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Climat: Le GIEC appelle à changer en profondeur l'agriculture et l'alimentation
Reuters08/08/2019 à 11:50

 (Actualisé avec éléments du rapport § 5-12)
    GENEVE, 8 août (Reuters) - La gestion des terres, la
production agricole et l'alimentation doivent changer en
profondeur pour réduire le réchauffement climatique, relève le
Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat
(GIEC) dans un nouveau rapport publié jeudi à Genève.
    A défaut, la sécurité alimentaire, la santé et la
biodiversité seront menacés.
    Ce rapport spécial porte sur les liens entre les
dérèglements climatiques, la désertification, la dégradation des
terres, la gestion durable des terres et la sécurité
alimentaire.
    Le document d'une soixantaine de pages observe que la
croissance démographique mondiale couplée à des mutations des
habitudes alimentaires font peser une pression inédite sur les
terres arables et les réserves d'eau.
    Le rapport note aussi qu'un quart des terres émergées,
libres de glace, sont dégradées du fait de l'activité humaine.
"Le changement climatique exacerbe la dégradation des terres,
notamment dans les zones côtières de faible altitude, les deltas
fluviaux, les zones désertiques et les zones de permafrost",
peut-on lire.
    Les experts du GIEC ne préconisent pas l'arrêt, mais une
réduction de la consommation de viande et une modification des
régimes alimentaires.
    "Retarder le passage à l'action pourrait avoir pour
conséquence des effets irréversibles sur certains écosystèmes,
avec à long terme le risque de conduire à une augmentation
considérable des émissions (de gaz à effet de serre) qui
accélérerait le réchauffement climatique", écrivent-ils.
    L'agriculture, l'exploitation forestière et d'autres
activités liées à l'utilisation de la terre représentent, sur la
période 2007-2016, quelque 23% des émissions nets de gaz à effet
de serre liées à l'activité humaine.
    En y ajoutant les industries de transformation des aliments,
cette part monte à 37%.
    "C'est un enchaînement désastreux: des terres limitées, une
population humaine en expansion, le tout enveloppé dans la
couverture suffocante de l'urgence climatique", commente Dave
Reay, professeur spécialisé dans les techniques de gestion du
carbone à l'université d'Edimbourg.
    
    RÉDUIRE LA CONSOMMATION DE VIANDE
    Le rapport du GIEC publié jeudi s'inscrit dans la
préparation de la prochaine conférence sur le changement
climatique qui se tiendra en décembre au Chili. La COP-25 est
censée aboutir sur des moyens d'appliquer l'accord de Paris sur
le climat de décembre 2015.
    Il souligne que le réchauffement de la température de
surface est deux fois plus rapide au-dessus des terres émergées
que pour le globe dans sa totalité (+1,53°C par rapport à la
période pré-industrielle contre +0,87°C pour la température
moyenne de la planète).
    Canicules, sécheresses ou précipitations intenses,
dégradation et désertification: ce réchauffement risque de
perturber la production agricole, de réduire les rendements et
d'augmenter les cours. D'ici 2050, le prix des céréales devrait
connaître une augmentation médiane de 7,6%, avec des
conséquences immédiates sur la sécurité alimentaire des
populations les plus pauvres.
    A l'échelle de la planète, la production d'huiles végétales
et de viande per capita a plus que doublé depuis 1961. Avec des
écarts d'alimentation considérables selon les pays et des effets
variables sur les populations: la planète compte 2 milliards de
personnes en surpoids ou obèses mais aussi 821 millions de
personnes victimes de sous-nutrition. 
    Par ailleurs, 25 à 30% de la production agricole est perdue
ou gâchée.
    "C'est une crise dont nous sommes responsables mais c'est
aussi une crise que nous pouvons résoudre si nous agissons
maintenant", a déclaré Reyes Tirado, scientifique rattaché au
laboratoire de recherche de l'ONG Greenpeace à l'université
d'Exeter.
    "Notre impact sans précédent sur les terres agricoles est dû
en grande partie à l'expansion de l'agriculture industrielle et
de la production de viande", poursuit-il. Pour sortir de cette
"surconsommation", il appelle à réduire de 50% la consommation
de viande dans nos alimentations "avec des baisses encore plus
drastiques de l'ordre de 70 à 90% dans certains pays d'Europe de
l'Ouest ou d'Amérique du Nord".
    Cette transformation des productions agricoles permettrait
également d'accroître la superficie des forêts, qui sont autant
de "pièges" à carbone.

 (Stephanie Nebehay avec Nina Chestney et Megan Rowling à
Londres
Henri-Pierre André pour le service français)
 

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