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Grèce : vers une nouvelle monnaie dévaluée de 60 à 80% ? (Natixis AM)

Boursorama 30/06/2015 à 14:13

Le

En cas de « non » au référendum, la sortie de la zone euro de la Grèce serait quasi-automatique et la nouvelle monnaie grecque serait dévaluée de 60 à 80% par rapport à l’euro, explique Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Natixis AM.

« Le cadre de la zone euro a changé de façon spectaculaire ce week-end », remarque tout d’abord Philippe Waechter dans sa dernière note de marché. « En effet, dans la nuit de vendredi à samedi [27 juin], Alexis Tsipras, le premier ministre grec, a annoncé la tenue d'un référendum, en terre hellène,  sur les mesures souhaitées par la troïka (Union Européenne, BCE, FMI) dans le cadre des négociations sur le sauvetage de la Grèce ». Ce « gréférendum », selon l’expression de Philippe Waechter, se tiendra le 5 juillet.

Vers une succession de défauts grecs : FMI puis BCE

Le directeur de la recherche économique chez Natixis AM commence par soulever trois points principaux au sujet de l’aggravation de la situation de la Grèce.

Premier point, « l'ensemble du processus de négociation est en échec. Le deuxième plan de sauvetage de la Grèce ne sera pas allé jusqu'au bout, n'ouvrant pas ainsi la voie vers un troisième qui aurait pu éventuellement s'intéresser à la restructuration de la dette grecque. L'absence de discussions sur la restructuration et la réduction de la dette a été un élément clé car la Grèce restait avec ce stock de dette devenu ingérable alors qu'une récession supplémentaire menace l'économie. Ce facteur a forcément joué dans l'option prise par Tsipras ».

Second point : « la Grèce ne sera probablement pas capable de rembourser le 1.6 Mds dû au FMI. Elle sera de ce fait en défaut ».

Troisième point, suite logique des deux premiers : « le premier aspect prive la Grèce de moyens pour se maintenir à flots, le second crée un précédent sur la capacité de la Grèce à faire face à ses engagements. Sur ce plan, l'étape suivante est le remboursement, le 20 juillet, de 3.5 Mds à la BCE et la Grèce n'aura très probablement pas les moyens d'honorer cet engagement ».

Quel scénario en cas de « non » au référendum ?

Dans le cadre du référendum du 5 juillet, tout le monde s’interroge sur les conséquences de la victoire du « non » aux mesures d’austérité. « Un "non" accentuerait brutalement et fortement le risque d'une sortie de la Grèce de la zone Euro. Le processus de négociations ne pourrait pas reprendre et la porte entrouverte se refermerait. La BCE n'aurait plus alors de raison de refinancer le système bancaire grec puisque le cadre qui définissait cette opération est forclos », estime Philippe Waechter.

« Dès lors, le système bancaire ne fonctionnerait plus et la Grèce devrait trouver les moyens d'émettre une nouvelle monnaie. Celle-ci verrait sa valeur se réduire de 60 à 80 % par rapport à l'euro. C'est généralement l'ordre de grandeur des dépréciations dans le cas d'un défaut. Plus ce risque se rapprochera, plus les grecs seront tentés de sortir leurs liquidités du système bancaire, accentuant le dysfonctionnement global. Le risque immédiat est une récession plus marquée en amplitude et dans la durée ».

« Si le "non" l'emportait, la situation deviendrait rapidement problématique en Grèce car le changement de monnaie et sa dépréciation, le choc négatif, au moins dans un premier temps, sur l'activité et l'incertitude politique créeraient les conditions d'une instabilité politique significative. En outre, la baisse de l'activité et l'impossibilité pour le gouvernement de se financer à l'extérieur se traduiraient par un repli significatif des rémunérations et des pensions de retraite, notamment dans le secteur public, accentuant l'instabilité ».

Quel scénario en cas de « oui » ?

A l’inverse, poursuit le directeur de la recherche économique de Natixis AM, « un "oui" massif au référendum a toutes les chances de se traduire par la réouverture des négociations et par la signature d'un accord car le résultat du référendum suggèrera l'assentiment des grecs aux efforts demandés par la troïka même si cela se traduit par une récession supplémentaire. Ceci étant, la question posée sera de savoir avec qui la troïka pourra signer. Un vote "oui" massif serait un désaveu majeur pour le gouvernement actuel qui appelle à voter non. Il ne pourra que démissionner et l'accord ne pourra être signé que par le successeur d'Alexis Tsipras comme premier ministre. Malgré ce retour "à la normale" l'économie est déjà  affaiblie par la longue période d'incertitude et sa capacité à rebondir est réduite. La situation économique resterait très fragile pendant encore un moment ».

« Si le "oui" l'emportait de façon significative, les mesures proposées par la troïka lors des négociations de vendredi (avant l'alerte du référendum sur twitter) pourraient permettre de réduire les risques et minimiser l'impact d'une éventuelle contagion », résume-t-il.

Marchés : accentuation de la volatilité

Une chose est sûre : les investisseurs n’apprécient pas cette incertitude. « À court terme, sur les marchés financiers, la hausse de l'incertitude va accentuer la volatilité et renforcer le poids des pays perçus comme refuge. L'Allemagne qui a finalement imposé sa façon de poser le problème grec en ne souhaitant pas négocier la réduction de la dette apparait comme le vainqueur et bénéficiera de sa valeur refuge. Les développements du week-end devraient se traduire par une interrogation sur le profil des pays périphériques puisque désormais le processus européen deviendrait réversible en cas de non au référendum », conclut Philippe Waechter.

X. Bargue

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