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Gourgeon conserve sa prime, rejetée en AG d'Air France-KLM

Reuters31/05/2012 à 21:46

Gourgeon conserve sa prime, rejetée en AG d'Air France-KLM

par Cyril Altmeyer

PARIS (Reuters) - Les actionnaires d'Air France-KLM ont refusé jeudi massivement d'avaliser la prime de non-concurrence versée à l'ancien directeur général du groupe, qui peut toutefois juridiquement conserver cette indemnité très controversée au moment où l'entreprise est dans la tourmente.

L'indemnité de 400.000 euros versée à Pierre-Henri Gourgeon après son éviction en octobre 2011, en échange du respect d'une clause de non-concurrence pendant trois ans, a alimenté la polémique alors que le nouveau gouvernement veut limiter les rémunérations des patrons des entreprises publiques.

L'Etat français, qui détient 15,9% du deuxième groupe aérien européen, a voté contre cette résolution, rejetée à 78,80% des suffrages. Cette prime s'ajoute à une indemnité de départ de 1,125 million d'euros.

Jean-Cyril Spinetta, PDG d'Air France-KLM, a défendu devant les actionnaires réunis pendant près de quatre heures dans une salle comble au Carrousel du Louvre le bien-fondé de cette prime de non-concurrence, expliquant qu'elle servait à protéger le groupe - même s'il s'est engagé solennellement à ne pas en réclamer une pour lui-même.

"Ce qui a été en débat (...), ce n'est pas tant le principe de cette clause de non-concurrence que le conseil juge incontestable, c'est la contradiction entre les sommes à un moment où l'entreprise traverse une période difficile et est confrontée à un plan de transformation important", a expliqué Jean-Cyril Spinetta.

Air France-KLM vient d'entrer dans la phase la plus délicate de son plan visant à économiser deux milliards d'euros d'ici fin 2014 : convaincre les syndicats d'accepter un probable plan de départs volontaires chez Air France, plus mal en point que sa jumelle néerlandaise KLM.

MORALE

Pierre-Henri Gourgeon a été approché par plusieurs compagnies aériennes, notamment du Golfe, mais a demandé à son ancien employeur si ces propositions étaient compatibles avec sa clause de non-concurrence, a précisé Jean-Cyril Spinetta.

Le PDG d'Air France-KLM a expliqué que le code du commerce obligeait de soumettre une telle prime aux actionnaires, mais qu'en cas de refus, le bénéficiaire avait le droit de la conserver.

"Comment pouvons-nous admettre que des dirigeants de ce niveau (...) puissent exiger de telles sommes pour se conduire tout simplement en honnêtes hommes ?", a réagi un retraité d'Air France, très applaudi.

Pierre-Henri Gourgeon, évincé de la direction générale d'Air France-KLM en raison des difficultés de la société, déficitaire et endettée, percevait un salaire annuel de 750.000 euros, auquel s'ajoutait une part variable de 263.000 euros.

Les actionnaires, dont l'action a chuté de 71% en 2011 et continue de baisser cette année, ont hué Jean-Cyril Spinetta lorsqu'il a argué que la prime de départ de 1,125 million d'euros touchée par Pierre-Henri Gourgeon était bien inférieure à la limite de deux ans de rémunération fixée par le code de l'Afep-Medef.

"Il n'est pas acceptable que des dirigeants dont l'entreprise est en situation d'échec ou qui sont eux-mêmes en situation d'échec la quittent avec des indemnités", précise cependant le code établi par l'Association française des entreprises privées (Afep) et le Medef.

Le nouveau gouvernement, qui veut ramener de 1 à 20 l'écart entre les patrons des entreprises publiques et le salaire le plus bas, a condamné la prime versée à Pierre-Henri Gourgeon.

Le ministre français de l'Economie Pierre Moscovici a demandé jeudi matin à l'ancien directeur général d'Air France-KLM de rembourser la prime de non-concurrence touchée après son départ, pour cause de mauvais résultats.

"La morale voudrait en effet que de lui-même, Pierre-Henri Gourgeon rembourse cela (... ) La prime a déjà été versée, mais de manière très claire, nous disons que ce n'est pas ce qu'il faut faire", a-t-il dit sur France Inter.

Dans ce contexte, les actionnaires de Safran ont rejeté jeudi matin deux résolutions accordant une indemnité de départ et une retraite chapeau à Jean-Paul Herteman, PDG de l'équipementier d'aéronautique et de défense.

L'Etat, qui détient 30% du groupe, a voté contre ces résolutions et s'est félicité de leur rejet.

Edité par Jean-Michel Bélot


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