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L'Espagne continue de peser les conditions d'une aide

Reuters06/09/2012 à 23:07

MADRID CONTINUE D'ÉTUDIER LES CONDITIONS D'UNE AIDE

par Paul Day et Julien Toyer

MADRID (Reuters) - Mariano Rajoy et Angela Merkel ont dit jeudi ne pas avoir discuté des conditions que Madrid devrait accepter pour bénéficier du programme d'achat d'obligations de la Banque centrale européenne (BCE) annoncé au même moment.

A l'issue d'un entretien bilatéral à Madrid, le président du gouvernement espagnol et la chancelière allemande ont donné une conférence de presse au moment même où le président de la BCE, Mario Draghi, annonçait le programme d'achats obligataires. Celui-ci, a-t-il dit, sera assorti de conditions "strictes et efficaces" pour les pays bénéficiaires.

Mariano Rajoy ne cache pas sa volonté d'obtenir un plan de sauvetage souverain pour l'Espagne mais il entend d'abord analyser les conditions fixées par la BCE.

"Lorsqu'il y aura du nouveau, je vous le dirai", a-t-il répondu aux journalistes qui lui demandaient si ce point avait été évoqué dans ses discussions avec Angela Merkel.

Il a noté qu'il ne s'était pas engagé sur de nouvelles réformes en Espagne et n'avait aucune intention de toucher au système de retraites, où aucune coupe n'est intervenue à ce jour.

A Francfort, Mario Draghi a précisé que les pays souhaitant bénéficier du programme de la BCE devaient s'entendre sur les conditions avec le fonds d'aide d'urgence de l'Europe. Il a ajouté que le soutien du Fonds monétaire international serait recherché.

L'annonce du plan de la BCE, en dépit de l'opposition de la Bundesbank, a en tout cas fait reculer le rendement des fonds d'Etat espagnols à 6,1%, son plus bas niveau depuis quatre mois.

LES RETRAITES SUR LA SELLETTE ?

Les achats potentiellement illimités de la BCE contribueraient à régler la crise de la dette de la zone euro mais ils ne pourront être déclenchés que si les pays bénéficiaires en font la demande et acceptent les conditions qui y seront attachées.

Pour Mariano Rajoy, la pilule risque d'être amère.

"La déception provient du fait que la conditionnalité reste", résume Ion-Marc Valahu, gérant chez Clairinvest à Genève. "Rien ne peut être activé tant que les pays n'en font pas la demande".

Avec une économie en récession et un taux de chômage de 25%, Rajoy ne veut pas aller plus loin que les réformes qu'il a déjà annoncées en échange d'une ligne de crédit de 100 milliards d'euros pour le secteur bancaire espagnol.

Il est probable que Bruxelles et Berlin posent comme conditions de réformer le système des retraites ou la fiscalité, et exigent une surveillance accrue des finances publiques de l'Espagne avec l'implication du FMI.

Mariano Rajoy a d'ores et déjà fait adopter des réductions budgétaires de quelque 100 milliards d'euros qui s'échelonneront jusqu'à la fin 2014, en parallèle à des hausses d'impôts et à une réforme impopulaire du marché du travail.

Angela Merkel a jugé que l'Espagne était sur le bon chemin mais devait poursuivre sur la voie des réformes.

"Au bout du compte, toutes les autres mesures, telles que celles qui servent la stabilité monétaire (...) ne peuvent remplacer les décisions politiques. C'est pourquoi il est très important que nous fassions notre devoir en tant que dirigeants politiques, en sorte que les marchés puissent reprendre confiance", a-t-elle dit.

Mariano Rajoy s'était entretenu la semaine dernière avec le président François Hollande, à qui il a fait comprendre qu'il ne voulait pas de nouvelles conditions en contrepartie d'un plan de sauvetage souverain.

Les mesures d'austérité en Espagne ont alimenté un sentiment anti-allemand.

Près de 500 personnes ont manifesté jeudi dans le centre de Madrid après le départ d'Angela Merkel, brandissant des banderoles dénigrant la troïka et clamant "Merkel rentre chez toi" ou "Non à une Europe allemande".

"La mafia financière allemande prend les Espagnols en otages (...). Merkel appartient à une classe politique qui sert les intérêts des oligarchies allemandes", a lancé l'un des manifestants, Eduardo Gutierrez, économiste et conseiller pour un syndicat âgé de 58 ans.

Véronique Tison et Baptiste Bouthier pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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