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FRANCE 2017-Le nouveau calendrier de Le Pen ne change rien à sa "fiction" sur l'euro-économistes

Reuters30/04/2017 à 17:25
    * Marine Le Pen affirme qu'elle n'a pas changé de position 
    * La peur d'une sortie de l'euro prise en compte-entourage 
    * Sans sortie de l'euro, le financement du programme plus 
assuré 
    * La "fiction" de la double circulation monétaire 
 
    par Yves Clarisse et Emmanuel Jarry 
    PARIS, 30 avril (Reuters) - Le nouveau calendrier de Marine 
Le Pen sur la politique monétaire, qui repousse aux calendes 
grecques le retour au franc et l'abandon de l'euro comme monnaie 
unique, est un coup politique qui ne change rien aux risques que 
le projet ferait courir à l'économie française, estiment des 
économistes. 
    L'accord de gouvernement conclu vendredi par la candidate du 
Front national au second tour de l'élection présidentielle avec 
le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan affirme que "la 
transition de la monnaie unique à la monnaie commune européenne 
n'est pas un préalable à toute politique économique". 
    La députée FN Marion Maréchal-Le Pen a précisé que les 
négociations de sortie de l'euro dureraient beaucoup plus que 
les six mois initialement prévus et prendraient "peut-être 
plusieurs années" après les élections attendues dans d'autres 
pays, Marine Le Pen parlant quant à elle d'une durée pouvant 
aller jusqu'à 18 mois. nL8N1I10JY]   
    La candidate, qui sait que les risques liés à la sortie de 
l'euro inquiètent considérablement une grande partie de 
l'électorat - 72% des Français veulent garder la monnaie unique 
selon un récent sondage Elabe -, affirme qu'il n'y a aucun 
changement ni contradiction dans sa position. 
    Elle ajoute dans un entretien publié dans Le Parisien 
dimanche qu'elle maintient sa volonté de garder un euro "monnaie 
commune" et non plus unique pour "les grandes entreprises qui 
font du commerce international", parallèlement à une "monnaie 
nationale" pour les "achats quotidiens" des Français. 
     
    "NOUS SOMMES PRAGMATIQUES" 
    Dans son entourage, on confirme pourtant que ce nouveau 
calendrier constitue bien un changement de position. 
    "Il y a eu accord de gouvernement avec Nicolas 
Dupont-Aignan. La donne est quand même assez différente", 
reconnaît Jean Messiha, le coordinateur du programme du FN. "Il 
y a effectivement la crainte exprimée par un certain nombre de 
Français que Marine a entendue, que nous avons intégrée dans les 
négociations que nous avons eues avec Nicolas Dupont-Aignan." 
    "Nous sommes des gens pragmatiques", a-t-il ajouté. 
    Les économistes y voient l'effet de la prise de conscience 
par Marine Le Pen que la sortie de l'euro renforçait le "plafond 
de verre" qui l'empêchera d'être élue dimanche prochain, selon 
tous les sondages en vue du second tour. 
    "C'est un vrai changement de pied mais ça déséquilibre 
complètement son programme économique et ça le rend impossible", 
déclare à Reuters Nicolas Bouzou, économiste et directeur du 
cabinet d'études Asteres. "Ils cherchaient un moyen de se sortir 
d'une situation où ils s'étaient enfermés ; l'alliance avec 
Dupont-Aignan leur a donné le prétexte politique pour en sortir 
mais du coup son programme s'écroule." 
    Pour Ludovic Subran, économiste chez l'assureur-crédit Euler 
Hermes, Marine Le Pen lâche du lest parce qu'elle a compris que 
les Français ont "peur de l'impact que cela aura, notamment sur 
la consommation et sur l'épargne".  
    "Mais ça ne change absolument rien à la fiction absolue 
qu'est l'idée d'avoir une double monnaie, une monnaie nationale 
et une monnaie pour les échanges internationaux. La monnaie 
locale se dévaluerait énormément et ça aurait un impact fort sur 
le bien-être des consommateurs, sans gain de compétitivité, 
estime-t-il. 
     
