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France-Bugatti vise l'électrique pour élargir son marché
Reuters06/06/2019 à 13:55

    * Un véhicule purement électrique sur batteries ?
    * Bugatti embauche 23 personnes cette année à Molsheim
    * Offrir de la stabilité à la marque en cas de crise

    par Gilbert Reilhac
    MOLSHEIM, Bas-Rhin, 6 juin (Reuters) - Bugatti, le très
exclusif constructeur de la Chiron, une "hypercar" à 2,5
millions d'euros, envisage d'élargir sa gamme grâce à un modèle
de plus grande diffusion très probablement électrique, a déclaré
jeudi Stephan Winkelmann, président de la filiale française de
Volkswagen  WOWG_p.DE .
    "Je pense que la marque Bugatti est prête pour un second
modèle. Aucune décision n'est encore prise mais si nous nous
lançons, ce sera une voiture pour tous les jours", a-t-il dit à
des journalistes sur le site de Molsheim, où sont assemblés les
véhicules et reçus les clients.
    "Un véhicule purement électrique sur batteries est l'une des
options à laquelle je suis extrêmement favorable", a ajouté
l'ancien patron de Lamborghini, autre filiale de Volkswagen, aux
commandes de Bugatti depuis un an et demi, qui espère une
décision de son actionnaire en 2020.
    La marque rachetée en 1998 par le constructeur allemand et
réinstallée sur le site historique, à une trentaine de
kilomètres de Strasbourg, où Ettore Bugatti créa ses premières
voitures, il y a 110 ans, n'a jusqu'ici produit que des
véhicules aussi exclusifs que superlatifs.
    La consigne donnée par Ferdinand Piech, patron du groupe de
Wolfsburg à l'époque, n'était-elle pas de construire une voiture
de plus de 1.000 chevaux, dépassant les 400 kilomètres/heure
mais néanmoins assez élégante et confortable pour qu'il puisse
conduire son épouse à l'opéra ?
    Pari gagné avec la Veyron. Assemblée à la main dans
l'atelier de Moslheim à partir de 2005, elle offre 1.001 chevaux
avec son moteur 16 cylindres en W de huit litres qui la propulse
à 407 km/h.
    
    RECORD MONDIAL DE VITESSE
    Les 450 exemplaires prévus se sont facilement vendus au prix
de base d'1,16 million d'euros hors taxe. Un modèle
"super-sport" de 1.200 chevaux a établi, en 2010, à 431 km/h, un
record mondial de vitesse pour une voiture de série.
    Suivront la Chiron en 2017, une évolution de la Veyron dont
elle reprend le style et le moteur, vendue 2,5 millions d'euros
pour 500 exemplaires prévus, dont 100 encore disponibles, puis
la Divo, nouvelle déclinaison annoncée l'an dernier. Les
quarante véhicules qui entreront en production à la fin de cette
année sont déjà tous réservés au prix de 5 millions d'euros.
    Pour réduire des délais qui atteignent deux ans et demi,
Bugatti, qui a commercialisé 76 voitures l'an dernier, embauche
23 personnes cette année à Molsheim. La production, la direction
et les fonctions support qui y sont installées emploient 130
personnes sur un effectif de 300, l'autre grosse entité,
l'ingénierie, étant basée à Wolfsburg.
    Pour autant, souligne Tim Bravo, responsable de la
communication, la marque ne compte encore que 400 clients,
certains collectionnant les modèles, qui parcourent, en moyenne,
2.000 kilomètres par an avec leur Bugatti, 1.400 si l'on inclut
ceux qui ne la font pas rouler.
    Les ventes se partagent entre les Etats-Unis pour 25%,
l'Europe pour 35%, avec le Royaume-Uni, l'Allemagne et la Suisse
comme principaux marchés, la zone Asie-Pacifique et le
Moyen-Orient pour les 40% restant avec notamment le Japon.
    
    STABILITÉ EN CAS DE CRISE
    "Un deuxième modèle nous donnerait plus de stabilité en cas
de crise financière", ajoute le communicant, rappelant que la
crise de 2008 avait été "ressentie" par l'entreprise.
    Un deuxième modèle moins cher et moins exclusif n'en ferait
pas pour autant un produit de grande consommation. Il
n'utiliserait pas non plus une plateforme existante du groupe
Volkswagen.
    "Si c'est comparable, ce n'est plus une Bugatti", rappelle
Stephan Winkelmann, citant la phrase d'Ettore Bugatti. "Nous
commençons notre travail là où les autres se sont arrêtés."
    Ce véhicule possiblement électrique qui disposerait de
quatre places resterait "très exclusif" et serait vendu entre
500.000 et un million d'euros, la principale difficulté étant de
concilier, avec le poids des batteries, les trois qualités
revendiquées par la marque : rapidité, élégance, confort.
    Même si Bugatti a gagné de l'argent en 2018 et doit en
gagner cette année, "cela demande un investissement très
important et nous devons avancer très prudemment", explique cet
allemand polyglotte qui a grandi à Rome.
    Pour partager les coûts et résoudre plus facilement les
équations, les équipementiers devraient être associés à la
conception comme l'ont été dans le thermique le Britannique
Ricardo pour la transmission, le Français Michelin pour les
pneumatiques et les Italiens Dallara et Carbon Dream,
respectivement pour la coque et les pièces moteur en carbone.
    Le futur véhicule permettrait à Bugatti de passer d'une
production annuelle de moins de 100 véhicules à près d'un
millier, estime Stephan Winkelmann.
    "Il faut quatre ans de développement, ce qui signifie que si
nous prenons une décision cette année ou l'an prochain, il ne
sortira qu'en 2024", précise-t-il, ajoutant qu'il n'est pas
important pour Bugatti d'être le premier, seulement d'être "le
meilleur".

 (Edité par Yves Clarisse)
 

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