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L'Italie, nouvelle "ligne de faille" en Europe avec ses banques

Reuters06/07/2016 à 11:57

CRAINTES AUTOUR DU SECTEUR BANCAIRE ITALIEN

par Crispian Balmer

ROME (Reuters) - Le plongeon en Bourse des banques italiennes depuis plusieurs mois témoigne des problèmes de fond du secteur bancaire en Italie, qui fragilisent le système financier de la troisième puissance économique de la zone euro, au risque de contaminer d'autres pays de l'Union européenne (UE).

Les déboires du secteur bancaire pourraient entraîner l'Italie dans une nouvelle récession et, dans le pire des cas, provoquer une crise à la grecque que l'Europe aurait toutes les peines du monde à maîtriser.

Les banques italiennes ploient sous une montagne de créances douteuses, nourrissant un sentiment croissant d'instabilité, y compris sur le plan politique.

Le président du Conseil Matteo Renzi a ainsi promis de démissionner s'il était désavoué en octobre lors d'un référendum sur une réforme de la constitution. Au vu des derniers sondages, il a toutes les chances de perdre.

"L'Italie subit une grave crise qui va encore en s'aggravant et ce, d'une façon non linéaire et non progressive mais exponentielle", dit Francesco Galietti, patron du consultant Policy Sonar, passé auparavant aux Finances. "Le déclencheur dans l'immédiat est la crise bancaire".

L'indice bancaire italien était en hausse de 0,3% mercredi matin mais il a perdu plus de 31% depuis que les Britanniques ont décidé par référendum, le 23 juin dernier, de quitter l'Union européenne (UE). Sa perte depuis le début de l'année est de 57%. L'indice bancaire de la zone euro, en recul de 1,4%, cède lui 22% et 37% respectivement sur ces périodes.

L'Italie est fragile, politiquement et financièrement, et même s'il n'y a quasiment aucun lien économique direct entre ses banques et le Brexit, tout choc d'envergure internationale y provoque des secousses de grande ampleur.

"L'Italie est avant tout la ligne de faille de l'Europe", a dit un ex-responsable du Fonds monétaire international (FMI).

"La dette publique et le secteur bancaire reposent tous deux sur un baril de poudre, étayés par un processus de non reconnaissance des pertes accumulées dans un système où elles sont sans cesse reconduites; le problème, c'est qu'il faudra bien, à un moment ou à un autre, faire les comptes".

INTERPRÉTER LES RÈGLES

C'est avant tout Banca Monte dei Paschi di Siena (BMPS), la troisième banque de la péninsule, qui fait souci, même si son action, en hausse de 9%, est en tête des gains de l'indice Stoxx 600 mercredi matin.

Il est vrai que la Consob, le gendarme boursier italien, a annoncé mardi soir que les ventes à découvert sur la banque seraient interdites ce mercredi. L'action avait perdu 20% mardi, portant ses pertes depuis le début de l'année à près de 80%.

Cette banque a le ratio des créances douteuses rapportées au total des créances le plus élevé de tous les établissements italiens cotés. La Banque centrale européenne (BCE) lui a ordonné de réduire ces créances douteuses de 40% sur une période de trois ans.

Rome discute avec Bruxelles d'un plan de recapitalisation de ses banques, espérant que l'intervention de l'Etat épargnera de lourdes pertes aux détenteurs d'actions ou d'obligations.

Il faudrait pour cela interpréter les règles adoptées en 2014 par l'UE, obligeant les investisseurs et certains déposants à assumer une partie des pertes des établissements en dépôt de bilan. Une fois de plus, Berlin prêche la rigueur, tandis que Rome réclame de la souplesse pour parer à tout effet de contagion post-Brexit.

"Il faut trouver rapidement une solution sans quoi la plus ancienne banque au monde (BMPS) risque de faire faillite et d'entraîner dans sa chute tout un secteur bancaire européen à la peine. L'UE doit faire preuve de souplesse sinon l'Italie pourrait sombrer", observe Andrew Edwards, directeur général de la société financière britannique ETX Capital.

Un responsable européen avait dit lundi soir à Reuters, lors d'une réunion du groupe de travail Eurogroupe, l'organe qui prépare les réunions des ministres des Finances de la zone euro, que les délégués nationaux avaient exprimé leur inquiétude vis-à-vis de la situation en Italie.

Un second responsable affirmait que l'idée d'amender les règles communautaires gouvernant le renflouement des banques ne suscitait pas l'enthousiasme car l'Italie les avaient entérinées en leur état et devait donc les appliquer telles quelles.

VINDICTE POPULAIRE

C'est ce que l'Italie avait fait en novembre 2015, lorsque l'Etat a sauvé quatre établissements de la faillite, annihilant au passage quelque 430 millions d'euros de dette non prioritaire dus à 12.500 petits épargnants.

L'encours de dette non prioritaire de BMPS est de cinq milliards d'euros et Matteo Renzi n'aurait guère envie de s'exposer à la vindicte populaire si quelques milliers d'épargnants de plus étaient ruinés parce que l'Etat aurait appliqué à la lettre les règles européennes.

Un responsable du Trésor italien a dit ce mercredi que Rome ne projetait pour le moment aucune mesure de soutien à la banque, ajoutant que le gouvernement surveillait sa situation de concert avec l'UE.

"La crise du secteur bancaire italien pourrait avoir des conséquences politiques identiques à celles qui suivirent l'explosion du spread de la dette souveraine italienne en 2011", observe Renato Brunetta, chef de file au Parlement du parti Forza Italia.

Silvio Berlusconi, le président du Conseil de l'époque, avait dû se résoudre à démissionner. S'il arrivait la même mésaventure à Matteo Renzi à l'issue du référendum d'octobre, les marchés, qui appuient son penchant réformiste, le prendraient très mal.

"L'instabilité politique serait de fait source d'instabilité financière", dit Guntram Wolff, directeur du groupe de réflexion bruxellois Bruegel.

L'Italie ne peut se permettre une nouvelle tempête financière. Elle a la dette publique la plus élevée d'Europe après la Grèce, représentant 133% du PIB, et elle est de ce fait mal placée pour injecter des fonds dans des banques dont les créances douteuses et irrécouvrables atteignent un montant de 360 milliards d'euros, l'équivalent de près du quart du PIB.

Mais elle risque alors de tomber dans un cercle vicieux: sans aide, les banques ne pourront guère accorder des prêts, ce qui ne peut qu'alourdir un peu plus une économie dont la croissance n'a guère brillé depuis la naissance de l'euro en 1999.

(Avec Danilo Masoni, Paul Taylor, Silvia Aloisi et Francesco Guarascio, Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Bertrand Boucey)


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