    LE PROGRAMME NE SERA "PLUS FINANCÉ"  
    Christopher Dembik, responsable de la recherche à Saxo Bank, 
parle, lui, d'un "vrai revirement" et d'un "retour à la réalité, 
la sortie de l'euro est remise aux calendes grecques". 
    "Mais deux monnaies, ça n'a pas de sens. On renoue avec le 
serpent monétaire européen (avec l'euro monnaie commune-NDLR) 
qui avait un inconvénient, c'est que les monnaies nationales 
étaient soumises à la spéculation", ajoute-t-il. 
    En abandonnant l'idée d'une sortie rapide de l'euro pour 
rassurer une partie de l'électorat, Marine Le Pen condamne le 
reste de son programme, selon les économistes. 
    Nicolas Bouzou rappelle qu'elle prévoit une augmentation 
massive des dépenses publiques qui se traduirait selon lui par 
une "explosion du déficit budgétaire" et de la dette. 
    "Il n'était rendu possible que par la monétisation de la 
dette par la Banque de France qui prêterait directement à 
l'Etat", explique-t-il. "Sans la monétisation de la dette par la 
Banque de France, le financement de son programme n'est plus 
possible." 
    En outre, la longue période d'incertitude qui s'ouvrirait 
avec l'allongement du délai avant l'introduction de la monnaie 
locale dissuaderait les investisseurs de prêter à la France et 
provoquerait très probablement une hausse des taux d'intérêt. 
    "Ils partent de l'idée que les marchés ont été résilients 
après l'élection de Trump et le référendum sur le Brexit", dit 
Ludovic Subran. "Mais ils oublient que ce sont deux pays qui 
avaient leur monnaie, qui ne sortaient pas d'une monnaie 
unique." 
    A terme, l'idée d'avoir une double circulation monétaire est 
également jugée lourde de risques pour la France. 
    "Les seuls pays où il y a un système de double monnaie sont 
des pays comme le Nigeria, l'Afrique du Sud, le Venezuela ou 
Cuba, et où la monnaie locale se dévalue constamment", ajoute 
l'expert du cabinet Euler Hermes. 
    Et une monnaie commune avec des pays dont les taux de change 
évolueraient à l'intérieur d'un serpent monétaire, à supposer 
qu'elle soit acceptée par les partenaires de la France au sein 
de la zone euro, ne résisterait pas aux tensions dues aux 
politiques économiques très divergentes. 
    "La monnaie commune évoquée par Marine Le Pen (...) ne peut 
fonctionner que si les politiques monétaires de pays appartenant 
à cette monnaie commune sont convergentes. Si cela n'est pas le 
cas, la monnaie commune ne pourra pas exister", écrit Philippe 
Waechter, directeur de recherche économique chez Natixis Asset 
Management, dans une note publiée dimanche. 
 
 (Avec Simon Carraud, édité par Myriam Rivet) 
 

8 commentaires

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  • mlaure13
    30 avril19:03

    Dupont-Aignan… BRAVO...et ça ne va pas être le dernier de la liste...la droite endoctrinée depuis plus de 40 ans se réveille...il n'est que temps...les tambours de la victoire se profilent à l'horizon…un Gd coup de pieds dans cette fourmilière de politicards mafieux (U/M/P/S) en votant MLP sans état d’âme...ensuite on est assez Gd pour en modérer les orientations et régénérer le tissu politique… :-)

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  • M5805986
    30 avril19:03

    Le but ultime de Le Pen c'est d'établir une dictature. Tous les moyens sont bons et la double monnaie qui nous conduira rapidement à la faillite permettra d'établir un régime autoritaire qui se transformera en dictature.

    Signaler un abus

  • ideme6
    30 avril18:42

    Je crois qu'il faudrait que quelqu'un lui explique que c'est bien d'avoir un vrai programme. Elle ne sait plus du tout ou elle va.

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  • M8637171
    30 avril18:30

    Que propose MLP ? Ne pas revenir sur un grand nombre de ces carcans et dans certains cas de les aggraver. Bref il faut lui barrer la route. Même si son challenger a un programme qui ne réforme pas suffisamment et qui ne pourra pas redresser suffisamment la France. Il faudra de nombreux correctifs.

    Signaler un abus

  • M8637171
    30 avril18:26

    . L'histoire nous apprend que la socialisation par la nationalisation conduit à la misère et souvent à l’autoritarisme voire à la dictature. Mais la socialisation par l’impôt généralisé et abusif, par les carcans administratifs et juridiques imposés aux entreprises arrive au même résultat mais de manière plus lente et sournoise.

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