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ECLAIRAGE-En Italie, les promesses électorales, une menace pour la dette

Reuters15/02/2018 à 17:32
    par Gavin Jones 
    ROME, 15 février (Reuters) - "Chaque promesse est une dette, 
pensez-y", est-il écrit sous une énorme "horloge de la dette" 
installée dans les grandes gares de Rome et de Milan par un 
centre de réflexion économique. 
    L'horloge numérique affiche en temps réel la dette publique 
de l'Italie, manière d'inciter les électeurs à se méfier des 
promesses de campagne faites en vue des élections législatives 
du 4 mars. 
    Des promesses, préviennent des experts, qui pourraient 
creuser encore davantage le déficit public italien si elles 
étaient appliquées. 
    En hausse de 36,6 milliards d'euros en 2017  , la 
dette publique a atteint 2.300 milliards, montre l'horloge. A 
132%, l'Italie présente le deuxième ratio dette/PIB le plus 
élevé de l'Union européenne, derrière la Grèce. 
    Le pays reste en outre sous la menace d'une nouvelle crise 
financière, après celle de 2011, quand la flambée des taux 
d'intérêt avait placé le pays au bord de la banqueroute. 
    Le gouverneur de la Banque d'Italie, Ignazio Visco, s'est 
immiscé de manière inhabituelle dans le débat politique. 
    Il a averti que les promesses de réduire les impôts et 
d'augmenter les dépenses, faites par les différents partis, 
"pourraient se révéler contre-productives, puisqu'on ne peut pas 
éluder le problème de la dette nationale". 
    En tête dans les sondages, l'alliance de droite entre la 
formation de Silvio Berlusconi, Forza Italia, la Ligue du Nord 
et un parti d'extrême droite, Frères d'Italie, a présenté le 
programme le plus extravagant, selon les experts : énormes 
allégements fiscaux, régimes de retraite plus avantageux et 
encore plus d'aides sociales. 
    Sa mesure phare, un taux d'imposition unique inférieur à 23% 
pour les particuliers et les entreprises, au lieu de taux situés 
aujourd'hui entre 23% et 43%, devrait coûter de 50 à 80 
milliards d'euros, en fonction de là où sera placé le curseur. 
    Un peu moins généreux que l'alliance de droite, le Mouvement 
5 Etoiles (M5S), anti-système, et le Parti démocrate (PD, au 
pouvoir), promettent eux aussi des réductions d'impôts, une 
augmentation des dépenses et une hausse du déficit budgétaire 
au-delà du seuil prévu par l'Union européenne. 
     
    "DES CHIFFRES QUI N'ONT PAS DE SENS" 
    Les économistes apparaissent d'autant plus incrédules que 
les partis politiques, conscients des inquiétudes liées aux 
finances publiques, promettent dans le même temps de réduire 
considérablement la dette. 
    Forza Italia, qui a présenté un programme à part en plus de 
celui de la coalition, dit pouvoir réduire la dette de 30 points 
en cinq ans, pour l'établir à 100% du PIB. 
    Le Parti démocrate annonce le même seuil au bout de dix ans. 
Le M5S, lui, promet une réduction de 40 points en dix ans. 
    "Ils essaient simplement de nous berner, ils avancent au 
hasard des chiffres qui n'ont aucun sens", estime l'économiste 
Roberto Perotti, ancien conseiller du gouvernement en matière de 
finances publiques, qui enseigne à l'Université de Milan. 
    Augmenter le déficit budgétaire pour alléger la dette va à 
l'encontre de l'orthodoxie économique qui prévaut en Europe 
depuis des décennies. Mais en Italie les partis politiques de 
tous bords estiment que les mesures d'austérité ont échoué et 
qu'une nouvelle approche s'impose. 
    Selon eux, la croissance est la clé. Stimuler l'économie  
pour la sortir d'une conjoncture morose va permettre de créer 
des emplois et d'accroître les recettes fiscales, pensent-ils. 
    Un ancien haut fonctionnaire du Trésor public et 
ex-directeur des affaires fiscales du Fonds monétaire 
international (FMI) se montre très sceptique. 
    Les programmes des partis, dit Carlo Cottarelli, "présentent 
des scénarios économiques très optimistes, et aucune cohérence 
entre les mesures annoncées et les objectifs de réduction de la 
dette". 
    Si la plupart des programmes mentionnent des coupes 
budgétaires, les experts économiques estiment que les mesures 
sont trop floues pour être crédibles et apparaissent nettement 
insuffisantes pour rééquilibrer les comptes publics. 
     
    LA CRISE DE "2011, MAIS EN PIRE" 
    Roberto Perotti évalue le coût potentiel du programme de la 
coalition de droite à 160 milliards d'euros. Le ratio dette/PIB 
augmenterait, lui, d'au moins sept points par an. 
    Il faudrait, estime-t-il, que le PIB augmente d'environ 10% 
simplement pour financer le nouveau taux d'imposition unique. 
    "Le PIB augmenterait la première année mais il y aurait 
ensuite une nouvelle crise de l'endettement et il faudrait 
augmenter les taxes", dit-il. "Ce serait comme 2011, mais en 
pire." 
    Ancien économiste en chef du Trésor, Lorenzo Codogno, à la 
tête aujourd'hui de LC Macro Advisors, estime que les 
propositions des partis augmenteraient "à coup sûr" la dette et 
qu'il est "totalement improbable" que stimuler la croissance 
permettra de consolider les comptes publics. 
    Forza Italie dit que le nouvel impôt sera financé par la fin 
de certains allègements fiscaux et d'avantages dont jouissent 
les familles et les entreprises, notamment dans les domaines de 
l'amélioration de l'habitat, des transports routiers ou encore 
des investissements des entreprises en machines. 
    Pour Lorenzo Codogno, les projets des partis politiques 
"pourront être considérés comme crédibles quand ils nous diront 
quelles dépenses fiscales ils prévoient de couper". 
    Les marchés financiers ont jusqu'à présent très peu réagi à 
la campagne électorale, peut-être parce qu'ils ne croient pas 
que les partis puissent donner suite à leurs promesses. 
 
 (Avec Giulio Piovaccari et Luca Trogni, Jean Terzian pour le 
service français, édité par Gilles Trequesser) 
 

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