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Face au populisme, Juncker prône une UE plus protectrice

Reuters14/09/2016 à 13:32

JUNCKER PRÔNE UNE UNION EUROPÉENNE DAVANTAGE PROTECTRICE

STRASBOURG (Reuters) - Le président de la Commission européenne a prôné mercredi une Europe plus sociale, qui protège à l’intérieur comme sur ses frontières extérieures, pour relancer une UE en crise avec le départ du Royaume-Uni et la montée des populismes.

Pour son second discours sur l’état de l’Union prononcé devant le Parlement européen à Strasbourg, à deux jours du sommet de Bratislava où les Vingt-Sept doivent se pencher sur l’avenir de l’UE, Jean-Claude Juncker a proposé "un agenda positif pour les douze prochains mois".

"L’Europe n’est pas au mieux de sa forme", a-t-il reconnu d’emblée en évoquant "une crise existentielle".

"Il y a trop de domaines dans lesquels nous ne coopérons pas assez, ce sont souvent des intérêts nationaux qui sont poursuivis", a-t-il ajouté avant de concéder que "l’intégration européenne ne peut pas se faire au détriment des peuples" et que "l’Europe ne doit jamais devenir un Etat".

Confronté à la fronde de plusieurs pays d’Europe centrale qui refusent le plan de relocalisation des réfugiés, l’ancien Premier ministre luxembourgeois s’est gardé de revenir directement sur le sujet, qui était au cœur de son discours de l’an passé, pour parler croissance, emploi et droits sociaux.

"L’Europe doit être à l’origine d’une économie sociale, sans dumping social", a-t-il dit, relayant une revendication de la gauche aujourd’hui partagée à droite dans les pays de l’Ouest confrontés au problème des "travailleurs détachés".

Alors que la firme américaine Apple vient d’être condamnée par la Commission à rembourser à l'Irlande 13 milliards d'euros au titre de l'impôt sur les bénéfices, il a affirmé que "toute entreprise doit payer ses impôts là où ses bénéfices sont générés".

GARDES-FRONTIERES

Quant au pacte de stabilité, qui impose des règles strictes aux Etats de la zone euro en termes d’endettement et de déficit budgétaire, il doit être appliqué "avec flexibilité de manière à ce qu’il ne fasse pas obstacle à la croissance".

Le président de la Commission a également annoncé le doublement en volume et en durée du plan d’investissement qu’il a lancé en 2014.

Le "plan Juncker", qui consiste à mobiliser 21 milliards d'euros de fonds et de garanties européennes pour attirer des capitaux privés et générer 315 milliards d’euros d’ici 2017, serait porté à 500 milliards d’ici 2020 voire 630 milliards d’ici 2022.

Jean-Claude Juncker a annoncé qu’un programme d’investissement spécifique de 44 milliards d’euros, pouvant être porté à 88 milliards avec la contribution des Etats membres, serait destiné à l’Afrique et aux pays voisins de l’Union européenne.

"C’est un programme qui complètera notre aide au développement et permettra de faire face à une des causes fondamentales des flux migratoires", a-t-il commenté.

Il a annoncé l’envoi de 200 gardes-frontières supplémentaires en Bulgarie et une nouvelle procédure d’enregistrement des personnes arrivant aux frontières extérieures de l’UE.

Prônant une Europe qui "protège", il a invité les Etats membres à se saisir de la disposition du traité de Lisbonne autorisant la mise en commun de certaines de leurs capacités de défense, relayant une proposition formulée voici deux jours par la France et l’Allemagne.

Le président de la Commission a également eu un mot pour le Royaume-Uni et son peu d’entrain, presque trois mois après le référendum en faveur du Brexit, à invoquer l'article 50 du traité européen qui entraînera son départ de l’Union européenne dans les deux ans qui suivent.

"Nous serons heureux que la demande du Royaume-Uni nous parvienne rapidement pour mettre fin aux incertitudes", a-t-il lancé avant de souligner que "le marché intérieur, la libre circulation ne peuvent pas être à la carte".

(Gilbert Reilhac, édité par Yves Clarisse)

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