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France-Des dissonances à droite sur les "fichés S"

Reuters27/03/2018 à 15:37
    * Wauquiez demande l'internement des islamistes "dangereux"
    * Réserves de certaines figures des Républicains
    * Unanimité des députés, selon Damien Abad

    PARIS, 27 mars (Reuters) - Les propositions de Laurent
Wauquiez en matière de lutte antiterroriste ne font pas
l'unanimité à droite, certaines figures de l'opposition
n'hésitant pas à exprimer des réserves sur la question
particulière des personnes sous surveillance.
    Le président des Républicains (LR) a solennellement réclamé
lundi l'internement des islamistes "les plus dangereux" et
l'expulsion de "ceux qui ne sont pas français", sans plus de
précisions sur les implications juridiques de ces dispositifs.
    "Il faut les mettre hors d'état de nuire avant qu'ils ne
fassent couler le sang", a dit Laurent Wauquiez lors de cette
déclaration aux accents de réquisitoire anti-Macron prononcée
trois jours après les attaques de Trèbes et Carcassonne (Aude),
commises au nom de l'Etat islamique (EI). 
    Dès lundi, le sarkozyste Frédéric Péchenard, ex-directeur
général de la police nationale, a jugé que des mesures de
rétention imposées à des milliers de personnes faisant l'objet
de fiches "S" n'auraient "pas beaucoup de sens".
    "C'est très difficile techniquement mais c'est très
difficile bien sûr juridiquement", a estimé l'ex-policier,
aujourd'hui élu à la région Île-de-France, sur Europe 1.
    Le patron du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau, a pour sa
part déclaré sur Public Sénat qu'il fallait commencer par
utiliser l'arsenal existant.
    A l'Assemblée, les députés LR ont unanimement souscrit mardi
à la ligne Wauquiez lors d'une réunion de groupe, selon le
vice-président de LR Damien Abad. Mais, a-t-il ajouté devant la
presse, le sujet doit encore être débattu lors d'un bureau
politique du parti, en fin de journée.
    "Il ne s'agit pas de jeter l'anathème sur le gouvernement",
a également déclaré Damien Abad, nettement plus mesuré que son
président pour qui Emmanuel Macron "ne combat pas le terrorisme"
et fait preuve d'une "coupable naïveté".  
        
    "CONCOURS LÉPINE"
    L'ambiguïté réside principalement dans la nature du fichier
S, qui permet aux renseignements de répertorier plus de 25.000
personnes sous surveillance, dont quelque 10.000 pour
radicalisation, mais ne vaut pas déclaration de culpabilité.
    Parallèlement, un autre fichier, celui des signalements pour
la prévention de la radicalisation à caractère terroriste
(FSPRT), crée en 2015, recense près de 20.000 personnes.
    Selon la députée LR Valérie Boyer, les déclarations de
Frédéric Péchenard s'expliquent par un "amalgame qui est
malvenu". 
    "Non, ce n'est pas les fichiers S. Nous, ce que nous
demandons, ce sont les personnes qui sont sur le fichier des
radicalisés, qu'on appelle improprement fichier S aussi",
a-t-elle déclaré à la presse mardi.
    Laurent Wauquiez a pourtant explicitement parlé des fichés
"S" à plusieurs reprises depuis 2015.
    Invité mardi sur Europe 1, le vice-président de LR Guillaume
Peltier a mentionné à la fois le fichier S et le fichier FSPRT
pour défendre les mesures de rétentions préventives, en
invoquant d'autres critères, comme la "consultation régulière de
sites salafistes", et la "fréquentation de mosquées salafistes".
    Comme Laurent Wauquiez, Marine Le Pen, présidente du Front
national (FN), a énuméré lundi des propositions empruntant au
même registre de la fermeté, comme l'expulsion des
ressortissants étrangers fichés S ou la déchéance de nationalité
pour les binationaux.
    "Je trouve assez lamentable, indigne et minable le concours
Lépine (...) de la bonne idée qui va protéger tous les
Français", leur a répondu mardi le centriste Jean-Christophe
Lagarde, par déclarations à la presse interposées, dans une
allusion transparente.
    "Est-ce qu'on pense qu'on va interner 20.000 personnes. Il
faut arrêter de prendre les gens et les Français pour des c.. au
prétexte de l'émotion qu nous saisit tous", a encore dit le
président de l'UDI, qui fut un allié naturel de l'UMP puis de LR
jusqu'à la rupture de facto de leur pacte ces derniers mois.

 (Simon Carraud, édité par Yves Clarisse)
 

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