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Canal+ à la conquête de l'eldorado africain

Reuters09/07/2014 à 17:31

CANAL+ MISE SUR L'AFRIQUE

par Gwénaëlle Barzic

PARIS (Reuters) - Canal+ veut passer à la vitesse supérieure en Afrique avec le lancement d'une nouvelle chaîne francophone de divertissement grâce à laquelle elle espère séduire une classe moyenne en plein essor sur un marché aux perspectives de rentabilité attrayantes.

"Par des Africains pour les Africains", tel est le credo de "A+" qui sera lancée le 24 octobre dans les pays francophones d'Afrique sub-saharienne où le groupe de télévision payante compte déjà 1,3 million d'abonnés.

La filiale de Vivendi espère doubler "très rapidement" ce chiffre en intégrant la chaîne qui diffusera principalement des séries (70%), des émissions de divertissement et du cinéma dans l'offre de base de son bouquet à partir de 5.000 CFA (environ 7 euros) par mois.

"En Afrique, c'est maintenant qu'il faut se développer", a expliqué Jacques du Puy, le président de Canal+ Overseas qui chapeaute l'ensemble des activités du groupe à l'international, lors d'une conférence de presse.

Alors que la concurrence est fournie dans les pays d'Afrique anglophone, Canal+ fait en revanche figure de pionnier avec le lancement d'une chaîne panafricaine francophone.

L'enjeu est de taille pour le groupe qui est confronté à une érosion de son parc d'abonnés sur son marché historique français face à la profusion de chaînes gratuites dans l'Hexagone et à la concurrence des qataris de BeIN Sports.

Pour rebondir, le groupe, qui est aussi présent en Pologne, au Viêtnam, en Outre-mer et plus récemment au Canada, veut notamment accélérer à l'international dont la part dans le résultat d'exploitation et le parc d'abonnés représentera 40% cette année, a indiqué son président Bertrand Méheut.

L'Afrique, où Canal+ dit être "très rentable", en sera l'un des fers de lance, ce qui n'a rien d'une coïncidence au moment où Vincent Bolloré, dont le groupe éponyme est l'un des acteurs majeurs du transport et de la logistique en Afrique, a pris les commandes de la maison-mère Vivendi.

Si le revenu moyen par abonné sur le continent est moins élevé qu'en France, les coûts sont en revanche très inférieurs, notamment en matière de fabrication des programmes.

LA MENACE DU PIRATAGE

La francophonie dans son ensemble constitue une opportunité majeure pour le groupe qui vient de se recentrer sur les médias, soulignent pour leur part les analystes de Natixis dans une note publiée ce mercredi, rappelant que le nombre de personnes parlant français dans le monde devrait passer de 250 millions aujourd'hui à 750 millions d'ici 2050.

Grâce à Canal+ et à la maison de disque Universal Music Group qu'il possède également, Vivendi est le mieux positionné pour tirer parti de ces perspectives de croissance, estiment les analystes, selon lesquels le groupe, en prenant le leadership mondial sur les contenus francophones, pourrait "établir un rapport de force durablement favorable vis-à-vis des distributeurs numériques (Amazon, Apple, etc.)".

Présent dans une trentaine de pays sur le continent, Canal+ avait déjà commencé à adapter son offre locale en cofinançant des films africains ou en retransmettant des compétitions sportives locales comme la Coupe d'Afrique des Nations ce qui lui avait permis de doubler le nombre de ses abonnés entre fin 2011 et fin 2013.

Il veut désormais aller plus loin avec une chaîne 100% dédiée, pilotée par une équipe de 15 personnes basée à Abidjan en Côte d'Ivoire et qui sera dotée d'un budget de "plusieurs millions d'euros".

En diffusant des séries comme "Tundu Wundu" ou des émissions de télé-réalité s'étalant sur plusieurs semaines comme "Island Africa Talent" ou "Star Chef", le groupe espère fidéliser ses abonnés sur un marché fonctionnant avec des offres prépayées impliquant que les téléspectateurs se réabonnent tous les mois.

Les ambitions africaines de Canal+ se heurtent toutefois à l'écueil du piratage, qui a conduit en 2011 le groupe à cesser ses activités en Afrique du Nord.

Sans nier la réalité du problème, le groupe souligne qu'il ne l'a pas empêché de faire progresser le nombre de ses abonnés.

(Edité par Jean-Michel Bélot)

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