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Au G20, les flux de capitaux restent source de tension

Reuters13/04/2014 à 18:29

LES FLUX DE CAPITAUX RESTENT SOURCE DE TENSION POUR LES MEMBRES DU G20

par Jason Lange

WASHINGTON (Reuters) - Alors qu'ils viennent d'affirmer d'une même voix que la situation économique mondiale s'améliore, les principaux dirigeants du G20 semblent toujours passablement inquiets.

Les pays émergents reprochent en effet aux politiques monétaires très accommodantes menées par les économies avancées de générer d'importants flux de capitaux qui risquent de les déstabiliser. Et pour les pays riches, l'accumulation de réserves de devises par les nations en développement empêche de progresser sur la voie du rééquilibrage de l'économie mondiale.

La réunion des ministres des Finances et banquiers centraux du G20 cette semaine à Washington a donné l'impression que ces tensions, perceptibles depuis plusieurs années déjà, augmentaient encore.

Le problème est que chacun des deux camps dit agir dans son propre intérêt et qu'il ne manque pas d'arguments très rationnels pour défendre sa position.

Même si le G20 s'est accordé pour dire que l'économie mondiale se portait mieux, ces divergences laissent penser que le monde est encore loin d'en avoir fini avec le déséquilibre historique qui voit les riches emprunter massivement pour acheter la production des pauvres.

"Nous ne sommes pas dans une situation saine", a résumé Raghuram Rajan, le gouverneur de la banque centrale indienne, lors d'un débat avant la réunion du G20.

Raghuram Rajan est l'un des principaux promoteurs d'une réforme de l'ordre monétaire mondial, notamment en appelant les banques centrales des pays les plus avancés à éviter des politiques monétaires trop audacieuses susceptibles de pénaliser le monde entier.

A ses yeux, les années de politiques monétaires accommodantes que viennent de vivre le monde développé ont conduit les pays émergents à amasser des réserves de dollars afin d'être en mesure d'intervenir sur le marché des changes, pour protéger leur économie en cas de mouvements brusques de capitaux.

Ce besoin d'accumulation de réserves ne fait qu'augmenter actuellement car les Etats-Unis, l'Europe et le Japon semblent vouloir maintenir pendant plusieurs années encore leurs politiques monétaires ultra-accommodantes.

"Il faut prendre en considération les effets retour ou les effets secondaires sur les autres économies", a déclaré le gouverneur de la banque centrale brésilienne, Alexandre Tombini, qui s'exprimait au côté de Raghuram Rajan.

LES RESPONSABLES POLITIQUES EN DÉFAUT

Les pays développés, Etats-Unis en tête, arguent du fait que leurs politiques de soutien profitent aussi aux émergents car ils soutiennent la croissance mondiale. Et ils ajoutent que la dépendance des pays pauvres aux interventions sur les marchés des changes pénalise le monde entier.

Les pays émergents ont souvent tendance à entretenir la faiblesse de leur monnaie pour favoriser leurs exportations, de qui conduit les pays développés à emprunter pour payer la facture de leurs importations. De nombreux économistes estiment que les emprunts massifs réalisés par les Etats-Unis, premier consommateur mondial, ont gonflé la bulle d'actifs qui a déclenché la crise financière de 2007-2009.

"La réticence de nombreux marchés émergents à avancer plus rapidement vers des régimes de taux de change déterminés par les marchés handicapent le rééquilibrage nécessaire pour assurer une reprise mondiale durable et forte", a déclaré à des journalistes un haut responsable du Trésor américain.

Des représentants de pays riches ont rejeté l'appel de Raghuram Rajan en faveur d'une coordination accrue des politiques monétaires.

Vitor Constancio, le vice-président de la Banque centrale européenne (BCE), a estimé qu'une approche plus coopérative pourrait fonctionner à conditions que les marchés émergents laissent leurs monnaies s'apprécier, une démarche qui a déjà échoué.

"Il n'y a jamais eu d'acceptation d'un certain degré d'appréciation parmi les économies émergentes", a-t-il dit lors du débat auquel participaient Raghuram Rajan et Alexandre Tombini.

L'une des racines du mal pourrait se trouver dans le fait que les banques centrales ont tendance à en faire trop parce que les gouvernements n'en font pas assez.

Nombre d'économistes pensent que les décideurs politiques pourraient favoriser la croissance mais que les pays riches hésitent à user de l'arme du déficit tandis que les pauvres rechignent à favoriser la concurrence sur leur marché.

Si les gouvernements étaient plus audacieux, les politiques monétaires n'auraient pas besoin de peser d'un poids aussi important dans le soutien à la croissance économique et le maintien de la stabilité financière, expliquent-ils.

Pour Eswar Prasad, économiste de la Brookings Institution et enseignant à la Cornell University, la situation actuelle est de mauvais augure pour l'économie mondiale.

"Au final, on voit des banquiers centraux s'affronter à la place des responsables politiques car ceux-ci sont inefficaces et ne sont pas disposés à faire ce qu'il faut", dit-il. "Je ne vois aucune avancée dans la bonne direction."

(Marc Angrand pour le service français)

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