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ECLAIRAGE-Un an après, MiFID II met plus que jamais les brokers sous pression
information fournie par Reuters20/12/2018 à 13:22

    * Les prix de la recherche pourraient encore baisser en 2019
    * L'activité de blocs et primaire a pu compenser en 2018
    * Les mouvements de consolidation se sont multipliés
    * Recherche sponsorisée et "corporate access" se développent

    par Blandine Henault
    PARIS, 20 décembre (Reuters) - Près d'un an après son entrée
en vigueur, la directive européenne MiFID II n'a pas fini de
bousculer l'industrie de la recherche financière, mettant sous
pression les bureaux de courtage comme les cabinets d'analyse
indépendants face à la baisse prononcée des budgets, qui devrait
se poursuivre en 2019. 
    Depuis le 3 janvier 2018, la directive MiFID II oblige de
facturer en toute transparence le prix de la recherche
financière sur les actions, fournie auparavant à titre gracieux
par les brokers, qui se rémunéraient uniquement via les frais
d'exécution.
    Les sociétés de gestion doivent désormais établir un budget
dédié à la recherche, un coût supplémentaire qui a très souvent
été absorbé directement sur leurs fonds propres. 
    Dès la fin 2017, les négociations se sont traduites par une
baisse drastique des tarifs appliqués à la recherche sur les
actions.   Un phénomène amplifié par les grands
bureaux d'étude américains qui ont cassé les prix en proposant
un accès entier à la recherche pour seulement 10.000 dollars,
rapportent plusieurs acteurs du secteur. 
    "Les GAFA de la recherche, à savoir Morgan Stanley, Goldman
Sachs ou encore JPMorgan, n'ont pas tellement l'objectif de
vendre de la recherche mais de récupérer de l'activité dans le
primaire", soutient Maxime Mathon, du cabinet d'analyse
indépendant Alphavalue.
    "Pour cela, il faut être capable de faire des road-shows
avec de gros émetteurs, ce qui nécessite d'avoir de nombreux
clients".
    Beaucoup dans le métier dénoncent ainsi un phénomène
destructeur de "vente à perte" et d'incitation ("inducement")
déguisées.
    
    CHUTE DES PRIX
    Conséquence: la chute des prix de la recherche a conduit à
une baisse de la rémunération globale de l'analyse financière de
40% à 60%, estime Stéphane Giordano, président de l'AMAFI,
l'Association française des marchés financiers.
    "Cette baisse de revenus violente et massive reste
relativement masquée car l'année a par ailleurs été assez bonne
pour l'activité de blocs et primaire. Au final, elle a donc été
compensée", ajoute-t-il. 
    "Mais tout le monde a dans l'idée qu'un moteur s'est éteint.
Et 2019 pourrait ne pas être une bonne année pour l'activité de
blocs et primaire, donc il y a vraiment la crainte que l'impact
soit violent".
    D'autant que les négociations sur les tarifs de la recherche
pour l'an prochain, qui battent leur plein, augurent de
nouvelles pressions sur les prix.
    "Les négociations sur 2019 vont aboutir à une nouvelle
baisse des budgets alloués", prévient ainsi Matthias Desmarais,
directeur de la recherche chez Oddo BHF.
    Chez Cholet Dupont, société de gestion dont les encours
atteignent deux milliards d'euros environ, le budget alloué à la
recherche pourrait être réduit d'environ 10%.
    "On doit réduire compte tenu d'une année difficile en terme
de volumes de transactions", explique Antoine Piedelièvre,
gérant au sein de la société.
    "La fusion de plusieurs maisons de recherche avec lesquelles
nous travaillions va de facto nous permettre de réaliser une
économie substantielle. Nous aurons à ajuster à la marge selon
les besoins réévalués des gérants", ajoute-t-il.
    
