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France-Jusqu'à 8 ans de prison dans une vaste affaire de blanchiment
information fournie par Reuters19/10/2018 à 15:55

    * Une affaire tentaculaire passant par le Maroc et la Suisse
    * Mêlant blanchiment de trafic de drogue et fraude fiscale
    * Jusqu'à un million d'euros d'amende

    PARIS, 19 octobre (Reuters) - Le tribunal correctionnel de
Paris a prononcé vendredi des peines allant jusqu'à huit ans de
prison et de lourdes amendes dans une affaire tentaculaire
mêlant blanchiment de l'argent de la drogue et évasion fiscale
avec des ramifications en région parisienne, au Maroc et à
Genève.
    Sauf procès en appel, c'est l'épilogue d'un dossier baptisé
"Virus" par les policiers, qui a commencé comme une banale
enquête sur un trafic de drogue puis s'est transformé au fil des
investigations en une affaire impliquant de simples exécutants,
des têtes pensantes, des fraudeurs et des banquiers occultes.
    La peine de prison la plus lourde, parmi la quarantaine de
prévenus, a été infligée à Rachid Mimoun, accusé d'avoir joué
les importateurs de drogue entre le Maghreb et la France.
    D'autres accusés ont écopé de plusieurs années de prison, à
des amendes allant jusqu'à un million d'euros et à des
confiscations de patrimoine - dont un appartement sur la très
huppée avenue Montaigne, à Paris, pour l'un des accusés.
    Parmi les condamnés figurent quatre frères d'une même
famille originaire de Casablanca, Albert, Mardoché, Meyer et
Nessim El Maleh, leur soeur Fréha et le mari de cette dernière.
    Les enquêteurs ont considéré qu'ils étaient au coeur de ce
système de blanchiment par l'intermédiaire d'une société de
gestion d'avoirs financiers installée à Genève, GPF SA.
    La police française a levé ce lièvre début 2012 en enquêtant
sur un trafic de stupéfiants en provenance du Maroc - des tonnes
de résine de cannabis acheminées par la route via l'Espagne.
    C'est en suivant l'argent remis par les trafiquants
destinataires de ces cargaisons à des collecteurs de fonds
qu'ils ont mis au jour le fonctionnement très perfectionné d'un
réseau dont profitaient des évadés fiscaux, parmi lesquels des
entrepreneurs, un trader, un concessionnaire automobile, un
assureur, un avocat d'affaires et une ancienne élue de Paris.
    
    "UNE APPARENCE DE LÉGALITÉ"
    Une partie du produit en euros du trafic de drogue était
achetée contre des dirhams par des hommes d'affaires marocains
désireux d'échapper au contrôle des changes dans leur pays ou de
minorer leurs importations en payant au noir des commerçants
chinois, en particulier dans le secteur du textile.
    Une troisième catégorie de bénéficiaires était constituée
par les clients de la GPF SA, une officine suisse dirigée par la
famille El Maleh.
    Selon l'accusation, les avoirs gérés par GPF SA totalisaient
quelque 800 millions de dollars en 2008 et la société comptait
parmi ses cadres et conseillers des avocats et collaborateurs de
grandes banques suisses.
    "Notre métier consistait à donner une apparence de légalité
à des fonds dont nous connaissions l'origine illégale", a dit
aux enquêteurs une employée.
    Tous les moyens étaient bons : faux prêts, fausses factures,
ouverture de comptes, remise d'espèces, investissements, faux
contrats, sociétés écran, sociétés "offshore" administrées par
des gérants de paille dans des paradis fiscaux.
    Les clients de GPF SA désireux de sortir leur argent de
Suisse pouvaient récupérer en France, par l'intermédiaire de
Mardoché El Maleh, des liquidités en euros issues du trafic de
cannabis, contre un virement de leur compte helvétique vers un
compte étranger géré par un banquier occulte.
    La majorité des personnes mises en cause ont nié avoir eu
connaissance de l'origine des fonds.

 (Simon Carraud avec Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse)
 

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