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En attendant la locomotive allemande?

Le Revenu05/11/2013 à 18:49

(lerevenu.com) - Pour Véronique Riches-Flores, l'Allemagne ne joue pas son rôle de moteur. Le gonflement de son excédent s'explique par l'atonie de sa consommation intérieure et pèse sur les autres pays de la zone euro.

La situation économique donne des signes encourageants en zone euro. Le regain de confiance se propage peu à peu à un nombre croissant de secteurs d'activité et de pays, l'activité industrielle se raffermit et l'indicateur du climat des affaires de la Commission Européenne suggère un retour de la croissance annuelle du PIB avant la fin de l'année. Manque toutefois à ce tableau une véritable amélioration sur le front extérieur. Non seulement, en effet, la croissance des exportations vers le reste du monde stationne mais, plus inhabituel en période de reprise, celle du commerce intra régional continue à se contracter. Difficile dans de telles conditions de faire preuve d'une confiance solide dans l'avenir. En l'absence d'amélioration sur le front extérieur, les lendemains européens risquent fort de déchanter. Or, le risque est bel et bien celui d'une inertie durable des échanges.

La baisse du contenu en importations de la croissance mondiale pénalise l'Allemagne et, dans son sillage, ses partenaires régionaux.

Avec l'arrêt de la machine à crédit, a disparu, pour de nombreux pays, la possibilité de vivre au-dessus de leurs moyens. Résultat, les déficits se réduisent, ce qui était souhaitable, mais la dynamique des échanges mondiaux perd en intensité, ce qui, à l'inverse, est préoccupant. Après une augmentation quasiment interrompue depuis 1990, le contenu en importations de la croissance s'est affaissé dans de nombreux pays. Ainsi, les importations américaines ou britanniques n'ont toujours pas retrouvé le niveau qui était le leur avant la crise, quand celles de l'Espagne restent inférieures d'un cinquième à ce qu'elles étaient en 2007. Un temps camouflé par la vigueur de la demande des pays émergents, ce processus de rééquilibrage des balances courantes est aujourd'hui de plus en plus perceptible. Alors que le contenu en importations de la production industrielle mondiale stationne depuis la crise de 2008, l'ensemble des rouages de la croissance mondiale en est affecté. Il y a là un changement structurel de plus en plus coûteux pour la croissance mondiale en particulier pour les plus grands pays exportateurs - Chine et Allemagne notamment.

L'activité exportatrice allemande n'a pas cessé de se détériorer ces deux dernières années et évolue aujourd'hui en territoire négatif. Résultat, les importations allemandes faiblissent, ce qui affecte en retour les principaux partenaires commerciaux de l'Allemagne que sont la France, l'Italie et les Pays-Bas, pour lesquels le marché allemand reste la première destination à l'exportation. Un tel contexte est à l'évidence préoccupant. Privée de l'effet d'accélération que constituait, par le passé, le commerce intra régional, la reprise en zone euro risque fort de se heurter rapidement aux limites d'une demande domestique structurellement affaiblie.

Gonflement de l'excédent courant allemand, une nouvelle expression des déséquilibres en zone euro.

L'Allemagne, supposée être la locomotive de la zone euro, ne joue assurément pas son rôle. Outre l'impact négatif du ralentissement de son activité exportatrice sur la demande adressée à ses partenaires, la faible croissance de sa consommation ne favorise pas le rééquilibrage escompté. Avec une croissance de 1 % l'an, les dépenses des ménages ne profitent guère du bas niveau du taux de chômage du pays. Témoin de la faiblesse des importations, l'excédent courant allemand n'a cessé de se gonfler ces derniers trimestres, pour atteindre jusqu'à 7 % du PIB aujourd'hui. Une telle situation est assurément source de déséquilibres, accentués par l'appréciation de l'euro qui en découle. Sauf une meilleure répartition des efforts entre les pays de la zone euro, la reprise ne pourra aboutir à une amélioration durable de la situation économique régionale. Face à une telle situation, la BCE seule n'a pas les moyens d'agir. La balle est dans le camp allemand.

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