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Décryptage : Les drivers sur les marchés de matières premières agricoles évoluent (Agritel)

Boursorama19/06/2013 à 12:35

Michel Portier : "la volatilité s'est installée durablement sur les marchés"

Il y a encore quelques années, il suffisait de mesurer le plus précisément possible l'équilibre entre l'offre et la demande sur les différents marchés des matières agricoles pour prédire l'évolution des cours. Aujourd'hui ce bilan offre-demande reste bien sûr nécessaire, mais largement insuffisant.

Un bilan offre-demande plus difficile à réaliser

Tout d'abord, d'un point de vue purement fondamental, les prévisions de récolte deviennent de plus en plus complexes. En cause l'augmentation de la fréquence des incidents climatiques. Leur fréquence a été multipliée par dix en un demi-siècle, à l'image de la sécheresse historique relevée aux USA l'an passé, suivi cette année par des précipitations également historiques. En Australie le déficit hydrique devient chose récurrente, tout comme en Russie, où après 2007, 2010 et 2012, l'année 2013 ne se présente pas sous les meilleurs auspices, avec un déficit hydrique dans le sud du pays. Du côté de la demande, l'impact de la crise économique sur ces biens de première nécessité, est également difficilement chiffrable.

Une interconnexion entre les marchés qui impacte les cours

Les difficultés relatives à l'établissement du bilan offre-demande sont maintenant accentuées par le lien qui existe entre les différents produits, et l'effet corrélation entre les différents compartiments de la finance. En effet un simple changement de politique monétaire orchestré par la FED, et c'est la galaxie entière des commodities qui s'en trouve affectée. Un durcissement de la politique monétaire américaine entrainerait une hausse des taux d'intérêts, une hausse du dollar, une crainte de récession, et donc une baisse des cours des matières premières agricoles. Une politique plus accommodante, notamment en termes de liquidités, donnant l'occasion aux gestionnaires de les répartir dans de nombreux compartiments, pour diversifier leurs risques. C'est ainsi que l'on arrive au paradoxe actuel : si les indicateurs économiques sont mauvais aux USA, alors la politique du quantitative easing perdurera, et les marchés des actions progresseront, entrainant également pour partie les marchés de matières premières.

L'interaction entre les différents compartiments de l'économie est complexe, et les règles d'un jour ne sont plus forcément celles du lendemain. Il suffit que la Chine modifie, tant soit peu, sa politique de taux, pour interférer également sur la planète financière, entrainant des répercussions sur les cours des matières premières.

Que dire également des décisions prises au niveau politique par les Etats ? Il aura suffit d'un embargo décidé par Vladimir Poutine sur les exportations de céréales en août 2010 pour propulser les cours du blé à des sommets. Plus proche de nous, l'Egypte, en proie à des difficultés financières, a obtenu au printemps 2013 un financement pour l'équivalent de 2 millions de tonnes de blé d'importation de la Russie. Volume qui de ce fait ne fera pas l'objet d'un appel d'offre auquel la France, premier pays exportateur européen sur ce produit, aurait pu prétendre. En conséquence, les cours du blé se replient sur Euronext.

La volatilité s'est installée durablement sur ces marchés et quoiqu'en disent nos gouvernants, cela n'est pas le simple résultat d'une financiarisation ou d'une spéculation.

La première source de volatilité sur les marchés trouve ses racines dans l'incertitude. Et l'incertitude porte non seulement sur la météo ou sur l'offre, mais également sur les politiques de plus en plus opaques menées par nos gouvernants. Or nous vivons dans un monde de plus en plus incertain, avec des politiques de plus en plus floues, et des marchés de plus en plus interconnectés entre eux.

Alors la volatilité a encore de beaux jours devant elle.

Michel Portier


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