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« Internet : la France a-t-elle réellement la fibre ? » par Patrice Geoffron du Cercle des économistes
information fournie par Boursorama02/06/2014 à 13:20

La France est à la traîne avec une proportion d'accès au très haut débit 5 fois inférieure à la Suède ou la Norvège

La France est à la traîne avec une proportion d'accès au très haut débit 5 fois inférieure à la Suède ou la Norvège

L'économie numérique s'impose de plus en plus comme vecteur d'innovation et de croissance. Avons-nous réellement conscience des enjeux et sommes-nous à la hauteur de nos ambitions ? Patrice Geoffron dresse un état des lieux sans concessions.

Fin mai, le régulateur des télécoms (ARCEP) soulignait la forte progression de l'Internet à très haut débit en France[1]: au premier trimestre 2014, sur les 25 millions d'abonnements, 2,2 relevaient de performances au moins égales à 30 Mbit/s (seuil du très haut débit), en progression de 30 % sur un an. Dans le prolongement des secousses subies par le secteur depuis l'entrée de Free dans les mobiles (glissant le long de la pente savonneuse du low cost), et à l'issue du feuilleton autour de la vente de SFR, ces statistiques diffusent un parfum apaisant : les opérateurs garderaient bien une capacité d'investissement et les recompositions sectorielles à la hache n'entraveraient pas la marche vers le progrès !

La lecture (aride) des statistiques de l'ARCEP et leur mise en perspective internationale tempèrent, pourtant, tout enthousiasme et confirment que la pente sera raide pour atteindre les engagements du président de la République du « très haut débit pour tous » en 2022.

Au plan international tout d'abord, selon le FTTH Council Europe (observant la diffusion de la fibre optique), la France est à la traîne avec une proportion d'accès au très haut débit 5 fois inférieure à la Suède ou la Norvège et loin des leaders asiatiques que sont la Corée, le Japon, Hong Kong, Singapour ou Taiwan. Ce constat n'est pas rééquilibré par le mobile, l'Europe dans son ensemble étant très en retrait dans la 4 G (notamment par rapport aux Etats-Unis). Le seuil critique, estimé à 20 % des ménages et des entreprises, à partir duquel l'accès au très haut débit génère un « écosystème » riche en services et emplois nouveaux est loin et quelques années d'efforts seront requises avant le premier cocorico...

Le diable étant dans les détails statistiques, il s'avère en outre que le « vrai » très haut débit, véhiculé par une fibre optique entrant jusque dans les foyers ou les bureaux, ne concerne qu'un tiers des abonnements recensés par l'ARCEP. Les autres options (la fibre s'arrêtant au pied du bâtiment ou sur le palier, le relais étant pris par le cuivre) ne sont pas à mépriser, même si elles offrent un débit moindre (tout en étant supérieur à l'ADSL). Mais leur capacité à délivrer, durant la décennie 2020 et au-delà, le débit adapté aux services qui se développeront alors (riches en vidéo et requérant un débit élevé en sortie et en entrée) est incertain. Ce « déficit » dans le débit sera, tout particulièrement, un handicap pour les entreprises.

S'il est économiquement viable de porter la fibre optique (comme la « fée électricité ») jusqu'au cœur des foyers ou des entreprises dans les métropoles, l'équation est plus difficilement soutenable en milieux périurbains ou ruraux dont les usagers n'accéderont sans doute qu'à un très... moyennement haut débit. Pour un vaste pays comme la France, moins densément peuplé que ses voisins, la couverture des 20 derniers % de la population a été un problème récurrent pour le déploiement de tous les réseaux (des « zones blanches » sont encore très mal couvertes par les services mobiles) et l'irrigation des territoires via le très haut débit ne fera pas exception à cette observation séculaire.

Il est crucial que les zones les moins denses ne soient pas lésées, à un moment où l'État et les collectivités s'adonnent au cost killing, tandis que les opérateurs s'empoignent dans le low cost, à l'occasion de ce grand chantier qu'est l'accès au très haut débit. L'intérêt économique de la collectivité est en jeu (l'utilité créée par un réseau dépendant de sa capillarité), tout autant que l'égalité républicaine.

Patrice Geoffron

Docteur et Agrégé de sciences économiques, Patrice Geoffron enseigne actuellement à l'Université Paris Dauphine où il est également Directeur du Laboratoire d'Economie. Directeur du Centre de Géopolitique de l'Energie et des Matières Premières, il est engagé dans plusieurs Chaire dont la Chaire d'Economie du Climat et la Chaire European Electricity Markets.

Ses principaux domaines d'expertise sont l'économie de l'énergie et du changement climatique, l'économie de réseaux, l'économie des télécommunications, l'économie industrielle.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.


[1] Observatoire trimestriel des marchés de détail des communications électroniques (services fixes haut et très haut débit) en France, 28 mai 2014.

7 commentaires

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  • faites_c
    04 juin16:21

    Entièrement d'accord avec M7034327 : j'ai vu un intérêt dans l'ADSL quand on avait encore le droit de télécharger et d'échanger entre internautes. Les téléchargements étant formellement interdits y compris pour les oeuvres personnelles sur lesquelles nous avons un copyrigth à 100%, je ne vois aucun intérêt ni à l'ADSL et encore moins au très haut débit. Quant au haut débit mobile (4G) c'est un besoin uniquement pour les Geeks.


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