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Alstom-Siemens-La France vent debout contre le veto européen
Reuters06/02/2019 à 18:51

    * A Paris, le gouvernement dénonce une "faute politique"
    * Et un "mauvais coup" pour l'industrie européenne
    * Des propositions promises d'ici aux européennes

 (Actualisé avec Marine Le Pen § 19, ajoute code d'envoi)
    PARIS/BELFORT, 6 février (Reuters) - "Extravagant", "faute
politique", "mauvaise décision" : le gouvernement français a
fustigé mercredi le veto opposé par la Commission européenne au
rapprochement entre Alstom et Siemens, un dénouement qui ravit
en revanche les syndicats français.
    Pour l'exécutif, la décision annoncée par la commissaire à
la Concurrence, Margrethe Vestager, prive l'Europe d'un champion
du rail à même de faire face à la concurrence internationale,
particulièrement celle du mastodonte chinois CRRC.  
    "La décision de la Commission est une mauvaise décision,
c'est un mauvais coup à l'industrie européenne et elle me semble
avoir été prise sur de mauvais fondements", a tonné le Premier
ministre, Edouard Philippe, lors d'une séance de questions à
l'Assemblée nationale.
    "C'est le mauvais choix pour l'Europe, pour l'industrie
européenne, pour nos entreprises", a abondé son ministre de
l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire, dans les couloirs du
Sénat.  
    Au-delà des enjeux purement économiques et industriels, le
veto européen tient de la "faute politique", à en croire le
porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, car il peut
donner le sentiment "que les décisions nous échappent".
    Désormais, Paris prépare, avec l'appui de Berlin, la riposte
afin de faire évoluer une conception du droit de la concurrence
"incroyablement datée", selon les mots d'Edouard Philippe.
        
    "NOUS FINIRONS PAR ROULER DANS DES TGV CHINOIS"
    France et Allemagne reprochent en effet à la Commission
d'avoir limité son analyse au seul marché intérieur européen, où
le groupe issu de la fusion Alstom-Siemens dans le ferroviaire
aurait occupé une position ultra dominante sur certains marchés,
sans tenir compte du contexte mondial.
    Selon la secrétaire d'Etat Agnès Pannier-Runacher, affectée
à Bercy, la France proposera d'ici aux élections européennes,
programmées fin mai, des "pistes" destinées à "rendre le droit
européen de la concurrence plus adapté aux nouvelles réalités
économiques mondiales".
    Et, a-t-elle ajouté lors de son intervention à l'Assemblée
nationale, "il ne faut pas se priver de réfléchir à un pouvoir
de veto du Conseil européen comme c'est le cas aujourd'hui en
France et en Allemagne".
    Si c'était le cas, ce serait une révolution dans le
fonctionnement des services européens chargés de la concurrence,
totalement indépendants, et cela requerrait un très hypothétique
changement des traités à l'unanimité des Etats membres.
    La France fera également des propositions "sur le
renforcement de l'industrie européenne face à la montée en
puissance de la Chine", selon Bruno Le Maire.  
    Les responsables français sont au moins en partie sur la
même longueur d'onde que leurs homologues allemands, à l'image
du ministre de l'Economie, Peter Altmaier, qui prône lui aussi
une retouche du droit européen de la concurrence.  
    
    LES SYNDICATS SATISFAITS
    En France, une partie de l'opposition a également déploré le
verdict.
    "Avec des décisions aussi absurdes, nous finirons par rouler
dans des TGV chinois", a jugé le député et président de l'UDI
(centre) Jean-Christophe Lagarde dans un communiqué. "Avec les
règles actuelles de la concurrence nous serions bien incapables
de refaire Airbus", aux yeux du député socialiste Boris Vallaud,
qui s'est exprimé devant la presse parlementaire.  
    Mais, selon l'eurodéputé Franck Proust, chef de la
délégation Les Républicains à Strasbourg, les critiques
françaises sont aussi une façon pour le gouvernement de "se
défausser" sur Bruxelles de ses propres responsabilités dans la
gestion du dossier Alstom.
    A l'issue d'un entretien avec Emmanuel Macron à l'Elysée,
Marine Le Pen a pour sa part salué l'annulation d'un mariage qui
revenait, selon elle, à "brader totalement un des derniers
fleurons" de l'industrie française, pourtant en bonne santé.    
    Les syndicats français d'Alstom, opposés depuis le début à
la fusion pour des questions notamment d'emploi et de la
préservation de l'autonomie de l'entreprise, se sont eux aussi
réjouis du dénouement.
    Pour Boris Amoroz, délégué syndical central de la CGT, la
décision de la Commission permet d'envisager des projets
alternatifs, comme "l'entrée de l'Etat au capital" ou la
rédaction d'un pacte d'actionnaires.
    "Les Chinois, c'est la tarte à la crème utilisée par le
gouvernement. CRRC est déjà un partenaire majeur d'Alstom et ils
n'ont pas de perspective d'entrée sur le marché européen, sauf
s'ils rachètent des usines", a-t-il dit à Reuters.
    André Fages, délégué CFE CGC élu au comité Europe, estime
que si la fusion avait été acceptée, "on serait dans une
situation financière moins bonne qu'aujourd'hui" parce que le
montage financier incluait un apport de dette de Siemens pour
équilibrer le poids des deux sociétés au capital.
    Il rappelle que les carnets de commande d'Alstom sont
"pleins à quatre ans" et que l'opération aurait entraîné une
"absorption" de l'entreprise par Siemens.
    "Quand le projet de fusion a été lancé, ils connaissaient
les règles de la concurrence européenne, ils connaissaient les
overlaps (doublons) et ils y sont quand même allés. On les a
avertis, ils ont traité ça avec mépris", a-t-il dit.

 (Simon Carraud, avec Jean-Baptiste Vey à Paris et Gilbert
Reilhac à Belfort, édité par Yves Clarisse)
 

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