l'institution qui tente depuis maintenant cinq ans de ramener
l'inflation dans la norme qu'elle s'est fixée.
    Dans l'immédiat, le scénario d'une remontée de l'inflation
tient la route avec celle des prix du pétrole et les hausses de
salaires qui commencent à se manifester à la faveur de la 
baisse du chômage, bien qu'à un rythme plus lent qu'elle ne
l'aurait espéré au départ.
    Le resserrement de la politique monétaire américaine
pourrait venir à son secours, la baisse de 5% de l'euro face au
dollar depuis avril étant un plus pour alimenter l'inflation
importée.
    
    Voir aussi
    -  La BCE relève sa prévision d'inflation 2018 à 1,7%
 
    - Principaux extraits de la conférence de presse de Mario
Draghi  
    - L'euro et les rendements européens baissent après la BCE
 

 (Yann Le Guernigou et Marc Angrand pour le service français,
édité par Wilfrid Exbrayat)
 

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