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L'interview d'Emmanuel Chapuis (Oddo AM) : « Les évènements actuels ne remettent pas en cause la reprise des marchés »

Boursorama02/10/2013 à 12:16

Emmanuel Chapuis, gérant chez Oddo AM

Nouvelle crise politique en Italie, « shutdown » aux Etats-Unis (suite au blocage sur le vote du budget). Votre réaction d'investisseur ?

Emmanuel Chapuis : Les crises politiques récurrentes en Europe ou aux Etats-Unis créent incontestablement de la volatilité. Raison de plus pour l'investisseur de se positionner sur des entreprises bien diversifiées sur les grandes zones géographiques (Europe, Amérique du Nord, Asie) et disposant bien entendu d'une structure bilancielle saine. Mais ces évènements ne remettent pas en cause la reprise en cours. Les indicateurs PMI sont généralement un bon indicateur avancé de l'évolution des bénéfices. Leur redressement est un bon signal pour tabler raisonnablement sur une révision en hausse des BPA (bénéfices par action) en Europe.

Peut-on parler de reprise en Europe ?

E.C : Nous avons touché un point bas. La situation arrête de se dégrader et c'est déjà une bonne nouvelle en soi. Difficile pour autant de parler de reprise véritable. Il est déjà appréciable d'évoluer dans un environnement plus solide mais il ne faut pas pour autant attendre une franche accélération de l'économie européenne. On estime que 50% des profits des sociétés européennes sont réalisés en Europe. Or, les valorisations actuelles reflètent des profits de bas de cycle. Après plusieurs années de crise et de « de-rating », notre scénario principal repose sur une amélioration des perspectives bénéficiaires ainsi que sur une revalorisation des PE (ratio cours sur bénéfices) qui restent actuellement à des niveaux faibles (autour de 11,5x).

Concernant le fonds Oddo Equity Large Cap Europe, quelle est votre philosophie d'investissement ?

E.C : Nous évitons les « biais » de style, « growth » ou « value ». Nous ne nous focalisons pas non plus sur un scénario macroéconomique précis. Notre répartition de valeurs cycliques/non cycliques est très équilibrée (52%-48%). Idem pour la répartition géographique de l'activité des sociétés européennes que nous détenons en portefeuille. Nous évitons plutôt les entreprises surexposées à une zone en particulier. La bonne gestion du risque consiste à ne pas prendre de paris directionnels trop marqués. En revanche, nous privilégions les entreprises capables de générer suffisamment de cash flow pour être capable d'autofinancer leur croissance. C'est un élément clé pour améliorer son bénéfice par action.

Trois valeurs à mettre en portefeuille ?

E.C : Sanofi-Aventis est maintenant bien diversifié : géographiquement et par famille de produits. La R&D a été restructurée en profondeur et le groupe est repositionné pour retrouver un trend de croissance annuelle de 4-5%. Une mutation qui n'a pas encore été prise en compte, selon nous, par le marché. Dans un environnement sectoriel très déflationniste, l'équipementier télécoms Ericsson a prouvé de son côté sa capacité à augmenter ses parts de marché et à défendre ses marges bénéficiaires. Depuis quelques mois, la pression sur les prix est beaucoup plus raisonnée et le cycle des investissements repart (normes 4G etc.). Quatre acteurs (Ericsson, Huawei, NSN, Alcatel) se partagent 80% du marché et le dernier entrant (le chinois Huawaei) est entré dans une logique de valorisation de sa part de marché de 20%. Ericsson est très bien positionné pour poursuivre sa croissance rentable. Enfin, je citerais Michelin qui a profondément transformé son profil de génération de cash flow ces dernières années, un effort qui n'a pas encore été récompensé par le marché. Tandis que le groupe industriel a augmenté ses profits de 50% entre 2007 et 2013, sa valeur d'entreprise n'a quasiment pas bougée alors même que sa dette diminuait sur la même période.

Une valeur à écarter ?

E.C : Nous avons cédé en juillet notre position sur Reckitt Benckiser (produits d'entretien de la maison, produits de soin de la personne et automédication) car nous avons estimé que la valorisation prenait en compte nos hypothèses optimistes et que le contexte concurrentiel dans lequel évolue leur médicament Suboxone (traitement de certaines addictions) s'est récemment fortement dégradé.

Propos recueillis par Julien Gautier


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