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BCE-Les détracteurs du QE fourbissent leurs arguments

Reuters14/06/2017 à 15:58
    par Balazs Koranyi et Toby Sterling 
    FRANCFORT/AMSTERDAM, 14 juin (Reuters) - Les "faucons" du 
conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne ont 
exprimé mercredi de nouveaux doutes sur l'efficacité de son 
programme d'achat d'actifs, à quelques mois de l'ouverture d'un 
débat crucial en interne. 
    La BCE va poursuivre jusqu'à la fin de l'année son programme 
d'assouplissement quantitatif (quantitative easing, QE) de 2.300 
milliards d'euros lancé en 2015, au rythme de 60 milliards par 
mois, mais elle devra décider cet automne si elle le poursuit au 
même rythme en 2018 afin de raviver une inflation toujours 
faible ou si elle commence à diminuer ses achats de dette. 
    Les détracteurs du QE, Allemagne en tête, font valoir depuis 
le départ que les effets du programme sont discutables et ses 
risques sous-estimés. Le retour de la croissance de la zone euro 
à son meilleur niveau depuis dix ans leur fait dire désormais 
que le moment est venu pour la BCE de lever le pied. 
    Jens Weidmann, le président de la Bundesbank, juge que la 
BCE, en étant désormais une créancière de premier plan des Etats 
de la zone euro, prend le risque de s'exposer à des pressions 
politiques car tout indice d'un prochain tour de vis monétaire 
pourrait faire monter les taux longs et, partant, grever les 
budgets nationaux. 
    "Au bout du compte, cela peut conduire à des pressions 
politiques sur l'Eurosystème en faveur du maintien d'une 
politique monétaire très accommodante plus longtemps que ne le 
justifieraient les considérations sur la stabilité des prix", 
a-t-il expliqué lors d'une conférence. 
    "Après tout, dans le contexte de ces achats d'actifs, les 
changements de politique monétaire impactent plus directement 
les coûts de financement des Etats que les modifications de taux 
d'intérêt", a-t-il ajouté. 
    Le sujet du "tapering" - une réduction progressive des 
rachats d'actifs - n'a pas été discuté lors de la réunion de 
politique monétaire du 8 juin mais les faucons de la BCE 
continuent de pousser pour que les achats diminuent dès 2018. 
  
    Des analystes n'excluent pas que la BCE, en septembre, 
décide de poursuivre le QE au-delà de 2017, éventuellement à un 
rythme plus faible. Cela lui permettrait de garder toutes ses 
options ouvertes plutôt que de s'engager sur une date précise, 
même lointaine, à l'avenir. 
 
    QUEL IMPACT SUR L'INFLATION ? 
    Klaas Knot, le président de la Banque des Pays-Bas, a noté 
mercredi que le QE avait certes contribué à stimuler la 
croissance mais que son impact sur l'inflation était pour 
l'instant resté négligeable. 
    "Je pense que l'effet a été réel pour ce qui est 
d'entretenir la croissance (...) mais on peut dire que l'effet 
sur l'inflation a été décevant", a-t-il dit devant des 
parlementaires néerlandais. "Si vous regardez l'inflation de 
base, eh bien elle est plate depuis quatre ans, plate comme une 
crêpe." 
    Une étude de la BCE publiée mardi montre pourtant que le QE 
a eu un impact croissant sur l'inflation, évalué à 0,36 point de 
pourcentage au dernier trimestre 2016 contre 0,18 point à la fin 
2015.   
    Après des années de menace déflationniste, le taux 
d'inflation est maintenant installé confortablement au-dessus de 
la barre de 1% mais il ne devrait pas atteindre l'objectif de 
près de 2% de la BCE avant 2019 au mieux. 
    Pour Ardo Hansson, le patron de la banque centrale 
estonienne qui fait aussi partie des faucons du conseil des 
gouverneurs de la BCE, l'effet très progressif du QE sur 
l'inflation ne peut justifier de nouvelles mesures de soutien 
monétaire. 
    "Il ne faut pas attendre un impact très rapide des décisions 
de politique monétaire sur l'inflation", a-t-il dit à Reuters, 
ajoutant que l'évolution des prix dépendait surtout de la 
reprise économique. 
    "Nous n'avons pas nécessairement besoin de penser que de 
nouvelles mesures s'imposent", a-t-il ajouté. 
    Vitor Constâncio, le vice-président de la BCE qui 
participait à une conférence à Rome, a au contraire défendu la 
politique actuelle et affirmé qu'elle resterait appropriée tant 
que l'inflation resterait éloignée de l'objectif de la banque 
centrale. 
 
 (avec les contributions de Francesco Canepa à Francfort, David 
Mardiste à Tallinn et Isla Binnie à Rome, Véronique Tison pour 
le service français, édité par Marc Angrand) 
 

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