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France-A Fréjus, le FN veut afficher sa capacité à gouverner

Reuters 18/09/2016 à 15:46
    * Fréjus, la plus grande "vitrine" du Front national 
    * Sécurité, réduction des subventions aux associations 
    * Le bilan divise les administrés 
 
    par Ingrid Melander et Jean-François Rosnoblet 
    FREJUS, Var, 18 septembre (Reuters) - Le choix de Fréjus 
pour lancer ce week-end la campagne présidentielle de Marine Le 
Pen a été mûrement réfléchi par la dirigeante du Front national, 
qui a fait de la gestion des villes frontistes un argument 
électoral pour 2017. 
    Sénateur-maire de cette ville de 55.000 habitants, la plus 
importante municipalité gérée par l'extrême droite, David 
Rachline vient d'être nommé directeur de campagne de Marine Le 
Pen pour l'élection présidentielle de l'an prochain. 
    "Le succès dans la gestion de la ville de Fréjus est un 
moyen de faire taire les mauvaises langues qui ne cessent de 
dire que le Front national n'est pas capable de mettre en place 
son programme", a dit la députée européenne en marge du 
rassemblement des cadres et des militants de son parti. 
    Comme en 2012, elle a choisi de supprimer le logo et le nom 
du Front national sur ses tracts et affiches. 
    Le dirigeante laisse place à la candidate qui ambitionne de 
rassembler au-delà de sa formation pour faire mentir les 
sondages qui la placent presque tous en tête du premier tour de 
scrutin mais lui prédisent la défaite au second. 
    "Un sondage n'est pas une élection. La campagne doit lui 
permettre de convaincre les Français de la pertinence de notre 
message", déclare David Rachline à Reuters. 
    
    SYNERGIE ENTRE LOCAL ET NATIONAL 
    "L'objectif est de l'emporter pour changer concrètement les 
choses dans le pays", souligne le directeur de campagne, comme 
le Front national estime l'avoir déjà fait dans la douzaine de 
villes conquises lors du scrutin municipal de 2014. 
    Nicolas Bay, le secrétaire général du parti et directeur de 
campagne de Marine Le Pen pour les élections législatives qui 
suivront la présidentielle, abonde dans le même sens. 
    "Les maires Front national tiennent leurs engagements et 
font ce pourquoi ils ont été élus", souligne le député européen. 
    La plupart des villes frontistes ont ainsi renforcé la 
police municipale et l'ont souvent armée. Elles ont aussi 
procédé dans leur grande majorité à de sévères coupes dans les 
dotations aux associations, notamment d'aide aux migrants. 
    "Je ne donne pas un centime aux travailleurs migrants ou aux 
migrants en général", confirme David Rachline, qui est également 
en conflit avec la mosquée locale, mais uniquement pour une 
question de permis de bâtir non valide selon lui. 
    A Beaucaire, Mantes-la-Ville ou encore Fréjus, le Front 
national semble aussi ne pas supporter la contradiction. 
    Dans la ville gérée par David Rachline, la conseillère 
municipale divers-droite, Françoise Cauwel, accuse le Front 
national de brader le patrimoine de la commune.  
    "Le FN vend tout ce qu'il peut pour réduire la dette, sans 
tenir compte de l'avenir, de l'environnement ou de 
l'esthétique", dit-elle à Reuters, mettant en exergue la 
difficulté de débats au sein de l'hémicycle municipal. 
    Le bilan en matière de sécurité fait quant à lui débat. 
    "David Rachline a fait une énorme différence en termes de 
sécurité", dit le restaurateur Patrick Loiseau, un de ses 
soutiens, qui estime que l'expérience doit être étendue au 
niveau national grâce à la victoire de Marine Le Pen. 
    Mais pour Christelle Pays, une coiffeuse de 25 ans, "les 
choses ont empiré". "Je ne me sens plus en sécurité." 
     
    PLAFOND DE VERRE 
    Les dix maires frontistes, en plus de Robert Ménard à 
Béziers qui a été élu grâce au FN, s'invitent de plus en plus 
dans le débat national, à l'instar de celui de Hénin-Beaumont 
(Pas-de-Calais) qui a annoncé vendredi la création d'une 
association des maires refusant l'accueil des migrants. 
    "L'opposition à l'invasion migratoire dans nos communes doit 
devenir une cause nationale de salut public qui dépasse les 
clivages partisans", résume le communiqué de Steve Briois. 
    Une synergie entre entité nationale et territoires locaux 
que revendique et encourage la présidente de la formation, qui 
critique la décision du gouvernement de vider la "jungle" de 
Calais en disséminant les migrants partout en France. 
    "De l'immigration massive découle le communautarisme qui est 
le vivier où recrutent les fondamentalistes islamistes. Tous ces 
phénomènes sont liés et il faut y apporter des réponses globales 
et cohérentes", souligne-t-elle. 
    Dans la perspective de l'élection présidentielle, le Front 
national veut faire valoir un bilan local sans gros remous, loin 
des dérives enregistrées lors de son premier exercice du 
pouvoir, au milieu des années 1990, dans des villes comme Toulon 
(Var), Marignane et Vitrolles (Bouches-du-Rhône). 
    La réussite prétendue de sa gestion locale actuelle est 
censée montrer que le parti d'extrême droite a prouvé sa 
crédibilité à gouverner, même au plus haut niveau. 
    "La gestion d'une ville ne peut pas être comparée à celle 
d'un Etat. Mais on nous a beaucoup dit que nous ne serions pas 
en mesure de gérer les collectivités locales", dit David 
Rachline. "Nous montrons que nous en sommes capable et que nous 
le sommes peut-être plus que d'autres." 
    Pour le transposer au niveau national, il faudra franchir 
l'obstacle du second tour, sur lequel la formation d'extrême 
droite bute aux législatives, aux municipales ou aux régionales. 
    "Il n'y a pas de plafond de verre. C'est une invention de 
ceux qui cherchent à se rassurer", estime la présidente du FN, 
qui juge sérieuses ses chances de s'imposer au second tour. 
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 

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