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Climate Finance Day (2015-2021), histoire d’une époque qui s’achève
information fournie par Novethic27/10/2021 à 06:45

Climate Finance Day (2015-2021), histoire d’une époque qui s’achève

Climate Finance Day (2015-2021), histoire d’une époque qui s’achève

Depuis 2015, la place financière de Paris organise un événement annuel en lien avec les COP sur le climat : le Climate Finance Day. À vocation internationale, il réunit des dirigeants de grandes institutions financières pour qu’ils y fassent des annonces sur leurs engagements de lutte contre le changement climatique. L’édition 2021 a été perturbée par des activistes environnementaux qui veulent stopper tout investissement dans le développement des énergies fossiles. Elle pourrait être la dernière tant l’époque des stratégies d’engagements, sans mesure scientifique de l’impact climatique, semble révolue.

"Un monde à 4 degrés n’est pas assurable", la phrase célèbre prononcée par Henri de Castries alors PDG d’AXA au premier Climate Finance Day (CFD), organisé le 22 mai 2015 à l’UNESCO, résonne encore. Il y avait aussi fait la première annonce de désengagemen t du charbon expliquant qu’AXA renonçait à financer les entreprises qui tiraient plus de 50 % de leur activité de cette énergie fossile très nocive pour le climat. Le CFD a ainsi largement contribué à mobiliser tout le secteur autour d’un concept très nouveau à l’époque : l’empreinte carbone des portefeuilles. Pour la faire baisser, il faut réorienter ses investissements d’un secteur A très émetteur vers un secteur B qui l’est beaucoup moins ou vendre les actions d’une entreprise de ciment pour investir dans des éoliennes. Le mécanisme est beaucoup plus simple qu’éradiquer le plastique ou décarboner toute l’économie même si les investisseurs rencontrent de nombreux freins dans le déploiement de politiques de ce type.

Dès 2016, pour entretenir la flamme, il a été décidé de faire du CFD un rendez-vous annuel lié aux COP Climat. Les dirigeants de banques, assurances et gestionnaires d’actifs étaient invités à prendre la parole à condition d’annoncer de nouveaux engagements sur le climat. L’édition du 4 novembre 2016 organisée à Casablanca au Maroc où se déroulait la COP 22 avait deux messages : miser sur les innovations comme les Green bonds et que le verdissement de la finance alimente le développement de l’Afrique.

La bataille de l'image

À partir de 2017 , le rendez-vous s’est fixé à Paris et les principaux acteurs financiers y ont présenté des "Finance Clim’Act" destinés à verdir la finance française. Nicolas Hulot était alors Ministre en charge de la transition écologique et solidaire. Dès l’édition de novembre 2018, il avait démissionné et la question de l’impact climatique des engagements financiers émergeait déjà. Pour que l’on ne considère plus ces engagements comme des incantations, Bruno Le Maire, Ministre de l’économie et des finances, a renforcé les exigences du gouvernement dès 2019. Après avoir demandé des politiques charbon aux critères harmonisées et dont les données de mise en œuvre sont centralisées par un Observatoire des engagements de la place de Paris, il avait annoncé lors de l’édition 2020, qu’il attendait désormais de répliquer la mise en place de politiques harmonisées sur le charbon pour le pétrole et le gaz non conventionnels.

Le comité scientifique de l’ Observatoire de la finance durable s’est alors mis au travail pour élaborer des recommandations basées sur la science du climat et les possibilités techniques. Son rapport, sorti le 22 septembre, crée de facto un cadre climato exigeant pour les politiques sectorielles correspondantes des acteurs financiers sur ces hydrocarbures... tout en étant pleinement applicable car concentré sur l'accompagnement de la transition de l'industrie pour atteindre ses objectifs d'émissions de gaz à effet de serre. Ce rapport a en effet été le résultat de plusieurs mois de travaux, mais aussi d'auditions avec l'industrie Oil & Gas et l'industrie financière, en plus de l'AIE et des spécialistes scientifiques du sujet. Ses recommandations sont donc adaptées à la réalité des acteurs financiers.

Mais rien ne s’est passé comme prévu. Elle s’est transformée en bras de fer médiatisé entre des ONG, les Amis de la terre et Alternatiba Paris qui ont occupé la salle plus de deux heures pour obtenir un désinvestissement total des énergies fossiles, en particulier sur le développement de nouveaux puits pétroliers et gaziers comme le demande l’AIE, et les grandes banques françaises qui sont loin d’objectifs de cette nature.

Pourquoi j’ai infiltré le Climate Finance Day, thread

Je m’appelle Lise et j’ai 21 ans. Aujourd'hui, avec 17 activistes, j'ai dénoncé la responsabilité des banques face au dérèglement climatique qui ont doublé leur financement aux énergies fossiles depuis la COP21. #CFD2021 pic.twitter.com/OT0NZ4wTwg

— Lise Fortin (@lise_fort) October 26, 2021

Les activistes climatiques ont gagné la bataille de l’image et du message puisque les dirigeants d’AXA et de Crédit Agricole qui devait prendre la parole y ont renoncé et que la communication des annonces d’engagements prévues semble être tombée dans les limbes. Le slogan de ce qui sera sans doute le dernier Climate Finance Day parisien, était pourtant "It’ Time for a real Impact" / "Il est temps d’avoir un véritable impact !".

Anne-Catherine Husson-Traore, @AC_HT , Directrice générale de Novethic

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