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ANALYSE-L'interventionnisme de l'Etat en question dans le projet Renault-FCA
Reuters06/06/2019 à 19:02

    * L'Etat français a plusieurs mariages ratés à son actif
    * L'équation des fusions est difficile à résoudre :
    * Concilier maintien de l'emploi et synergies de fusion

    par Leigh Thomas
    PARIS, 6 juin (Reuters) - Le retrait par Fiat Chrysler
 FCHA.MI  de son offre de fusion avec Renault  RENA.PA  illustre
une nouvelle fois les limites de la politique d'intervention de
l'Etat français dans l'industrie et ses difficultés à concilier
des impératifs politiques et l'intérêt des acteurs du secteur.
    Le constructeur automobile italo-américain a invoqué des
conditions politiques qui n'étaient pas réunies en France pour
justifier l'abandon de son projet de rapprochement avec Renault,
dont l'Etat est le premier actionnaire à hauteur de 15%.
    Le gouvernement assure que cet échec est dû à l'absence de
soutien explicite de Nissan  7201.T , le partenaire japonais de
Renault, qu'il juge "indispensable" au moment où l'alliance
entre les deux constructeurs, fragilisée, doit être selon lui
consolidée.
    "Cela n'a rien à voir avec la participation de l'Etat
français, cela n'a rien à voir avec une intervention politique",
déclare-t-on au ministère de l'Economie.
    L'économiste Elie Cohen estime néanmoins qu'une fois de
plus, l'Etat français, même avec à sa tête un ancien banquier
d'affaires, n'a pu résoudre la quadrature du cercle, à savoir
concilier le souci de protection des emplois et la logique des
économies et des synergies à l'oeuvre dans les fusions
industrielles.
    
    IMPASSE STRATÉGIQUE
    "Où est la politique industrielle de l'Etat, où est l'Etat
stratège dans la manière dont ont été conduites les négociations
avec Fiat aujourd'hui, avec Nissan hier et avec Volvo en 1993",
s'interroge Elie Cohen en rappelant d'anciens épisodes
similaires dans l'histoire de Renault.
    "On peut dire que l'Etat se pose des tas de questions sur 
l'emploi, sur l'activité sur le territoire, éventuellement sur
le traitement de l'actionnaire public. Mais s'il y a une
préoccupation toujours absente, c'est la stratégie industrielle,
c'est le projet industriel, c'est la politique industrielle",
ajoute-t-il. 
    "La décision qui vient d'être prise par le gouvernement
français laisse Renault confronté à son impasse stratégique
puisque si Renault s'est engagé dans cette négociation avec
Fiat, c'est à cause des difficultés qu'il avait avec Nissan".
    Le secteur automobile a toujours été très sensible pour le
pouvoir en France. De plus, l'offre de FCA sur Renault est venue
à un mauvais moment, juste après l'annonce de la suppression
d'un millier d'emplois par General Electric  GE.N  en France.
    Il y a cinq ans, le conglomérat américain avait été autorisé
à racheter la division énergie du champion français Alstom avec
des engagements de créations de postes qu'il n'a jamais été en
mesure de tenir du fait d'une chute de l'activité sur le marché
des turbines à gaz.
    A l'inverse, le soutien actif du gouvernement français au
projet de création d'un champion européen dans les équipements
ferroviaires, avec une fusion entre Alstom  ALSO.PA  et Siemens
 SIEGn.DE , n'a pas suffi pour surmonter cette année l'hostilité
des services de la concurrence de Bruxelles, qui y ont mis leur
veto.
    
    AFFAIBLISSEMENT PROGRAMMÉ
    Ceux-ci auront aussi leur mot à dire dans une autre
opération guidée par la puissance publique française, le
rapprochement des Chantiers de l'Atlantique avec l'italien
Fincantieri  FCT.MI .
    Se tenir à l'écart d'opérations industrielles
transfrontalières n'exonère pas l'Etat français de critiques
quand celles-ci tournent mal pour des intérêts nationaux comme
l'ont montré plusieurs exemples récents de "fusions entre égaux"
: Essilor avec l'italien Luxxotica  ESLX.PA  dans les verres
ophtalmiques, le rachat de Lafarge par le suisse Holcim dans le
ciment ou le rapprochement Technip-FMC dans les services
parapétroliers.
    Dans le cas de Renault, la question de l'absence de l'Etat
dans les discussions ne s'est jamais posée en raison de sa
présence au capital du constructeur français. 
    Mais pour Elie Cohen, son interventionnisme pourrait au bout
du compte avoir l'effet contraire de l'objectif recherché.
    "Plus les acteurs industriels sont affaiblis, plus les
considérations politiques de court terme polluent les stratégies
industrielles, plus les regroupements nécessaires sont différés
et plus l'affaiblissement de l'industrie européenne est
programmé", estime-t-il.
    Le ministre de l'Economie et des Finances Bruno Le Maire a
laissé clairement entendre que l'Etat continuerait de
s'impliquer.
    "Nous restons ouverts à toute perspective de consolidation
industrielle, a-t-il dit jeudi au Sénat lors de la séance des
questions au gouvernement, mais dans la sérénité, sans
précipitation, pour garantir les intérêts industriels de Renault
et les intérêts industriels de la nation française."

 (Yann Le Guernigou pour le service français, édité par Danielle
Rouquié)
 

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1 commentaire

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  • Le_genti
    06 juin20:03

    Heureusement que le gouvernement français a dit Stop à cette arnaque italienne...Fiat est malade, pas Renault.

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