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France-Sarkozy rattrapé par le financement de sa campagne de 2007

Reuters20/03/2018 à 23:25
    * Hortefeux, fidèle lieutenant de Sarkozy, également entendu
    * Sarkozy a toujours nié un financement libyen de sa
campagne
    * Ses partisans minimisent sa garde à vue ou crient au
complot

 (Avec Hortefeux quittant les locaux de la police §3)
    PARIS, 20 mars (Reuters) - La garde à vue de Nicolas
Sarkozy, retiré de la vie politique active mais toujours
influent à droite, était toujours en cours mardi soir dans le
cadre de l'enquête sur des soupçons de financement par la Libye
de sa campagne électorale de 2007.
    Il est entendu dans les locaux de la police judiciaire de
Nanterre (Hauts-de-Seine) par des agents de l'Office central de
lutte contre la corruption et les infractions financières et
fiscales (OCLCIFF), précise-t-on de source proche du dossier.
    L'un de ses plus fidèles lieutenants, Brice Hortefeux, a
également été interrogé mais en audition libre, ajoute-t-on.
Celui-ci a quitté les bureaux de la police peu après 23h00
(22h00 GMT), a constaté un journaliste de Reuters.
    C'est la première fois que Nicolas Sarkozy est entendu dans
cette affaire depuis l'ouverture d'une information judiciaire en
avril 2013 pour corruption active et passive, trafic
d'influence, faux et usage de faux, abus de biens sociaux et
blanchiment, complicité et recel. 
    L'avocat et l'entourage de l'ancien président n'étaient pas
joignables dans l'immédiat. 
    Les investigations portent sur des soupçons de financement
de la campagne électorale de l'ancien président il y a plus de
dix ans par la Libye de Mouammar Kadhafi, que Nicolas Sarkozy,
au pouvoir, contribua à faire tomber en 2011. 
    Défait en mai 2012 par François Hollande et de nouveau battu
lors de la primaire de la droite en 2017, l'ancien président a
toujours nié les faits allégués, notamment par l'homme
d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine.
    
    SAGA JUDICIAIRE
    Cet intermédiaire a dit à Mediapart avoir remis en 2006-2007
un total de cinq millions d'euros d'argent libyen à Nicolas
Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, et à son directeur de
cabinet, Claude Guéant. Selon le site d'informations, Brice
Hortefeux aurait aussi joué les intermédiaires. 
    Ziad Takieddine, lui-même mis en cause dans cette affaire, a
été mis en examen pour "complicité de diffamation".
    "Il est temps que toutes les personnes à qui il a rendu
service soient entendues par la justice et puissent elles-mêmes
répondre des accusations portées contre elles", a déclaré son
avocate, Elise Arfi, à LCI.
    Elle a cependant dit ne pas attendre grand-chose de cette
garde à vue : "Nicolas Sarkozy a été confronté médiatiquement
aux accusations de mon client. Il les a toujours niées (...) A
mon sens, il va rester sur cette position", a-t-elle déclaré.
    L'ancien chef de l'Etat, discret depuis son échec de 2017,
s'était de nouveau manifesté ces dernières semaines.
    Il est ainsi allé au Sénat le 6 mars pour parler de sa
réforme constitutionnelle de 2008, mettant au passage en garde
l'actuel président, Emmanuel Macron, sur le sujet.  
    La semaine dernière, il a rencontré Laurent Wauquiez,
nouveau patron controversé de son parti, Les Républicains, et le
ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, issu de LR mais
qualifié de traître par nombre de ses ex-amis politiques.
    Nicolas Sarkozy est mis en cause dans plusieurs autres
dossiers politico-judiciaires : affaires dites des "écoutes",
pour laquelle le parquet national financier (PNF) a demandé son
renvoi en correctionnelle ou Bygmalion, liée cette fois au
financement de sa campagne de 2012.
    
    ENTRE DÉNI ET THÈSE DU COMPLOT
    Il a également été entendu en 2017 par la Cour de justice de
la République comme témoin dans le volet financier du dossier
Karachi - des soupçons de financement occulte de la campagne
présidentielle d'Edouard Balladur en 1995.  
    A droite, certains, comme le président du groupe LR à
l'Assemblée nationale, Christian Jacob, parlent d'"acharnement"
- "Onze ans après, à quoi tout cela rime ?" a-t-il dit en
assurant Nicolas Sarkozy de "toute l'amitié" et du soutien des
députés LR. 
    Le président de LR Laurent Wauquiez, avec qui Nicolas
Sarkozy n'a pas toujours entretenu les meilleures relations, a
exprimé sur Twitter sa confiance en la justice "sur le fond du
dossier", tout en qualifiant le dernier rebondissement
d'"humiliant" et d'"inultile".
    "Sur la forme, comment comprendre que Nicolas Sarkozy,
ancien président de la République, soit en garde à vue depuis
maintenant plus de 10h", a écrit le chef de l'exécutif de la
région Auvergne-Rhône-Alpes.    
    D'autres n'hésitent pas à évoquer l'idée selon laquelle
l'audition de Nicolas Sarkozy tombe à point nommé pour le
gouvernement, juste avant la grève de jeudi à la fonction
publique et à la SNCF.
    "Ça tombe toujours sur des semaines où il y a beaucoup de
sujets à aborder et où le gouvernement est très en difficulté",
a ainsi dit à des journalistes le député LR Fabien Di Filippo.
    Quant à la présidente LR d'Ile-de-France, Valérie Pécresse,
elle a dit à Radio Classique avoir "beaucoup de peine à croire à
cette affaire" et souhaiter qu'il n'y ait "aucune interférence
du pouvoir politique dans le travail de la justice".
    A l'extrême droite, le député Front National Gilbert Collard
a estimé a contrario que la garde à vue démontrait que les
policiers avaient "suffisamment d'éléments" à charge.

 (Emmanuel Jarry, avec le service France, édité par Yves
Clarisse et Simon Carraud)
 

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