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L'interview de Jean-Louis Mourier (Aurel BGC) : « Les marchés actions sont guidés par une vision court-termiste de la situation »

Boursorama19/09/2013 à 14:30
La Réserve fédérale américaine (Fed) va poursuivre sa politique monétaire ultra-accommodante justifiée par la révision à la baisse des perspectives de croissance aux Etats-Unis. Des annonces qui ont surpris relève Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel BGC.

Comment avez-vous réagi à la décision de la Fed de maintenir sa politique de rachats d'actifs (QE3) dans les mêmes conditions, contrairement aux scénarios envisagés avant l'été ?

Jean-Louis Mourier : Nous avons été surpris. Tout comme nous avons été surpris par la réaction des marchés. Si celle des marchés obligataires est assez logique (la révision en baisse des perspectives de croissance a fait reculer le rendement du T-Note 10 ans), celle des marchés actions (nouveau record historique pour le S&P 500) est davantage guidée par une vision court-termiste. Au-delà du maintien du QE3 aux rythmes actuels -85 milliards de dollars de rachats d'actifs chaque mois-, la confirmation par la Fed du maintien des taux directeurs à des niveaux proches de zéro au moins jusqu'en 2015 suffit à satisfaire les investisseurs. De même, la révision de la croissance en baisse et l'absence d'inflation en perspective justifient pour les opérateurs un maintien des taux longs à des niveaux bas pendant une longue période. Les marchés actions restent très sensibles à ces paramètres.

Dans ce contexte, on ne comprend pas très bien pourquoi Ben Bernanke avait annoncé fin mai la fin progressive et prévisible de la politique monétaire ultra-accommodante, provoquant une vive réaction des marchés mais de courte durée. Communication ratée ?

J-L.M : En mai ainsi qu'au FOMC (réunion du comité de politique monétaire) de juin, les marchés ont occulté une partie du discours de Ben Bernanke. La réduction du programme d'assouplissement quantitatif devait se faire, avait-il prévenu, à la condition que les indicateurs économiques viendraient conforter les prévisions de croissance de la Fed. Or, elle vient de les réviser à la baisse...

Cette révision à la baisse des perspectives de la croissance américaine (de 3,5% à 3,1% pour 2014) est-elle une mauvaise surprise ?

J-L.M : C'est une demi-surprise car les prévisions de la Fed se situaient au-dessus du consensus des conjoncturistes. Notons que la nouvelle prévision reste dans la fourchette haute du consensus. Tout comme le maintien des taux directeurs à des niveaux très bas jusqu'en 2015 n'est pas vraiment une surprise... Un relèvement reste toujours conditionné à la baisse du chômage sous la barre des 6,5% (7,3% en juillet) mais là aussi, la Fed a bien précisé qu'elle ne considérait pas cette condition comme automatique. Le critère n'est pas jugé assez pertinent en soi. C'est seulement quand le chômage atteindra ce niveau qu'elle regardera alors d'autres critères économiques pour juger du relèvement éventuel ou non des taux directeurs. La communication de la Fed est extrêmement fine et les marchés ont souvent tendance à sur-interpréter certains points de son discours.

Les marchés actions ont beaucoup monté ces dernières semaines. Le risque de correction grandit ?

J-L.M : Une partie du rebond récent est justifiée par le « news flow » favorable de ces dernières semaines. Depuis cet été, la situation -relative- de certains pays émergents (Brésil, Chine) a plutôt agréablement surpris et la confirmation d'une amélioration très progressive de la conjoncture en Europe ont pu justifier la bonne tenue des marchés. La hausse des valorisations peut-elle se poursuivre ? Il faudrait alors, me semble t-il, justifier une révision à la hausse des perspectives de croissance mondiale. Par conséquent, nous risquons d'entrer dans une période de turbulences avec un regain de volatilité et des prises de profit.

Le changement prévisible à la tête de la Réserve fédérale peut-il modifier la donne en début d'année prochaine ?

J-L.M : Etant donné sa réputation de « faucon », la mise à l'écart de Larry Summers a satisfait les marchés. Janet Yellen, la candidate désormais ultra-favorite, est réputée plus compétente et reste favorable à la poursuite d'une politique monétaire ultra-accommodante dans la lignée de ses prédécesseurs.

Propos recueillis par Julien Gautier


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