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CORR-GB-Les ménages très endettés, à la merci de la hausse des taux

Reuters08/12/2014 à 22:03

(Répétition avec le bon montant en euros) * Le taux d'endettement le plus élevé des pays développés * Les taux bas records ont protégé les emprunteurs jusqu'à présent * La plupart des ménages prévoient de réduire leurs dépenses * Les ménages à faibles revenus les plus exposés par David Milliken LONDRES, 8 décembre (Reuters) - Les ménages britanniques, les plus lourdement endettés parmi ceux des grands pays développés, envisagent avec inquiétude le relèvement des taux directeurs par la Banque d'Angleterre (BoE) attendu dans la deuxième moitié de l'année prochaine. Ils ont certes bénéficié de plusieurs années de taux d'intérêt à des plus bas records. Mais un endettement représentant 140% de leur revenu disponible, un niveau à peine inférieur au pic d'avant la crise financière et ne représentant pas moins de 1.500 milliards de livres (1.906 milliards d'euros), les rend particulièrement vulnérables au durcissement de la politique monétaire. Une croissance économique soutenue et des signes d'une croissance longtemps différée des salaires signifient que la hausse des taux pourrait débuter au second semestre 2015, après six années pendant lesquelles ils sont restés bloqués à 0,5%. La BoE devra toutefois se montrer prudente d'autant que les emprunteurs les plus exposés à la hausse des taux sont aussi ceux qui ont le moins bénéficié de la reprise. Elle estime toutefois que la hausse des taux n'aura pas de conséquences plus lourdes que lors des précédents cycles monétaires et s'attend à ce qu'une hausse de 1% des taux entraîne une baisse de 0,5% des dépenses des ménages, soit l'équivalent de 5 milliards de livres. Plus de la moitié des emprunteurs ont toutefois déclaré qu'ils réduiraient leurs dépenses si les taux atteignaient 2,5%, selon une enquête publiée lundi par la BoE. "Bien que la dette des ménages soit très élevée, les gens n'en ont pas senti le poids. Quand les taux d'intérêt vont vraiment commencer à monter, cela finira par peser", relève Zach Witton, spécialiste de l'économie britannique chez Moody's Analytics. Les banques estiment qu'une hausse d'un quart de point des taux renchérira de 16 livres par mois en moyenne le coût des crédits hypothécaires. Mais la moyenne peut s'avérer trompeuse, soulignent des économistes. Le changement des politiques de prêts des banques après la crise financière signifie que les taux pratiqués peuvent être très différents d'un emprunteur à l'autre. EMPRUNTEURS VULNERABLES Certains emprunteurs qui ont souscrit leur prêt avant la baisse des taux en 2009 peuvent aujourd'hui ne payer que 0,5% d'intérêt mais seront pleinement exposés à la hausse des taux. Ceux qui se sont endettés plus tard peuvent payer des taux plus élevés, en raison de la plus grande aversion des banques au risque, mais il peut s'agir de taux fixes qui ne seront pas affectés par le relèvement des taux directeurs. Michael, qui travaille dans les services informatiques et n'a pas souhaité que son patronyme soit publié, a acheté un appartement à Londres en mai 2013 avec son épouse pour 350.000 livres avec un apport représentant 10% du total. Les banques étaient prêtes à leur prêter plus à un taux d'environ 5% mais ils ne voulaient pas se retrouver dans une situation financière trop tendue. "Il faut être assez stupide en tant qu'acheteur immobilier pour penser que les taux ne vont pas remonter à un moment donné", souligne Michael. D'autres, qui ont pu perdre un emploi qui leur avait permis de s'endetter avant la crise, ne s'en sortent aujourd'hui que grâce à la faiblesse des taux. UK Asset Resolution (UKAR), la structure de defaisance qui gère un portefeuille de 58 milliards de prêts hypothécaires consentis par les banques qui ont dû être renflouées lors de la crise financière de 2008-2009, a dit en octobre avoir pris contact avec 20.000 emprunteurs susceptibles de rencontrer des difficultés si les taux augmentaient de 1%, afin de les aider à se préparer. Certes, la BoE a dit qu'elle n'augmenterait pas les taux tant que les salaires n'auront pas progressé. Mais, les emprunteurs les plus endettés, souvent parmi les travailleurs les moins bien payés et dont les emplois sont les plus précaires, ne bénéficieront pas forcément d'augmentations. "Les ménages les plus vulnérables sont plus pessimistes dans leurs anticipations de revenus dans les 12 prochains mois", relève l'étude de la BoE publiée lundi. C'est ce qui inquiète Matthew Whittaker, économiste en chef de la Resolution Foundation, un centre d'études spécialisés sur les ménages à bas revenus. Il estime que le nombre de ménages en situation "d'endettement périlleux" caractérisée par un service de la dette dépassant 50% des revenus, pourrait plus que doubler à plus d'un million si les taux directeurs grimpaient jusqu'à 3% d'ici 2018, et cela même si les salaires progressaient conformément aux prévisions officielles. La BoE se veut plus rassurante et estime que moins de 2% des ménages seront confrontés à une situation de détresse financière, soit moins qu'avant le crise financière. Le régulateur financier britannique FCA (Financial Conduct Authority) exige désormais des banques qu'elles vérifient plus strictement la capacité de remboursement des emprunteurs, ce qui peut réduire les options pour des ménages endettés en difficulté comme un rééchelonnement de leur prêt ou la cession de leur bien immobilier pour en racheter un moins cher. Les banques peuvent faire des exceptions pour les ménages déjà endettés et la FCA devrait faire plus pour promouvoir ce type de solutions avant que les taux ne remontent sensiblement, estime Whittaker. "Il faut que la FCA intervienne et les y encourage", dit-il. "Il est encore temps!" (Marc Joanny pour le service français, édité par Véronique Tison)

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