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« Alcatel, la défaite en chantant » par Alain Trannoy (Cercle des économistes)
information fournie par Boursorama20/04/2015 à 10:54

La vente d'Alcatel-Lucent à Nokia est soutenue par le gouvernement

La vente d'Alcatel-Lucent à Nokia est soutenue par le gouvernement

Le rachat du groupe franco-américain Alcatel-Lucent par le finlandais Nokia est diversement perçu et analysé par les économistes. Plus que le simple fruit de la mondialisation, Alain Trannoy y voit l’échec de notre politique industrielle, gâchis sans lendemain.

Le Cac 40, du moins dans le secteur industriel, va bientôt ressembler à un théâtre d’ombres, où les fantômes industriels des trente glorieuses continueront de drainer un peu d’épargne française, alors qu’ils n’auront plus leur centre de décision en France et que leur substance s’en sera allée à l’étranger.

Après Pechiney dans les années 90, Arcelor absorbé par Mittal, l’annonce de la vente d’Alsthom Energie à General Electric en 2014, puis coup sur coup celles de Lafarge digéré par Holcim et maintenant de la disparition pure et simple d’Alcatel Lucent racheté par Nokia fait froid dans le dos.

Bien sûr, le jugement serait différent si des entreprises françaises absorbaient à leur tour des entreprises étrangères, signe que la mondialisation et la concentration du capital profitent autant aux groupes français qu’à leurs homologues étrangers. Non, là nous assistons à un déplacement des centres de décision d’acteurs majeurs qui ont mis des dizaines d’années à devenir des majors mondiaux de la France vers l’étranger. La sidération est rehaussée du fait que cette perte de substance est annoncée de gaité de cœur, à la fois par le PDG actuel de l’entreprise, comme s’il était soulagé d’un fardeau, et par le gouvernement, que l’on n’a connu plus sourcilleux dans d’autres occasions très récentes et qui proclame que l’on va créer un champion européen.

L’auteur de ses lignes a des convictions européennes très affirmées, mais il ne voit pas en quoi cette assertion est vraie. Le champion finlandais emploiera 110 000 personnes dans le monde dont…6000 en France. Les intérêts français pèseront 5% dans le nouvel ensemble ! La nouvelle entreprise s’appelle Nokia, elle a son siège en Finlande et, à ce que je sache, et il s’agit bien d’une absorption pure et simple. Le PDG actuel justifie le fait que le pilotage du nouvel ensemble soit confié à la direction actuelle de Nokia en raison du désastre sur le plan opérationnel de la fusion précédente entre Alcatel et Lucent. Cela impliquait-il que la seule solution efficace était l’abandon pur et simple ?

On se félicite que les emplois de la recherche soient préservés avec une promesse d’augmentation. Le crédit impôt compétitivité y est pour quelque chose, mais la meilleure façon de pérenniser ce type d’emploi en France, c’est de bâtir des universités puissantes et riches, bien gérées, pleinement autonomes, ayant accès à des financements privés et pouvant rivaliser avec leurs consœurs européennes et américaines. Sans foyers de recherche de pointe dans les laboratoires publics avec des sommités mondiales pour les animer, la recherche privée en France ne résistera pas longtemps. Nous en sommes très loin et le silence de la politique actuelle sur ce sujet est assourdissant.

Et cela ne compensera pas la disparition du siège social d’Alcatel, avec les départs de cadres supérieurs très qualifiés avec des hauts salaires (plus élevés que dans le secteur de la R&D) dans les directions commerciales, comptables et financières, juridiques et administratives, RH, production. Peut-être que cet abandon était la meilleure solution possible, tant la position concurrentielle était dégradée, mais en tout cas, il faut reconnaître que cette nouvelle a le goût de la défaite. C’est dans la reconnaissance de l’humiliation des défaites que l’on puise le goût de la revanche et de la victoire, et non dans les propos lénifiants et anesthésiants ! 

Alain Trannoy

Directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Marseille, agrégé et docteur d’Etat en économie, Alain Trannoy dirige l’Aix-Marseille School of Economics et a dirigé le directeur de l’Institut d’économie publique de Marseille. Il est notamment membre du Conseil économique et du développement Durable et du CAE.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd’hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l’initiative repose sur une conviction commune : l’importance d’un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

18 commentaires

  • 03 mai10:57

    En 1987 la société ALCATEL NV n°2 mondial des telecommunications publiques ,N°1 mondial des cables ,plus de87 milliards de francs de chiffre d'affaires ,150000 salariés et présence dans 110 pays...Mais lePDG d'alors s'appelait MONSIEUR PIERRE SUARD ..........


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