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ECLAIRAGE-Les géants de l'auto confrontés au marché de l'occasion en Afrique
Reuters12/04/2019 à 13:57

    * Le marché du neuf évalué à 3-4 millions d'unités-VW
    * Plaidoyer pour une limitation des importations d'occasion
    * Et pour des aides à la production locale
    * Kenya, Nigeria et Ghana vus comme des centres d'assemblage

    par Joe Bavier, Emma Rumney et Duncan Miriri
    JOHANNESBOURG/NAIROBI, 12 avril (Reuters) - Près de la forêt
de Ngong, à Nairobi, des milliers de voitures d'occasion
brillent sous un soleil de plomb sur un immense terrain
poussiéreux, dans l'attente d'éventuels acheteurs.
    Importés du Japon ou du Moyen-Orient, ces véhicules aux prix
abordables, qui dominent le marché automobile depuis des
décennies, permettent à nombre de Kényans de disposer d'une
voiture. 
    Mais ils constituent aussi un obstacle majeur sur la route
des constructeurs en quête d'un relais de croissance en Afrique.
Leurs ventes dans le reste du monde sont menacées par les
tensions commerciales et un durcissement de la réglementation
sur les émissions polluantes. 
    Volkswagen  VOWG_p.DE , BMW  BMWG.DE , Toyota  7203.T ,
Nissan  7201.T  et d'autres se sont associés pour faire pression
sur les gouvernements africains afin de réduire les importations
de véhicules en Afrique subsaharienne et permettre à la
production locale de se développer.
    La question en Afrique n'est pas de savoir si c'est un
marché d'avenir mais plutôt quand il va décoller, a déclaré à
Reuters Mike Whitfield, responsable de Nissan pour l'Afrique. 
    Quatre ans après la création de l'Association of African
Automotive Manufacturers (AAAM), les efforts de cette fédération
commencent à porter ses fruits. Les constructeurs disposant
d'usines locales d'assemblage pourraient bénéficier d'une
exonération fiscale sur une période pouvant atteindre 10 ans et
d'une exemption de droits de douane au Nigeria, au Kenya et au
Ghana, selon des projets consultés par Reuters.
    Thomas Schäfer, responsable des activités de Volkswagen en
Afrique, évalue le marché des voitures neuves en Afrique
subsaharienne entre trois et quatre millions d'unités, contre
420.000 en 2017.
    Mais pour parvenir à cet objectif, il faudrait réduire la
proportion des véhicules d'occasion, la contrebande et les prix
des modèles neufs.
    "Cela dépendra en grande partie de la capacité des
gouvernements africains à endiguer les importations de voitures
d'occasion et de la compétitivité au niveau tarifaire des 
véhicules neufs", a déclaré Craig Parker, directeur de la
recherche pour l'Afrique au cabinet d'études Frost & Sullivan
    
    L'AFRIQUE, DERNIER BASTION DES MOTEURS THERMIQUES
    La population et les revenus des ménages en Afrique
augmentent rapidement mais, selon des données du secteur, son
milliard d'habitants ne représente que 1% des ventes mondiales
de voitures neuves de tourisme, l'Afrique du Sud se taillant la
part du lion. 
    Le Kenya, le Nigeria et le Ghana sont considérés par l'AAAM
comme des pôles potentiels de production.  
    Ces deux derniers pays sont prêts à proposer aux
constructeurs automobiles des exonérations fiscales sur 10 ans
et une absence de droits de douane sur les pièces et composants
importés en échange d'un assemblage local des véhicules.
    Le Nigeria envisage également de taxer à 70% les véhicules
neufs entièrement produits ailleurs afin de stimuler la demande
pour la production locale, mais ce projet de loi n'a pas encore
été approuvé. 
    Au Kenya, les constructeurs seront exonérés de droit
d'importation ou d'accise et bénéficieront d'un allégement
fiscal de 50%.
    VW et Nissan disposent déjà d'usines ou se sont engagés à en
ouvrir au Nigeria, au Kenya et au Ghana. Honda  7267.T  et le
Groupe PSA  PEUP.PA  ont des sites d'assemblage au Nigeria. Le
groupe français s'est également implanté au Kenya.
    Andrew Kirby, directeur général de Toyota en Afrique du Sud,
a déclaré que la stratégie du groupe était de se "concentrer sur
l'Afrique car le continent va connaître une importante
croissance". 
    L'Afrique pourrait permettre aussi aux constructeurs de
continuer à écouler leurs voitures à moteurs thermiques, en
raison du prix élevé des modèles électriques et de l'absence
d'infrastructures pour ce type de véhicules sur le continent.  
    En 2018, il s'est vendu seulement 66 voitures électriques en
Afrique du Sud, première économie du continent.
    "L'Afrique restera très probablement le dernier bastion des
moteurs à combustion", prédit Craig Parker.
    
    DISTORSION DU MARCHÉ
    Certains responsables du secteur considèrent cependant que
le principal obstacle au développement des voitures neuves en
Afrique vient du Japon, où les véhicules sont mis au rebut après
seulement quelques années de service en raison de contrôles
stricts. 
    Ils estiment que cette politique entraîne une distorsion du
marché en permettant aux concessionnaires d'acheter des
véhicules au prix de la ferraille et de les exporter vers
l'Afrique.
    Selon ces responsables, les importations bon marché en
provenance du Japon ont détruit la production locale dans
plusieurs pays d'Afrique, notamment au Nigeria qui assemblait
environ 150.000 véhicules par an jusque dans les années 1980.
    Pour Thomas Schäfer, de VW, les autorités politiques en
Afrique doivent intervenir, faute de quoi il sera vain de mettre
en place une production locale.
    "Les marchés (...) ne fonctionnent littéralement pas en
raison de l'importation de véhicules d'occasion", a-t-il dit.
    Le gouvernement kényan prévoit de réduire les importations
de voitures de plus de trois ans d'ici 2021, à l'exception des
modèles de tourisme équipés d'un moteur d'au moins 1,5 litre.  
    Cette mesure pourrait entraîner un doublement du prix des
modèles milieu de gamme importés, dénonce cependant la Kenya
Auto Bazaar Association (KABA), un groupe de pression de 300
membres. 
    "La classe moyenne ne pourra pas posséder un véhicule de son
choix", déplore Mark Oburu, vice-président de la KABA.
    Une baisse des recettes fiscales tirées des véhicules
d'occasion importés pourrait représenter aussi un problème pour
certains pays africains en cas de durcissement des règles. Le
marché souffre également de l'accès au financement et de la
contrebande sur les importations. 
    Les dirigeants des constructeurs automobiles reconnaissent
l'ampleur des défis à relever mais rappellent le cas de la
Chine.  
    Lorsque VW et General Motors  GM.N  se sont implantés en
Chine dans les années 1980 et 1990, le taux d'équipement était
inférieur à celui de nombreux marchés africains. Aujourd'hui,
ces deux entreprises vendent à elles seules plus de 3,5 millions
de véhicules par an en Chine.
    "Tout le monde riait en soutenant que la Chine n'avait pas
besoin de voitures mais seulement de bicyclettes", a déclaré
Thomas Schäfer.

 (Avec Clement Uwiringiyimana à Kigali et Chijioke Ohuocha à
Lagos, Claude Chendjou pour le service français, édité par
Dominique Rodriguez)
 

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