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France-Les syndicats tracent leurs lignes rouges sur les retraites
Reuters05/09/2019 à 19:05

    * Une deuxième série de concertation sur un dossier épineux
    * La CFDT note une "ouverture" de la part de l'exécutif
    * Pas convaincus ni par l'âge pivot ni par la durée de
cotisation
    * L'équilibre financier du régime, sujet de friction
    * Le Medef souhaite que le gouvernement ne tarde pas

 (Actualisé avec précisions)
    PARIS, 4 septembre (Reuters) - Les syndicats ont tracé jeudi
leurs lignes rouges sur la délicate réforme des retraites à
l'issue d'une nouvelle série de concertations avec le Premier
ministre, tout en se montrant prudents dans l'attente de gages
de la part de l'exécutif. 
    Edouard Philippe rencontre ce jeudi et vendredi les
partenaires sociaux après un premier travail de 18 mois de
discussion mené par le Haut commissaire à la réforme des
retraites.
    Ces réunions visent à recueillir leurs réactions au sujet du
rapport de Jean-Paul Delevoye remis à la mi-juillet et à
entendre leurs propositions sur les prochains thèmes à traiter
et sur la façon de permettre la transition entre les 42 régimes
existants et le régime universel attendu.  
    "Je pense que la discussion s'annonce compliquée, très
compliquée. Mais en tout cas, (le Premier ministre) n'a pas dit
: 'voilà, ce sera le rapport, voilà ce qu'on veut'", a déclaré
le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger à l'issue de la
rencontre.
    "Il a plutôt été assez ouvert, y compris sur la question des
calendriers et de la méthode de travail", a-t-il ajouté,
percevant un changement de ton de la part de l'exécutif par
rapport au début du quinquennat d'Emmanuel Macron. 
    "Pendant de nombreux mois, deux années, on a souvent senti
que (le dialogue) était fermé. Est-ce que c'est ouvert
aujourd'hui ? Ça se mesurera aux résultats obtenus, pas
simplement à la qualité des discussions et à la courtoisie." 
    Pour les syndicats, c'était l'occasion d'entrer dans le
débat entre l'âge pivot et la durée de cotisation ouvert fin
août par Emmanuel Macron. 
    Ce dernier a indiqué sa préférence pour la deuxième option,
allant à rebours de la proposition du Haut commissaire, qui
proposait d'introduire un âge pivot qui aurait permis à tous les
assurés de partir avec une retraite à taux plein à 64 ans, mais
avec une décote s'ils partent plus tôt. 
    
    "CONDAMNER" LES TRAVAILLEURS
    Pour l'ensemble des syndicats, une telle mesure reviendrait
à "condamner" à deux années de travail supplémentaires les
personnes qui pouvaient prétendre à une retraite pleine à 62 ans
et favoriserait "injustement" les personnes entrées tardivement
sur le marché du travail après de longues études.
    L'option d'imposer une durée de cotisation dans un système
par points n'a toutefois pas "beaucoup de sens", a réagi Laurent
Berger, qui souhaiterait laisser les assurés choisir le moment
de leur départ à la retraite uniquement en fonction de la valeur
des points accumulés tout au long de leur carrière. 
    La CFTC insiste, elle, sur la nécessité d'adopter un système
mixte qui permettrait de soulager les plus précaires, notamment
les femmes, obligés d'attendre la fin de la décote à 67 ans,
tout en permettant à ceux qui ont eu une "carrière bien remplie"
de partir après leurs 42 ou 43 ans de cotisation. 
    Autre sujet de friction : l'équilibre financier du régime en
2025. Emmanuel Macron en a fait une condition indispensable pour
mettre en place son régime universel. 
    Ce besoin de financement atteindrait 0,3% à 0,6% du PIB
d'ici cinq ans, selon le conseil d'orientation des retraites
(COR), soit autour de 10 milliards d'euros. Or, les syndicats
refusent catégoriquement de mettre en place des mesures
paramétriques pour le résorber.
    Force ouvrière a rappelé qu'elle était fortement opposée au
principe même d'un régime par points, mais a précisé qu'elle
participerait aux discussions. 
    Le syndicat maintient son rassemblement le 21 septembre pour
dénoncer la réforme, trois jours avant la manifestation de la
CGT. Le secrétaire général de FO, Yves Veyrier, admet que pour
faire plier le gouvernement, il faudrait "arriver à une unité
d'action la plus large possible", ce sur quoi il dit travailler.
    
    LE PROJET DE LOI PRÉSENTÉ EN 2020? 
    "Nous savions dès le départ (...) que la CGT et FO étaient
opposées à la remise en cause des 42 régimes", a dit le Haut
commissaire entre deux réunions, précisant que le dialogue
devait tout de même se baser sur "la franchise, la transparence
et le respect des positions de chacun". 
    Le calendrier de la réforme promet en tout cas d'être
bousculé. La porte-parole du gouvernement, Sibeth N'Diaye a
annoncé jeudi sur France inter que le projet de loi serait
présenté "dans le courant de l'année 2020", alors que le texte
était attendu pour fin 2019. 
    Pour le président du Medef, Geoffroy Roux de Bezieux, il ne
faudrait pas que cette réforme tarde trop. Et pour qu'elle gagne
la confiance des entreprises, il est nécessaire, selon lui, que
tous les assurés rentrent à la même vitesse dans le régime,
qu'il y ait une équité entre les assurés et que les réserves
reviennent à ceux qui les ont constituées.
    Le Premier ministre a également reçu la FNSEA ce jeudi et
recevra l'U2P (syndicats des artisans), l'UNSA, la CGT, la
CFE-CGC et la CPME vendredi. Les réunions se tiennent en
présence de la ministre de la Santé et des Solidarités, Agnès
Buzyn, et du Haut commissaire. 
    Edouard Philippe a annoncé mercredi que les choix retenus
par l'exécutif en matière de méthode et de calendrier seraient
annoncés la semaine prochaine. Parallèlement se tiendra une
consultation citoyenne sur ce dossier.  

 (Caroline Pailliez, édité par Yves Clarisse)
 

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