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L'interview de Patrice Gautry (UBP) : « La déflation ne guette pas encore la zone euro »

Boursorama12/12/2014 à 17:00

Mario Draghi est prêt à tout essayer pour éviter à la zone euro de tomber en déflation

Mario Draghi s'inscrit dans une stratégie volontariste et fera tout pour éviter à la zone euro de tomber en déflation. A ce titre, la baisse de l'euro et la chute des prix du pétrole constituent des bonnes nouvelles pour 2015 qui devraient soutenir l'activité estime Patrice Gautry, économiste en chef chez UBP (Union bancaire privée).

Comment expliquez-vous le succès limité de la deuxième opération de LTRO (refinancement ciblé à long terme des banques) engagée par la BCE jeudi matin ?

Patrice Gautry : Effectivement, le résultat est mitigé mais cela ne constitue pas une surprise. La deuxième opération de refinancement ciblé des banques n'a généré qu'un montant de 130 milliards d'euros pour 306 banques. Cela porte à 212 milliards d'euros le montant total des liquidités fournies par la BCE  pour une enveloppe prévue de 400 milliards d'euros ! C'est un guichet ouvert, les conditions posées n'étant pas forcément très contraignantes. Dans un contexte de taux très bas, le résultat traduit donc un manque d'appétit des banques qui sont davantage enclines à rembourser les anciens LTRO. Elles n'anticipent pas une forte progression de leurs encours de crédit et de leurs bilans au cours des prochains trimestres...

Cela n'est guère rassurant pour l'évolution de la conjoncture en 2015...

P.G : La situation reste stable. Il y a toutefois quelques éléments positifs, à savoir que le coût du crédit baisse. Nous sommes dans une période de liquidités quasi-gratuites mais toute la difficulté est de transmettre cet afflux de liquidités du secteur bancaire à l'économie réelle. Or, ce canal de transmission est  « fragmenté ». Les écarts de coût du crédit entre l'Allemagne, la France, l'Espagne et l'Italie restent encore relativement conséquents. Toutefois, la demande s'améliore et les banques commerciales sont de moins en moins réticentes à accorder du crédit, notamment aux petites et moyennes entreprises.

Que peut-on attendre du lancement très probable d'un QE (programme d'achats d'actifs) prévu par la BCE en début d'année prochaine ?

P.G : Comme l'injection de liquidités n'a pas fait suffisamment ses preuves, il est désormais évident que la BCE s'achemine vers le lancement d'un véritable QE en 2015. En achetant des actifs (ABS, covered bonds déjà annoncés, obligations d'Etat à venir etc.), la BCE veut entraîner une réduction des primes de risque pour les banques. L'idée est d'abaisser leur coût de refinancement afin de redynamiser l'offre de crédit. Cela serait susceptible de créer un appel d'air qui se répercuterait à l'ensemble de l'économie. En Europe, le financement de l'économie passe d'abord par les banques, avant les marchés financiers, contrairement aux Etats-Unis...

L'idée que la BCE se mette à acheter directement des emprunts d'Etat (la France n'a jamais emprunté à des taux aussi bas) est-elle vraiment la solution ?

P.G : Mario Draghi s'inscrit clairement dans une philosophie volontariste. Après avoir sauvé l'euro en 2012, il faut maintenant éviter d'entrer en déflation. Les plans d'assouplissement quantitatif redonnent confiance aux marchés et suscitent un véritable engouement. En achetant des obligations d'Etat, la BCE interviendrait logiquement sur le marché qui offre le plus de liquidités en Europe. Bien sûr, il y a un risque d'aléa moral à encourager les Etats les plus dépensiers à se financer à des taux toujours plus bas, mais la lutte contre la déflation doit primer sur le reste.

Grâce au QE, la zone euro va-t-elle éviter la déflation alors même qu'on apprenait jeudi que les prix en France avaient reculé de 0,2% en novembre (sur un an) ?

P.G : L'effet mécanique de la baisse spectaculaire des prix du pétrole nous amène sur des indices de prix globaux en territoire négatif. En revanche, la baisse du prix du pétrole est une aubaine pour les ménages, plus que pour les entreprises d'ailleurs qui sont de moins en moins dépendantes à cette source d'énergie. Au final, l'inflation (hors énergie et les prix alimentaires) devrait rester en territoire positif. Ce surplus de pouvoir d'achat donné aux ménages nous écarte même d'un vrai phénomène de déflation qui est une baisse généralisée du prix des salaires et des actifs. Nous ne sommes clairement pas dans cette situation pour le moment...

Propos recueillis par Julien Gautier

 

28 commentaires

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  • launor
    15 décembre18:15

    Si déflation il y a (et j'y crois) les banques centrales n'y pourront rien car les excés à corriger ont déjà été commis.

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  • invHabil
    14 décembre20:18

    La chute généralisée des prix (y compris immobiliers) incite à l'attentisme. Par le passé, l'attentisme était de courte période, mais la donne a changé depuis 2008. La Grande Récession actuelle risque bien de se muer en Grande Dépression en 2015-2016 !

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  • invHabil
    14 décembre20:16

    Le QE, c'est inciter les mauvais gestionnaires à le rester. La déflation pétrolière n'est pas grave en soit et pourrait relancer effectivement l'économie mais on assiste en parallèle à une déflation des biens de consommations en Espagne depuis plusieurs mois et récemment en France. Donc nous sommes déjà entrés dans une spirale déflationniste. Lorsque Draghi s'en rendra compte, il sera déjà trop tard, comme d'habitude (s'il ne démissionne avant !).

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  • launor
    14 décembre19:02

    Je doute que les entreprises en difficulté qui se financent par crédit bancaire bénéficient des taux imposés aux épargnants par le système bancaire, il n'y a qu'a voir le taux actuel des crédits revolving !

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  • launor
    14 décembre18:59

    Des taux artificiellement bas permettent de maintenir des canards boiteux à flot, qui seront balayés à la prochaine crise après avoir englouti des ressources inutilement.

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