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L'interview de Nicolas Bouzou (Asterès) : "L'écotaxe était une mauvaise taxe"

Boursorama 29/10/2013 à 18:00

Nicolas Bouzou, économiste chez Asterès

Jean-Marc Ayrault a annoncé la suspension de l'écotaxe, dont le principe avait été adopté par le gouvernement précédent, pour calmer la colère des manifestants bretons. L'écotaxe était-elle vraiment pertinente de votre point de vue d'économiste ?

Nicolas Bouzou : C'était une mauvaise taxe ! L'écotaxe est issue du Grenelle de l'environnement. En principe, je suis très favorable à la fiscalité écologique, du type bonus-malus qui fonctionne déjà très bien dans le domaine automobile. Mais pour qu'une taxe soit écologique, il faut véritablement inciter ceux qui la payent à modifier leurs comportements en leur proposant un choix alternatif. Or, cela n'est pas possible dans le cas précis du transport routier. Le fret marche mal et ne peut livrer les marchandises de porte à porte... L'écotaxe est donc un simple impôt de rendement qui était dès le départ mal pensé. Le secteur du transport est déjà surfiscalisé et dégage des marges très faibles.

L'écotaxe aurait été prélevée par une entreprise privée et cela a suscité également une polémique. Justifiée selon vous ?

N.B: Je peux comprendre que cela étonne l'opinion publique, d'autant que le consortium chargé de collecter l'écotaxe poids lourds est dirigé par l'italien Autostrade. Economiquement, cela ne posait pas de problème particulier. La TVA est bien collectée par les entreprises qui la reversent ensuite à l'Etat...

L'impôt aurait pu rapporter, selon certaines sources, près d'un milliard d'euros par an. Où le gouvernement peut-il trouver le manque à gagner entraîné par cette suspension ?

N.B : En réalité, ce n'est pas un milliard car le gouvernement ne veut pas prendre en compte l'impact qu'aurait eu l'impôt sur le plan économique, les coûts de collecte etc. Mais en effet, l'Etat va devoir compenser le manque à gagner. Le gouvernement pourrait par exemple revenir sur le délai de carence accordé aux fonctionnaires. D'autant plus que la France est sous la surveillance de la Commission européenne. Les autorisations de dépassements de déficit devront être conditionnées à des réformes structurelles. Les débats en cours à Bruxelles promettent d'être difficiles.

Plus globalement, comment jugez-vous la politique économique du gouvernement ?

N.B : Il y a eu une erreur originelle consistant à penser que les augmentations d'impôt auraient un coût politique mais pas de coût économique ! Le rendement de la fiscalité tend à diminuer au-delà d'un certain seuil et nous sommes actuellement dans cette situation décrite par la célèbre courbe de Laffer.

Qu'aurait-il fallu faire ?

N.B : A présidence « normale », il aurait fallu faire des augmentations d'impôts « normales » : 1 point de TVA et 1 point de CSG auraient suffi. Le CICE et les contrats de génération coûtent environ 30 milliards d'euros. Il aurait été plus simple et efficace d'adopter des baisses de charges de ce montant en les compensant par l'augmentation de la TVA et de la CSG. La politique budgétaire de ce gouvernement a été menée en dépit du bon sens.

La France est-elle vraiment sous la menace des marchés ?

N.B : Tout est affaire de comparaison. La situation budgétaire de la France est difficile mais ressort dans la moyenne européenne. En revanche, si la reprise se révélait relativement forte en Espagne, au Portugal, et même en Grèce, ces pays devraient voir leur déficit budgétaire diminuer assez rapidement. Dans ce contexte, les investisseurs pourraient revoir leur allocation d'actifs, revenir sur ces pays et délaisser la dette française. Une augmentation significative des taux français pourrait alors devenir très problématique.

Propos recueillis par Julien Gautier

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