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ECLAIRAGE-Syrie: Après les frappes, la France veut rebattre les cartes

Reuters16/04/2018 à 04:00
    * Semaine diplomatique intense à l'Onu, l'OIAC et en Europe
    * Macron se félicite d'avoir divisé la Russie et la Turquie
    * "On va voir si les Russes mettront un nouveau veto", dit
une
source française

    PARIS, 16 avril (Reuters) - Après les frappes conjointes
inédites menées contre l'arsenal chimique syrien, la France
entend rebattre les cartes et les alliances afin de faire bouger
les lignes et d'avancer sur la voie d'une solution politique en
Syrie après sept ans de paralysie diplomatique. 
    La semaine qui s'ouvre aura valeur de test pour Paris,
Londres et Washington qui s'attendent à devoir mener une intense
bataille médiatique et diplomatique dans les enceintes
internationales face à la Syrie et à la Russie, alliée
indéfectible du régime de Bachar al Assad. 
    Une réunion du conseil exécutif de l'Organisation
internationale sur les armes chimique (OIAC) se tient ce lundi à
La Haye pour discuter de l'attaque chimique du 7 avril à Douma
imputée au régime de Damas et qui a conduit Paris, Washington et
Londres à riposter militairement.
    Aux Nations unies, des négociations doivent également
débuter sur un nouveau projet de résolution de l'Onu, porté par
les trois capitales et concernant "les volets politique,
chimique et humanitaire du dossier syrien, en vue d'établir une
solution durable au conflit".  
    Au niveau européen, la situation en Syrie sera l'un des
points abordés par les ministres européens des Affaires
étrangères lors d'un conseil qui se tient ce lundi au
Luxembourg.
    "On va voir si les frappes vont créer une dynamique sur
l'ensemble des volets du règlement de la crise syrienne",
souligne une source française. "En physique généralement, les
mêmes causes produisent les mêmes effets mais il y a des choses
qui ont changé depuis la nuit de vendredi à samedi, on va voir
si les Russes mettront un nouveau veto." 
    Après la réponse militaire, "la question qui se pose
maintenant c'est de savoir si le message politique est bien
compris, si ce 'momentum' peut être utilisé très vite au Conseil
de sécurité de l'Onu", abonde-t-on à l'Elysée. 
    
    SÉPARER ANKARA ET MOSCOU 
    Les premiers effets diplomatiques des frappes militaires
coordonnées menées dans la nuit de vendredi à samedi avec les
Etats-Unis et la Grande-Bretagne contre l'arsenal chimique
clandestin de Damas commencent à se faire sentir, veut-on croire
à Paris.         
    Dans son interview à BFM TV, RMC et Mediapart dimanche soir,
Emmanuel Macron a estimé qu'elles avaient permis, en divisant
Ankara et Moscou, de fissurer le trio du processus d'Astana
(Russie, Turquie et Iran), un processus lancé en 2017 en
parallèle aux tentatives de négociations de Genève conduites par
l'Onu. 
    Les Turcs ont "condamné les frappes chimiques" sur Douma et
ont "soutenu l'opération que nous avons menée", a-t-il souligné,
au lendemain d'un entretien téléphonique avec le président turc
Recep Tayyip Erdogan. 
    Lors de cet échange, le chef de l'Etat français, qui avait
dénoncé ces dernières semaines l'action de l'armée turque contre
les Kurdes à Afrin, dans le nord-ouest de la Syrie, provoquant
l'ire d'Ankara, a notamment appelé à une intensification de la
concertation franco-turque "pour permettre une solution
politique inclusive en Syrie".
    Les frappes ont également permis à l'Occident de marquer des
points face à la Russie et à gagner de la crédibilité en faisant
respecter la ligne rouge qui avait été édictée notamment par
Paris, a estimé Emmanuel Macron. 
    "Les Russes, lorsque vous définissez les lignes rouges,
qu'ils viennent les tester et que rien n'est fait pour les faire
respecter, leur discours est clair et leur propagande l'est tout
autant: 'Ces gens de la communauté internationale sont bien
gentils, ce sont des faibles' (...) Il (Vladimir Poutine-NDLR) a
compris que ce n'était plus le cas." (nL8N1RS0TX]
    L'objectif désormais, a-t-il poursuivi, est de pouvoir
convaincre les Russes et les Turcs de venir autour de la table
de négociations dans le cadre du groupe de contact mis en place
par Paris réunissant notamment des pays de la région et les
Etats-Unis. Une réunion de ce groupe pourrait se tenir dès cette
semaine. 
    
    BATAILLE COMPLIQUÉE
    Mais la bataille diplomatique s'annonce compliquée. Après
l'escalade verbale de la semaine dernière entre la Russie,
alliée de Damas, et les Etats-Unis, la tension avait semblé
redescendre d'un cran vendredi, avant les frappes, avant de
reprendre de plus belle ce week-end. 
    Dimanche, le vice-ministre russe des Affaires étrangères,
Sergueï Riabkov a prévenu que la Russie avait elle aussi "ses
lignes rouges". Il a toutefois assuré que Moscou ferait "tous
les efforts nécessaires pour améliorer les relations avec
l'Occident", sans donner plus de précisions sur les marges de
négociation. 
    Le projet de résolution des Occidentaux, qui prévoit de
relancer un mécanisme d'enquête indépendant et impartial chargé
de vérifier l'usage d'armes chimiques en Syrie et de dire qui en
est responsable - en remplacement du JIM, le Mécanisme d'enquête
conjoint créé par l'Onu et l'OIAC -, devrait sans surprise faire
l'objet d'intenses tractations.
    "La Russie estime que le JIM n'est pas impartial, qu'il a
été tordu et manipulé et qu'elle ne considérera le JIM ou tout
autre mécanisme similaire comme impartial que si un Russe y est
représenté", note un diplomate français, qui s'attend lundi à
voir à La Haye "une bataille médiatique autour du déploiement"
de mission d'établissement des faits (FFM) de l'OIAC.

    <^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^
LE POINT sur les frappes occidentales en Syrie     
SYNTHESE Poutine prédit le chaos en cas de nouvelles frappes en
Syrie     
GRAPHIQUE (en anglais): Localisation des frappes    https://tmsnrt.rs/2EKgAMN
    ^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^>
 (Marine Pennetier, édité par Henri-Pierre André)
 

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