    UNE CONSOLIDATION RAPIDE
    Les brokers, soumis également à une baisse des frais
d'exécution, ont en effet été obligés de réagir rapidement.
    Avant même l'entrée en vigueur de MiFID II, Oddo a annoncé
le rachat de l'activité de courtage d'actions de Natixis en
France.  
    "Il faut être offensif face à MiFID II. Le rapprochement
avec Natixis nous a permis de renforcer notre stratégie d'être
le broker de référence sur la France et l'Allemagne et un vrai
acteur de premier plan dans la zone euro", indique Matthias
Desmarais.
    D'autres mouvements de consolidation ont suivi ou pourraient
suivre: l'activité de courtage en actions de Raymond James a été
reprise par la société allemande indépendante Mainfirst, qui va
elle-même être rachetée par la banque d'investissement
américaine Stifel.
    L'australienne Macquarie envisagerait de reprendre le
britannique Liberum tandis que le gérant d'actifs
AllianceBernstein a mis la main sur le bureau d'études londonien
Autonomous.
    De son côté, Alphavalue s'est rapproché de la banque
allemande Baader Helvea, à laquelle il fournira de la recherche
pan-européenne en échange de la gestion du volet commercial. 
    Mais cet activisme ne réussit pas à tout le monde: la banque
allemande Berenberg, l'une des plus vieilles au monde, a dû
faire marche arrière après avoir annoncé en début d'année une
vague d'embauches. 
    Elle a finalement décidé en novembre de supprimer cent
postes dans ses activités de trading actions, de recherche et de
financement aux entreprises.
    "Vous ne pouvez pas nier qu'il y a trop d'offre dans un
contexte de réduction des dépenses de la part des clients. Cela
va conduire à deux choses: des réductions de coûts et une
consolidation", dit Jose Hernandez, directeur de la recherche de
Kepler Cheuvreux.  
    "Nous voulons être un de ceux qui restent indépendants".
    
    UNE DIVERSIFICATION ACCRUE  
    Ceux qui ne s'adossent pas à un autre établissement
développent de nouvelles stratégies, en diversifiant notamment
leurs activités.
    Kepler Cheuvreux s'est ainsi lancé en novembre dans la
gestion d'actifs en acquérant la société IFE Mezzanine, renommée
Kepler Cheuvreux IFE (ou KCI).
    Le broker parisien entend aussi renforcer son activité de
recherche sponsorisée, à savoir financée par les entreprises
elles-même via des contrats de recherche. 
    "La recherche sponsorisée est une zone de croissance
évidente. Avec MiFID 2, beaucoup de petites et moyennes
capitalisations sont moins couvertes par les analystes",
explique Jose Hernandez.
    "Comme les investisseurs ne paient pas assez pour rendre
cette recherche viable, elle doit être financée par les
entreprises, sinon elle disparaîtra massivement".
    Cette activité spécifique de recherche n'est pas sans
soulever des risque de conflits d'intérêt, ce dont se défend
Kepler Cheuvreux.
    "Nous pensons que nous pouvons conserver une indépendance et
une crédibilité et gérer correctement les conflits d'intérêt
sous-jacents", assure Jose Hernandez. 
    Autre axe de développement, le "corporate access" qui permet
aux investisseurs de rencontrer les dirigeants des entreprises,
un service que les brokers parviennent à valoriser nettement
mieux que la seule note de recherche. 
    "Les brokers capitalisent sur les conférences, qui se sont
multipliées cette année. Cela compense. Si en plus vous faites
du primaire et des contrats de recherche, grosso modo, vous vous
en sortez", indique Maxime Mathon chez Alphavalue.
    
    "CROWDFUNDING" ET ESG
    Le cabinet indépendant, qui dispose de 32 analystes pour 475
valeurs suivies, a de son côté innové en lançant une plate-forme
de financement participatif, ou "crowdfunding", qui permet aux
sociétés de gestion de mutualiser le coût de la recherche.
    Le contrat de recherche s'élève à 16.000 euros pour un
ticket d'entrée de 2.000 euros. "Il faut donc huit tickets pour
émettre la note. Cela résout le biais de la recherche
sponsorisée", explique Maxime Mathon.  
    Alphavalue compte aussi se développer sur l'aspect ESG, et
notamment sur la dernière partie de l'acronyme, la gouvernance,
disant répondre ainsi à une demande croissante.
    Les fournisseurs de recherche ont par ailleurs revu la façon
dont leurs analystes rédigent les notes. "On nous demande d'être
encore plus différenciant, avec des opinions beaucoup plus
fortes", confie un analyste à Londres. "Il s'agit vraiment
d'éviter les analyses tièdes et de donner une vraie conviction".
    Les brokers espèrent enfin stabiliser les prix de la
recherche et partant, leur modèle économique.
    "Je pense que la baisse des prix en 2019 sera la dernière. A
partir de 2020, on va récupérer du 'pricing power' car les
investisseurs vont se rendre compte qu'il y a une inadéquation
par rapport au service proposé", dit Matthias Desmarais.
    

 (Avec Inti Landauro, édité par Marc Angrand)
 

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